Des camarades néo-zélandais appellent à la solidarité avec les musulmans

Christchurch: Solidarité avec les Musulmans! Non à l'islamophobie! Non à la 'Suprématie Blanche'!

Déclaration de l'International Socialist Organisation of Aotearoa/New Zealand

C'est presque incompréhensible. Cinquante personnes sont mortes. Cinquante autres sont blessées. Des centaines, voire des milliers de personnes sont confrontées à un deuil et à une perte inimaginable. C’était une attaque contre des musulmans en tant que musulmans, en ciblant leurs lieux saints, commise leur jour saint. C'était un acte de terreur. Notre point de départ est la solidarité : avec ceux qui ont été blessés et tués, avec leurs familles et leurs proches et avec tous les musulmans et les migrants de ces îles. Cette violence terroriste - un massacre racial - visait à nous diviser. Nous nous unissons à ceux qui souffrent.

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La barbarie de cet acte défie l’entendement, mais il a une logique politique. Il s’agissait d’un acte de terrorisme calculé, faisant appel au fascisme et à l’islamophobie. Il n’y a pas de grand mystère ici et les dirigeants musulmans parlent depuis des années de la normalisation et de la banalisation de la haine islamophobe. Chaque politicien, chaque chroniqueur et animateur de talk-show, chaque célébrité intellectuelle et dans les médias qui a joué un rôle dans la normalisation du fanatisme anti-musulman porte une part de responsabilité dans cette tragédie.

« L'interdiction des musulmans » de Trump et la Guerre contre le Terrorisme dans le monde ont préparé le terrain, mais des personnalités locales ont apporté leur contribution. Les chroniqueurs du [site d’informations] Stuff et du New Zealand Herald se sont alignés l’année dernière pour défendre les « droits » des fascistes Stefan Molyneux et Lauren Southern. [Le journaliste de l’audio-visuel] Sean Plunket a promu [l’écrivain néo conservateur canadien] Jordan Peterson plus tôt cette année. Lors d'un événement, Peterson a été vu en train de sourire aux côtés d'un fan portant un t-shirt « Islamophobe et fier ».

Simon Bridges, Judith Collins et le National Party [centre-droit] ont flirté avec la rhétorique de droite et d'extrême droite au sujet de l'ONU. Il est socialement et politiquement acceptable dans les cercles traditionnels de parler de l'islam et des musulmans comme un problème ou une question à traiter. L'année dernière, des centaines de personnes s'étaient rassemblées à Auckland contre « la charia » et Stephen Berry du [parti politique libéral ACT] était présent pour les soutenir. Des groupes fascistes à Christchurch ont perturbé des meetings électoraux en 2011 et des musulmans, des juifs et d'autres minorités visibles ont signalé des graffitis, du harcèlement et des abus sur leurs lieux de rassemblement à travers le pays depuis des années. Tout cela pendant que la plupart des commentateurs voudraient nous faire croire que la « politique de l'identité » et le déclin de la liberté d'expression sont les questions d'actualité.

C'est dans ce contexte que la violence fasciste s'est développée. Beaucoup de ceux qui ont été assassinés étaient des réfugiés et des migrants. Il y a une cruauté supplémentaire dans le fait que ceux qui sont venus ici fuyant la persécution dans leurs pays d’origine devraient y faire face dans leur nouveau pays d’adoption, et cela aussi a une logique politique. La vérité est que chaque parti politique du parlement actuel a, au cours de la dernière décennie, joué avec et encouragé la rhétorique anti-immigrés. Winston Peters [vice premier-ministre dans le gouvernement de coalition actuel, dirigeant du parti nationaliste New Zealand First] a parlé de « l'impact réel de l'immigration sur le mode de vie des Kiwis » en 2017. Le National Party s'est opposé au doublement du quota de réfugiés. Le fascisme meurtrier peut être extrême, mais il ne peut exister sans la culture politique anti-musulmane et anti-immigrée plus large promue par les milieux traditionnels (‘mainstream’).

Il ne s’agit donc pas d’un événement inexplicable. Il doit être compris comme une expression de l’islamophobie et de l’idéologie de la suprématie blanche et être combattu en conséquence.

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Le racisme imprègne la société néo-zélandaise, nulle part ailleurs plus que dans le maintien de l'ordre. La communauté musulmane connaît les menaces auxquelles elle est confrontée depuis des années et pourtant rien n’a été fait. Anjum Rahman, du Conseil des femmes islamiques de Nouvelle-Zélande a expliqué comment son organisation avait plaidé et supplié les autorités de prendre au sérieux les menaces antimusulmans. Des millions de dollars ont été gaspillés pour la persécution d'activistes maoris sous des accusations de « terreur » forgées de toutes pièces, et pour la surveillance de mosquées telles que celle de Linwood. Des militants pour la paix ont été poursuivis et harcelés pour avoir organisé des manifestations lors de conférences sur les armes à Wellington, et de plus en plus d’argent gaspillé pour de fausses poursuites. Et pourtant, les tueurs ont pu s'organiser sans être détectés. Des questions sérieuses doivent être posées sur les priorités, la politique et les préjugés de la police.

Et quelle a été la réaction de la police depuis la tragédie ? Décourager les musulmans et les minorités visibles de se rassembler en public et essayer de garder les gens à l'écart des veilles et des manifestations. Ils sont totalement sans autorité morale.

Il y a un chemin différent. C'est le chemin de la solidarité. Chaque rassemblement, chaque veillée, chaque manifestation avec les musulmans montre le pouvoir que nous pouvons avoir collectivement. Le terrorisme tente de nous isoler et de nous diviser. Les mobilisations de masse, se faisant confiance en tant que travailleurs, montrent que nous ne laisserons pas les musulmans être isolés et que nous ne serons pas divisés. Cela peut réconforter et donner du courage aux opprimés et inciter d’autres travailleurs à faire preuve de plus de solidarité.

Nous devons organiser des rassemblements de solidarité dans les semaines à venir pour faire passer ce message : les musulmans sont les bienvenus, pas le racisme ; à bas l'islamophobie et la haine suprématiste blanche !

Nous sommes unis dans le chagrin, mais c'est un chagrin politique. Il répond à une haine fasciste. Le fascisme déteste nos libertés - les libertés civiles et religieuses des musulmans, les droits de notre diversité, le pouvoir des travailleurs en tant que collectifs - et nous devons montrer notre rejet de la haine qui motive ce massacre racial en exerçant ces libertés collectivement. Le deuil et le respect, dans ce contexte, signifient rester dans la rue. Les événements syndicaux doivent avoir lieu. Les rassemblements, les grèves et les réunions d'arrêt au travail sont les moteurs de l'unité et du pouvoir de la classe, ce que l'extrême droite déteste. Ils nous donnent la chance d'être ensemble dans l'unité de la classe ouvrière, musulmans et non musulmans, visiblement unis et en train de se battre. Nous nous opposons à tout appel à reporter ou à annuler une activité syndicale.

Le fascisme est la politique du désespoir. Il espère provoquer le désespoir chez les autres, par le biais d'actes bestiaux de cruauté comme ceux commis à Christchurch. Cela nourrit le racisme, le fanatisme, la peur et le dégoût de l'autre. Il grandit dans le désespoir. Le socialisme est la politique de l'espoir, de l'unité de la classe ouvrière, de la coopération d'en bas contre la suprématie blanche et des divisions promues d'en haut. Les rassemblements de masse à travers le pays depuis cette atrocité montrent une voie à suivre : solidarité, espoir, défi. Affronter le fascisme et chasser le bigotisme anti-musulman et anti-immigré hors de la société est une tâche urgente pour nous tous aujourd'hui.

D'abord nous pleurons, maintenant nous organisons.

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Auteur: 
Colin de Saint-Denis