Déter....minés

De retour de la manifestation parisienne, fatiguée mais remontée à bloc par l'immense cortège qui a envahi les avenues de la place d'Italie aux Invalides, je suis consternée par l'image qu'en donne le gouvernement et les médias. Diable ! Si nous sommes déterminés, en face, ils le sont aussi et ils ne se privent pas des coups bas. Hallucinant ce déni de la réalité avec la bataille de chiffres sur le nombre de manifestants. 80000 selon la préfecture...un million selon la CGT. A Marseille 6000 selon la police 140000 selon la CGT. Jusqu'à maintenant on pouvait faire une moyenne entre les chiffres de la police et les chiffres des syndicats. Mais là, la volonté de décrédibiliser les responsables syndicaux dans leurs estimations est révoltante. Hallucinante la stratégie qui consiste au détour d'un phrase à amalgamer terrorisme et lutte contre la loi travail. La palme en revient à Cazeneuve qui n'hésite pas à évoquer dans une même déclaration le meurtre tragique des deux policiers et la casse des vitres de l’Hôpital Necker. Valls n'est pas moins provocateur, accusant la CGT d'avoir une position ambiguë à l'égard des manifestants les plus radiaux et lui demandant de ne plus organiser ce type de manifestations à Paris. Hallucinante la menace de l’exécutif d'interdire les manifestations « si la préservation des biens et des personnes ne pouvait plus être garantie ». Entendez par là, si la propriété privée des banques, des assurances cibles privilégiées pour la casse de vitrine devait être remise en cause… Hallucinante la place prise dans les médias par les affrontements et la casse assumés par des groupes de manifestants revendiquant une stratégie du chaos mais ultra-minoritaires dans ce formidable mouvement contre la loi travail. Malgré tous ces dénis, le 14 juin restera une date marquante du printemps 2016. Loin du baroud d'honneur, ce fut la plus belle journée de mobilisation depuis le début du mouvement. Et maintenant que faire ? Nouvelle journée d'action le 23 juin, avec interpellation des parlementaires, puis le 28 juin pour remettre la votation citoyenne auprès des préfectures et la Présidence de la République, sont à l'ordre du jour. Mais au-delà de ces initiatives permettant d'organiser les actions concrètes, il devient de plus en plus urgent de dessiner les contours d'une autre façon de faire société. D'autres mènent le débat. Fustigeant l'attitude de la CGT Jean Kaspar ancien dirigeant de la CFDT indique que deux conceptions du monde, du syndicalisme et de l'émancipation s'affrontent. L'une prenant en compte les mutations du monde et les aspirations des personnes, l'autre restant bloquée sur les acquis (Edito de OF du 13 juin). Sans attendre de se mettre d'accord sur des candidatures unitaires de la gauche radicale, sociale et politique, pour la séquence de 2017, n'est-il pas temps que dans tout le pays des forums se tiennent pour débattre de l'alternative à la loi travail? N'est-il pas temps de montrer que loin d'être uniquement sur la défense des acquis, nous sommes porteurs d'une autre conception de la société où la coopération doit devenir le principe de toutes relations dans les collectifs de travail et que cela suppose de s’affranchir de la tutelle des actionnaires ? N'est-il pas temps de se mettre tous ensemble en tas avec celles et ceux qui sont au cœur du mouvement, avec celles et ceux qui animent Nuit Debout pour commencer à débattre de comment on s'organise pour décider à la place des 40 bloqueurs qui tiennent le siège à l'Elysée et Matignon ? Pour faire de ce mouvement revendicatif un mouvement porteur d'un nouveau projet de société.

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Auteur: 
Sylvie Larue