Die Linke, la seule alternative à gauche.

Comme partout en Europe, l'opposition au Tafta est un enjeu majeur de la campagne des élections européennes. En Allemagne, là où la grande alliance SPD-CDU est montrée comme un modèle de gouvernance pour toute l'Europe, Die Linke se mobilise contre la politique austéritaire imposée à toute l'Europe autour de trois mots d'ordre : justice sociale, paix et démocratie.

L’AfD ou la montée d’un nouveau parti populiste d’extrême droite en Europe

La campagne électorale des européennes est marquée par la montée en puissance du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD – Alternative pour l'Allemagne), qui a frôlé les 5% requis pour siéger au Bundestag en septembre dernier et qui est crédité aujourd’hui de 7% des intentions de vote. Crée en 2013, ce parti est aujourd’hui reconnu dans une large frange de la population comme un parti d'universitaires, prônant une réponse concrète. Contrairement au NPD néo-nazi (Nationaldemokratische Partei Deutschland – Parti national-démocrate d'Allemagne), il mène une campagne populiste de droite pour ces élections (européennes, et aussi locales dans certains Länder) sous les mots d’ordre de sortie de l'Euro, de « démocratie directe » – à travers l'exemple de la Suisse – et avec des slogans comme «Les Grecs souffrent, les banques encaissent, les Allemands payent!» (Griechen leiden, Banken kassieren, Deutsche Zahlen!). Le côté raciste du parti est indéniable abordant des slogans comme «L'immigration a besoin de règles claires» (Einwanderung braucht klare Regeln), «Nous ne sommes pas le bureau d'aide sociale du monde» (Wir sind nicht Weltsozialamt).

Surfant sur la popularité d’Angela Merkel et son rôle dans la crise ukrainienne, les dirigeant-e-s de la CDU (Christliche-demokratische Union – Union chrétienne-démocrate) ont décidé d'ignorer les populistes de droite, qui d'après les sondages les mettraient en difficulté dans certaines régions, mais ce n'est pas l'avis de tout le parti où certaines fédérations régionales vont jusqu'à spéculer sur des possibilités de coalitions avec l'AfD.

Les Verts et le SPD pour la poursuite de l’Europe actuelle !

Contrairement aux discours anti-austéritaires de Martin Schulz dans ses meetings en France, les sociaux-démocrates (SPD – Sozialdemokratische Partei Deutschlands) et Martin Schulz en tête mènent une campagne pour le prolongement de la politique de l'Union Européenne, avec comme seule nouveauté la volonté de création d'un salaire minimum en Europe. Le contrat de coalition passé avec la CDU de Merkel ne prône nullement une alternative à l’austérité mais seulement la mise en place hypothétique d’un SMIC (à hauteur de 800 euros) en Allemagne pour le 1er janvier 2015, ou 2017 pour certains secteurs. Mais la loi pourrait encore être jugée inconstitutionnelle, car comportant bien trop d'exceptions (excluant notamment les moins de 18 ans ou les retraités de ce nouveau système), selon la fondation Hans-Böckler, proche de la Confédération allemande des syndicats (Deutsche Gewerkschaftsbund – DGB).

Quant aux Verts (Bündnis 90/Die Grünen), le préambule de leur programme se contente de tirer le bilan d’une Europe garante de paix, précurseur en matière d'égalité des sexes, et qui a progressé en matière d'écologie. Il se prolonge ensuite par la revendication d'un changement de cap dans la politique européenne, dénonçant le pouvoir des lobbies, en refusant TAFTA ou la privatisation de l'eau. A croire que l’Europe d’aujourd’hui serait démocratique et réorientable dans le cadre des traités actuels !

Die Linke, la seule alternative possible à gauche

Comme l’ensemble des partis de la gauche européenne, Die Linke mène campagne contre la politique austéritaire européenne réclamée par l'Allemagne, et qui la conduit elle-même à un dumping salarial, des coupes budgétaires dans les services publics et une privatisation grandissante de ceux-ci. Elle revendique ainsi une nationalisation des banques et un emprunt direct des Etats à la BCE. La revendication d’une autre politique migratoire est de nouveau un thème central de la campagne de Die Linke, prônant la suppression des traités de Dublin, de Frontex ou Eurosur. Fidèle à son engagement antimilitariste la campagne est menée pour l'interdiction des exportations d'armes en Europe, pour contre les risques de guerre en Ukraine et pour la création de programme de restructuration des firmes d'armements afin de protéger l'emploi.

Die Linke se veut d'une politique claire, qui attire le plus grand nombre, et écrit donc ses slogans noirs sur blancs, suivant trois axes : justice sociale, paix et démocratie. Elle ne prône donc pas une sortie de l'Europe, comme voudrait le faire croire le SPD, mais une rupture avec les politiques menées actuellement en Europe.

Dans cette lutte pour une nouvelle Union Europénne, Die Linke se mobilise aux côtés du mouvement Blockupy, qui se concentre principalement à Berlin, pour une autre politique d'immigration et contre la montée de l'AfD. Avec diverses organisations elle participe activement à la lutte contre TAFTA, thème majeur de ces élections européennes

Construire une alternative à l’austérité en Europe, au Bundestag et dans les Länder ! Un combat à mener dans Die Linke !

Si Die Linke incarne la seule alternative possible à gauche en Allemagne, le parti reste en crise latente. Lors de son congrès de Hambourg en février dernier, axé sur la préparation des élections européennes, la majorité de Die Linke a fait retirer du projet de programme le passage du préambule dénonçant l’Europe comme «puissance néolibérale, militariste et en grande partie non-démocratique ». Dans le même temps, les candidat-e-s jugés trop critiques envers l'Union Européenne étaient écartés des éventuelles places éligibles. La volonté de Die Linke d'apparaître comme un parti de gouvernement, suite aux élections au Bundestag et le refus des sociaux-démocrates de faire une coalition avec Bündnis 90/Die Grünen (Les Verts) et Die Linke, préférant s'allier aux chrétiens-démocrates, pourrait prendre de l'ampleur1.

Ainsi, le 9 avril, cinq députés de Die Linke votaient (18 abstentions, 35 contre) au Parlement allemand pour la première fois dans l’histoire de Die Linke pour une intervention militaire des forces armées à l’étranger dans le cadre de la mission commune ONU-OIAC pour la destruction des armes chimiques syriennes. Lors du congrès statutaire de mai dernier, l’orientation rose pâle du gouvernement rose-rouge du gouvernement de Brandebourg était présentée comme un modèle exportable dans les autres Lander par une partie de l’organisation. Une partie de Die Linke pense aujourd’hui que pour devenir un parti capable de gouverner, Die Linke doit modifier sa politique étrangère, préparant le terrain pour une coalition rose-rouge-verte par des alliances dans les Landers. Cette orientation est combattue activement par la gauche du parti (malgré des analyses divergentes) qui cherche à faire la démonstration du caractère incontournable de la construction d’une alternative de gauche à tous les échelons des Landers à l’Europe. Et c’est bien là le sens de la campagne commune autour de la candidature d’Alexis Tsipras.

Lucie G. et Romain L., militants d'Ensemble.

1La gauche de Die Linke est aujourd’hui divisée entre ceux qui considèrent que le congrès d’Hambourg marque d’ores et déjà une droitisation réelle (http://www.antikapitalistische-linke.de/?p=464) de l’organisation et ceux qui pensent qu’en connectant davantage Die Linke aux mouvements sociaux et aux débats qui les traversent il est possible de l’empêcher (www.marx21.de).

 

 

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