Dégagisme, lucidité ? Certes, sur quoi et pour quoi…

Etienne ADAM & Pierre COURS-SALIES  (18 JUIN 2020)

Le débat de stratégie est inscrit dans les interrogations de la gauche. Sollicité par les controverses, les choix à faire hier, bousculé aujourd’hui car il faut mettre les mois qui viennent en perspective en ne subissant pas le carcan mortifère des écuries présidentielles.

Une focale comporte le rapport de l’Etat aux réalités mondiales.

Il est juste de mettre en lumière les responsabilités de l’Etat, et donc de ce gouvernement ... et de tous ceux et celles qui ont participé aux divers gouvernements depuis les années 1980.

Quand s’exprime un « tous coupables !», ou « tous responsables des échecs ! », cela atteint la droite et tous les actuels dirigeants  de la gauche, s’ils ont été ministres ou s’ils ont seulement soutenu ces politiques… Nous-mêmes  sommes interrogés : vous aviez dit et proposé quoi ? Ce doute généralisé devrait pousser à un certain réalisme tous les membres d’Ensemble ! Tout comme nous, nombre de militant.e.s sont  marqué.e.s par ce doute, dans un grand nombre d’organisations. Même dans des interrogations  les plus immédiates : était-il vraiment nécessaire de rester « confiné.e.s » ? Un vif sentiment s’exprime, dans les échanges quotidiens : « Il faut retrouver une normalité. On ne peut pas jouer avec la Constitution. On ne peut pas jouer avec les libertés. On a beaucoup joué avec les libertés pendant l'état d'urgence » (Dominique Rousseau : «Maintenir l’état d’urgence, c’est permettre de réprimer les manifestations, 7 juin, Public Sénat).

Cette dérive des institutions, ces modifications des appareils d’Etat, nous avons tort de  les négliger : nous sommes désarmés sur la répression et les moyens de la combattre alors que c’est un point clé de toute stratégie révolutionnaire  ce souci devrait nous amener, dans nos débats, à  bien préciser ce que nous voulons comme changement dans les institutions de notre pays, comme de ses rapports avec l’Europe et diverses institutions internationales. Certes, d’autres « urgences » se présentent ; mais pas au point de nous empêcher de décider, dès maintenant, que nous aurons un texte traduisant ce que nous proposons au débat pour changer dès 2021 les institutions de la 5e République (Président, Gouvernement et ministres, administrations et institutions, appareils d’information et de culture  commissions parlementaires, révocabilité et désignations par tirage au sort d’une partie des membres des commissions et des Observatoires au sujet de la société, du contrôle d’administrations, y compris de la police…les liens entre les droits et libertés et la démocratie ).

Précaution ou gouvernance du risque

On pourrait établir un inventaire à la Prévert de l’incurie des pouvoirs dits publics (Patrick Silberstein, Un virus très politique, 30 mars, éd. Syllepse). Arrêtons-nous un instant sur la véritable source de toutes les imprévoyances, les retards, les contradictions étudiées par des journalistes du Monde (Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde du 5 au 10 mai). Ils s’interrogent au sujet de cet étrange comportement chez de hauts fonctionnaires, depuis le moment de l’épidémie d’A (H1N1),  en 2009, malgré les épidémies suivantes (Ebola en Afrique en 2014-2015, MERS au Moyen-Orient en 2012)). Un changement de « doctrine de gouvernance » pour la gestion des masques et de divers équipements, qui tient à deux  types d’arguments, sans doute inséparables mais distincts.

Si «nous n’étions pas prêts» c’est parce que les lignes budgétaires de la santé publique et de la recherche ont été délibérément réduites. Dès le 12 mars, un résumé sincère et accablant, Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, mérite vraiment d’être cité   :

«Comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante […] L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation. […] Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·euses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. […] La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate. Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader» (Academia, 12 mars 2020, https://academia)
Les politiques menées ont créé la situation dans le système de santé ;  et la stratégie sanitaire adoptée dans la hâte par le gouvernement n’est finalement que l’accommodement à la pauvreté des moyens qu’ils ont eux-mêmes organisée, le manque de lits de réanimation, le manque de masques, le manque de matériels pour faire les tests, le manque de structures hospitalières. Toutefois, cette gestion gouvernementale n’est pas un simple effet de l’incurie au nom de la priorité aux profits pour la classe dirigeante du néo-libéralisme glorieux des trente dernières années. Il y a aussi l'embrigadement des élites dirigeantes dans l'idéologie néolibérale où "l'entreprise" est  le centre de la société et devait pouvoir faire face à tout en privatisant les stocks, en adoptant la gestion managériale réputée " plus efficace". Denis Kessler et ses semblables ne voulaient pas s’enfermer dans une « politique de précaution », qui suppose un dialogue démocratique avec tous les intéressé.e.s… Il y a aussi, évidemment, une conception politique, élitiste, de la responsabilité individuelle et du chacun pour soi. Ils s’efforcent aujourd’hui de se faire oublier en montrant que « tous les pays ou presque » étaient aussi désarmés…et en occultant que tous les pays sont dominés par les politiques néolibérales.

Nous trouvons cette unité de pensée des gouvernants  dans les réflexions de Denis Kessler, - qui voulait avec Nicolas Sarkozy « Défaire méthodiquement le programme du CNR » Challenges, 4 oct. 2007), en finir avec l’esprit et les institutions héritées de la Libération -. Devenu PDG du groupe SCOR, (géant mondial de la réassurance) affirmait, le 16 avril,  « La probabilité d’une pandémie mondiale est faible, mais elle n’est évidemment pas nulle. Les grandes pandémies sont des événements centenaires, voire bicentenaires » (Le Point). Il en  énonce quelques « conséquences » : « Le marché de l’assurance ne propose pas aujourd’hui de protection contre les conséquences économiques d’une pandémie pour des raisons de fond : la taille du risque, qui peut représenter plusieurs points de PIB ; sa nature non diversifiable (tout le monde est touché en même temps) ; un possible phénomène d’anti sélection : seules les entreprises les plus exposées s’assureraient ; la grande difficulté pour mesurer les pertes d’exploitation spécifiquement liées à la pandémie ». On le vérifie, ces principes sont rigoureusement à l’opposé de ceux de la Sécurité sociale où une part des richesses socialement produites sert à réduire les mauvais coups et l’insécurité de l’existence des gens de la moyenne. Le principe de l’Assurance est soumis à la norme des profits, et donc, selon lui « l’Etat doit désormais concentrer tous ses efforts sur le « risk management » public » ; les mêmes idéologues poursuivent…: «Cette pandémie, dit  Denis Kessler, confronte le monde à un test historique de résilience» (L’Opinion 22 avril 2020) Blindés de certitudes pour durer... Face à eux, il ne peut s’agir seulement  « d’exiger » quelque mesure de justice, mais de prendre la mesure de cette domination : en 1980, les 10% les plus riches de la population mondiale avaient un revenu soixante fois plus important que les 10% les plus pauvres. En 2005 c’est plus du double . Cela se poursuit après la crise financière de 2008 …  et les effets ont pu être bien analysés par Michel Husson, «Dix ans de crise… et puis Macron», (www.husson.net. (2017),

Le capitalisme néolibéral est donc intrinsèquement associé à la montée des inégalités, au surendettement et aux déséquilibres commerciaux. Ces couches de privilégié·es assurent leur pouvoir sur les industries, polluantes ou pas.  Le rapport d’Oxfam , en janvier 2020 donne une idée nette du phénomène. « Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes). Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale »   (DAVOS 2020 : NOUVEAU RAPPORT D’OXFAM SUR LES INÉGALITÉS MONDIALES, www.oxfamfrance.org/  19 JANV. 2020).

Pour « légitimer » ces processus, une réflexion de la fin des années 1990 ne doit pas être oubliée. Elle comporte une option de « philosophie politique globale : au principe du libéralisme, comme raison gouvernementale, un art de la gestion des risques » ; cela implique une « économie politique du risque (…) qu’il faut savoir optimiser ». D’où des remises en cause ; celle du « régime du salariat, qui valorise l’externalisation du risque », il reste à construire la démocratie du risque (…) qui peut aussi servir la démocratie sociale et même la démocratie politique ». Voilà pourquoi la démocratie directe, impliquant les citoyen-ne-s au jour le jour, faite de précaution et d’attention aux fragilités et aux possibilités collectives doit être dépassée, résiduelle : il faut que l’Etat « mette à la disposition des particuliers et des entreprises  les instruments qui leur permettent d’optimiser leurs décisions ».  

Nous aurions donc tout à fait tort de croire qu’un tel projet de domination de classe, -qui se flatte d’avoir intégré « les projets anglo-saxons de nouveau centre ou de troisième voie »-, va simplement s’effondrer, si un autre projet d’avenir ne rassemble pas les forces, la classe de toutes celles et de tous ceux qui veulent un autre avenir, une réorganisation démocratique des institutions et de tous les rapports sociaux.
Durant le confinement, un effet redoutable, une sorte de vision en miroir, s’est établi entre le monde dans son ensemble et le plus quotidien. Un tableau en abyme où le plus proche, touchable, a des liens présents mais peu explicités avec l’entière humanité.  Le désarroi de la gauche ne peut que s’accroître si rien n’est fait dans un débat politique pour ordonner les divers « plans ». Faut-il s’attendre à un épuisement des capacités de « rebond » du système capitaliste ?  Francis Sitel, dans un débat début juin présentait justement cette hypothèse : « Le Capital est d'autant moins défait que percuté par une attaque exogène, et non comme en 2008 par un dysfonctionnement majeur de ses ressorts internes, il est à même d'engager  les réorganisations qui s'imposent pour restaurer la course au profit » ((11 juin, « Face au neuf, la difficulté de la lucidité »). Il en détaillait  les diverses dimensions ; il faut effectivement être attentifs à cette phase où la classe dirigeante, mondialement, dans un système inégal et combiné, nous impose de ne pas nous en tenir à l’idée que « le capitalisme ne peut plus rien concéder. Au pouvoir, point besoin de « grand partage » pour renouveler le « mixte » habituel du fétichisme du consumérisme, de la hiérarchie et de la répression. « Nous devons plutôt nous attendre à voir «  s’accélérer des mutations dans le travail (télétravail, précarisation aggravée...), prendre en compte des contraintes incontournables liées à l'environnement et au dérèglement climatique, ainsi que les modifications d'ordre géostratégique (confrontation avec la Chine, réorganisation de l'Union européenne...) ».

Remarquons-le, cependant, nous sommes loin d’être les seuls à nous soucier de ces exigences de buts politiques communs afin de « Faire dialoguer social et écologie »,  (Politis du 3 juin 2020). Comme le montre un entretien entre Philippe Martinez et Jean-François Julliard, il est fortement présent dans le « Plan de sortie de crise » des 18 organisations, devenues sans doute trente, du mouvement syndical, écologiste,  et diverses associations…

Nous pouvons constater, d’ailleurs, comment la trame du texte « Ensemble, tout est possible, soyons responsables » est construite sur ces mêmes préoccupations : permettre à des personnes, organisées comme militantes ou pas, de débattre de toutes les questions qui sont à ordonner pour avoir une stratégie.  Ceci  demande un véritable effort politique : il s’agit de montrer et de dessiner le changement de « paradigme », - changer les questions en fonction des réponses possibles -, qui tient aux phases longues de l’histoire du système capitaliste .  La sortie de la phase actuelle du capitalisme passe soit par des régressions à imposer aux peuples, soit à des productions pas ou moins soumises aux multinationales et leurs 1 à 5 % de profiteurs permettant un essor pour l’agriculture paysanne et des alternatives écologiques (Lire la postface de Michel Husson à l’édition française du livre d’Ernest Mandel, Les ondes longues du développement capitaliste, éd. Syllepse, 2014, pages 235 et stes !).La remise en route du mouvement altermondialiste est décisive, comme des éléments de coordinations autour d’exigences en Europe…

Et ici et maintenant ?

La controverse entre deux textes récents stimule bien les discussions nécessaires pour arriver à une précision de la « ligne » que nous devons proposer : sens des expressions favorables au « dégagisme », lucidité sur les hésitations et fractionnements, limites dues aux écarts entre exaspérations et possibilités de polémiques politiques réelles.

Nous constatons, -tous et toutes ?- que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système.  Sinon, hésiteraient-elles à répondre, unitairement au « Plan de sortie » du mouvement social ? Elles pourraient, justement dire : « oui », nous soutenons ces exigences, ce sont nos buts communs, elles vont dans le sens d’une autre société à laquelle nous aspirons. Elles étaient portées par des mobilisations peu prises en compte, de fait, par les « directions » politiques. 
Un signe en est donné par le rappel d’une analyse présentée par Sylvie Faye-Pastor (médecin), lors d’une réunion de groupes de gauche alternative centré sur les luttes et alternatives dans la santé :

«Ce qui se passe dans les hôpitaux est inédit. Il existe plusieurs collectifs, le collectif inter-urgence, le collectif des infirmiers de bloc, le collectif inter-hôpitaux […]. Ils veulent des effectifs, des lits et une revalorisation des métiers. Ils demandent de faire remonter les besoins par service. La motion du collectif inter-hôpitaux est très intéressante. Elle commence par nous soussignés… Et cela va des chefs de service jusqu’aux agents de service hospitaliers en passant par les secrétaires, les infirmiers, etc. c’est la première fois que je vois un tel front se créer. Il y a des pistes d’organisation, ils disent qu’ils sont prêts à élaborer le budget avec l’administration, service par service. […] Ces collectifs sont en relation avec les collectifs d’usagers: 300 000 signatures pour la défense de l’hôpital public. Continue-t-on à raisonner dans le cadre du capitalisme qui actuellement fait mourir les gens? Ou raisonne-t-on hors-cadre ?» (Cerises, la coopérative). Dans le même sens, citons le document préparatoire à la Conférence de presse du 5 mai du Collectif Inter-Hôpitaux  (https://static1.squarespace.com/static/5e356e21fb55d365939c3deb/t/5eaeee...).
Cette situation, au cours des deux ans de mobilisations qui se heurtaient aux faux semblants du gouvernement ou au mur d’Agnès Buzyn, ministre, a été, -et à quel point !- vérifiée et soulignée par l’action dans les tâches de lutte contre la pandémie… Ecouter celles et ceux d’en bas, les directions politiques, syndicales, associatives peuvent-elle l’oublier avec un retour à l’anormal ?

Elles ne peuvent omettre, dans l’ordre de l’écologie au quotidien, les apports de la Via Campesina du Mouvement des Sans-terre, toutes les recherches montrant qu’à condition de développer une agriculture de paysans, il y a moyen de nourrir 10 milliards d’êtres humains (Marc Dufumier, L’agroécologie peut nous sauver, Actes Sud, 2019). Tout le « Plan de sortie de crise » est stimulé par l’ensemble des initiatives concrètes…  Sous le titre « L’avenir est public »  l’Observatoire des multinationales  (observatoire@multinationales.org)  présente les 1400 remunicipalisations qui dessinent les contours des services publics de demain. Ajoutons, car d’autres y ressemblent dans d’autres régions, les activités de Bizi, au Pays Basque -"Bizi" veut dire "vivre" en basque-, qui a travaillé sur "40 actions à faire depuis chez soi pour que demain ne soit pas comme hier" (https://bizimugi.eu/confine-e-s-mais-motive-e-s#.XoxDOuqPmvQ.mailto).

Elles devraient aussi étendre cette réflexion populaire  à tout ce qui, réfléchi par les Gilets jaunes,  est rassemblé par l’association  Changer de cap  (https://changerdecap.net/)…

Nous devons donc le faire et proposer, partout, ce cadre de référence commun. Nous devons, certes, y ajouter les dimensions antiracistes et de défense des libertés trop peu présentes dans ce texte ; mais ce n’est pas un obstacle, comme en témoigne la participation de presque toutes ces organisations à des mobilisations antérieures (18 novembre 2019 contre l’islamophobie),  celles pour la COP 21 (décembre 2015) et celles en cours contre les violences policières comme pour la régularisation des sans-papiers.

Pour répondre aux faux semblants du pouvoir, en revanche, une intervention politique doit souligner des urgences, des priorités et proposer de débattre des ruptures fortes avec les privilèges de la classe dirigeante.

Nous l’avons exprimé dans des textes parus sur ce site : - https://www.ensemble-fdg.org/content/une-prise-de-conscience-des-inegalites - https://www.ensemble-fdg.org/content/est-ce-ainsi-que-les-hommes-et-les-... - https://www.ensemble-fdg.org/content/chomage-et-precarite-resteront-ils-...

En lien avec l’actualité, pour que se développent les mobilisations et faire murir celles pour le rejet du budget et de la majorité, parlons clairement.

Prenons tous les moyens pour que personne ne soit au-dessous du seuil de pauvreté. Prenons tous les moyens, tout de suite, pour l’égalité des salaires femmes-hommes.

Arguments : il faut imposer cela non pas comme « mesures d’ordre social », mais comme la traduction immédiate des principes démocratiques. D’autres points doivent avoir le même traitement… : « ne laissons pas l’anormal revenir »…

Qui produit les ressources de la société, les richesses ? Il faut donc prendre sur la valeur des productions, du travail, les moyens pour la solidarité. 

Une mesure immédiate doit être discutée et devrait s’imposer : un emprunt forcé pour que les « trop perçus » des 5% des plus riches (cela fait sans doute 1500 milliard d’€ !) serve à tous les besoins sociaux

Les cotisations sociales sont la part de la valeur, reconnue économiquement, qui est socialisée. Voilà donc ce qui doit servir pour toutes les solidarités nécessaires et voulues.

Qui doit gérer cette part de la richesse produite par toutes et tous ? Plus gros que le Budget de l’Etat… Il faut, évidemment, des élu.e.s pour ces tâches de gestion démocratique des moyens de solidarité. Ces discussions sont élémentaires pour une démocratie. 75 ans après la création de la Sécurité sociale, retour à des élections libres, avec des candidatures proposées par des syndicats ou des associations, les moyens pour des discussions et des décisions. Quand on a vu ce que les gouvernements ont fait des hôpitaux et des caisses de Sécurité sociale, on dit : stop ! Reprenons une voie de démocratie responsable.

Nous savons bien, aussi, que les évolutions des techniques de production, à condition de supprimer le chômage par une Sécurité sociale consolidée et universelle, permettrait d’éradiquer le chômage, de permettre les droits à la formation toute la vie et la libre activité…

A condition de socialiser et de mobiliser les richesses des 5 % les plus riches, il existe un autre avenir que la vague de 900.000 suppressions d’emplois. Résumons avec un extrait du texte « Ensemble, tout est possible… » : « La réouverture des entreprises utiles devra être imposée, pour assurer la pérennité des emplois et des savoir-faire et non des dividendes. Y compris sous forme de SCOP et de SCIC, dès que les travailleuses et travailleurs le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide ! Les collectivités, l'État doivent être des facilitateurs de ces démarches coopératives. Si des aides publiques s’avéraient indispensables au maintien des emplois et de savoirs faire d’utilité sociale; elles devront être conditionnées, contrôlées et s’adresser en priorité aux TPE-PME. La reconversion de l'industrie automobile, du nucléaire, des secteurs d'énergie fossile, de l’agrobusiness…implique des choix humains antiproductivistes qui rompent avec les logiques mortifères de profit sans contraintes des multinationales et des grandes banques, afin de s’appuyer sur des pratiques alternatives et de développer une coopération écologique et sociale à partir des territoires, sur toute la planète ». Ne donnons pas l’impression de douter des capacités d’organisation collective. Elles se manifestent déjà dans  les solidarités dans les quartiers populaires, comme les  circuits courts et les productions alternatives, et les collectifs de salarié.e.s porteurs d’autres façons de travailler dans les entreprises comme dans les services publics…  Temps réduit, garantie de salaire, élaboration collective des décisions. Avec toutes les conséquences pour la transformation des villes.

Il ne s’agit pas, évidemment, de propagande sur « le monde d’après », ni de discussion sur les mérites comparés de l’élection et de la révolution…  Pour ne pas subir « la catastrophe » prenons-en les moyens. Ici, maintenant…  Et discutons, oui, des institutions à changer pour un pas vers une démocratie réelle.
« Pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains »
Ne voyons-nous pas, de même, que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système ? Voulons-nous, dès lors, que le slogan soit « dégagez !» ou qu’il soit « pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains » ?

Cette proposition ne « renonce pas  à exprimer sur le plan politique ce que nous dit, avec raison, une partie grandissante de la population et de la société elles-mêmes : un malaise profond, un sentiment de révolte, une exaspération forte ». Tout au contraire : il ne faut pas laisser croire que les « soulèvements » résolvent spontanément toutes les questions ; ils peuvent certes être nécessaire pour pousser en avant des pratiques et imposer des décisions ; encore faut-il que l’exigence en soit portée par des pratiques, pour l’heure éparses, et par des expressions politiques pour l’heure à construire. 

Le dégagisme  a traduit une volonté de ne pas subir, comme la dénonciation des « 1% ». Quel encouragement de la voir circuler dans divers pays ! Nous avons eu, depuis, l’affirmation contradictoire des « chefs » nationalistes, autoritaires, souvent racistes (Trump, Erdogan, Poutine, Modi, Bolsonaro…)…  Et tous les mouvements de 2019, des Gilets jaunes et aussi du Chili, du Soudan, de Hong Kong, d’Algérie, du Liban … renouaient  avec les printemps arabes, et les divers mouvements dits « des places ».

Nous voyons  la vague mondiale actuelle de mobilisations populaires, de la jeunesse en particulier. Ce rejet des racistes et des violences policières rejoint, évidemment, les mouvements de masse contre les dirigeants néo-libéraux. Du Chili aux USA, est-ce assez évident ?

Mais pour le moment il y faudrait bien, à partir des exigences certes élémentaires,  une mobilisation qui porte en Europe : les mêmes questions se posent dans la plupart des pays, avec lesquels nous devons affirmer des buts communs et des exigences politiques.  Une ligne de construction du mouvement, pour les mois qui viennent.

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