Des droits n’ont de véritable valeur qu’autant que la situation matérielle permet de les exercer

Merci à Patrick pour ce texte retrouvé

Une brochure de 32 pages (bigot-servitude-1921), des limites en particulier sur l’espérance et le progrès technologique, un saisissement plein de rêves de quelques éléments dégagés de la révolution russe. D’autres depuis ont approfondi les causes et les formes du système de domination des femmes par les hommes, et des possibles chemins d’émancipation.

Reste la force du mot servitude et d’un plaidoyer pour l’égalité.

« Vous venez d’abolir tous les privilèges, abolissez donc ceux du sexe masculin. Les Français, dites-vous, sont un peuple libre, et tous les jours vous souffrez que 13 millions d’esclaves portent les fers de 13 millions de despotes » Requête des Dames à l’Assemblée législative, 1791

Des femmes lors de chaque mouvement d’émancipation, 1848 et 1870, la servitude des femmes et leur droit à la liberté. Le socialisme et l’absence d’investigation théorique sur les femmes « Il a cru trop facilement qu’en émancipant le travailleur, il émanciperait du même coup et entièrement la travailleuse », la soi-disant protection des femmes et l’institution de la famille, l’homme « protecteur » et souteneur…

La femme soi-disant reine du foyer, « le ménage remis en ordre, vous songez au repas du soir, au feu à entretenir, au linge à raccommoder… Et demain ramène les mêmes tâches, aussi rebutantes, aussi malpropres, aussi urgentes, et tous les lendemains qui se suivront les ramèneront inexorablement, car votre royauté ne connait pas de dimanches. Oui femmes, ménagères, vous êtes reines ! Reines de l’eau de vaisselle et des chaussettes trouées », des travailleuses…

Les poètes et dieu bénissent les familles nombreuses, « les poètes ne voient jamais les langes souillés, ni le lait caillé sur les vêtements ! », les dix-sept ou dix-heures de travail incessant des mères, « la famille les mine, les ronge, les use »…

L’« ange au foyer », les unions médiocres des jeunes filles, le devenir « garde-malade obligée, jour et nuit, s’il le faut », la femme au foyer est bien une ressource précieuse pour l’homme, le travail collectif, « aucun individu adulte ne doit économiquement dépendre d’un autre », la servitude et la tyrannie, le cumul de tous les labeurs…

Aux confiseries frelatées du servage domestique, Marthe Bigot oppose la satisfaction des besoins et des désirs (des femmes).

Elle parle aussi de maisons d’accouchement et de maisons d’allaitement, de temps libre pour le repos et le loisir.

Et si les hommes évoquent « la loi de la nature » c’est bien parce qu’ils basent sur elle l’exploitation des femmes…

Marthe Bigot : La Servitude des femmes

Librairie de « l’Humanité » 1921

Didier Epsztajn

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