Douarnenez : défendons notre hôpital !

Le samedi 6 décembre, 4 500 à 5 000 personnes sont descendues dans les rues de Douarnenez, pour exprimer leur refus de voir leur hôpital dépouillé de l'essentiel de ses activités. Une manifestation comme la Ville n'en avait pas connue depuis longtemps et qui a drainé des personnes bien au dela des limites de la commune.

Un combat permanent depuis 20 ans

L'hôpital de Douarnenez fait partie de ces hôpitaux de proximité implantés dans des petites villes ou des villes moyennes et qui ont maillé le territoire depuis des décennies. Pour le Sud Finistère, ce type d'établissement existe à Douarnenez, Concarneau, Quimperlé et Pont L'Abbé (ici, c'est un établissement privé à but non lucratif « participant au Service Public Hospitalier »). Depuis plus de 20 ans, ces hôpitaux de proximité sont dans le collimateur des politiques gouvernementales successives, au nom de la « rationalisation de l'offre de soins ». 

L'angle d'attaque a souvent été la fermeture de leurs maternités, plus particulièrement après le Décret Kouchner, pris sous le Gouvernement Jospin en 1998. Il a imposé un seuil annuel de 300 accouchements pour l'existence d'une maternité au prétexte, jamais démontré, qu'au dessous de ce chiffre, la « sécurité » des patientes ne serait pas assurée (ce qui n' a pas empêché la maternité de Quimperlé de disparaître malgré la réalisation de plus de 500 accouchements par an). Une fois la mécanique enclenchée, il suffit à nos « réformateurs » de dérouler la pelote : urgences, chirurgie, services de réanimation... Malgré des mobilisations souvent massives de la population, rares ont été les lieux où ces logiques de casse du service public ont été durablement enrayées.

Les effets de la loiI HPST

Le Centre Hospitalier de Douarnenez est aujourd'hui directement frappé par les conséquences de la Loi Bachelot, dite « Hôpital, Patients, Santé et Territoire, que le Gouvernement socialiste s'est bien gardé d’abroger malgré les déclarations de campagne du candidat Hollande. Il se retrouve inséré dans une « Union Hospitalière de Cornouaille » qui regroupe le Centre Hospitalier de Quimper (hôpital de « référence »), ceux de Douarnenez et Pont L'Abbé, l'hôpital psychiatrique (EPSM) de Quimper ainsi qu'un centre de soins de suite et de réadaptation géré par l'Assurance Maladie. Tout en maintenant la fiction d'établissements juridiquement indépendants, cette Union a pour objectif de « mutualiser les moyens » (selon la formule à la mode dans la technocratie d'Etat) par le biais de groupements de coopération sanitaires (l’hôpital de Concarneau, lui, a été purement et simplement absorbé par celui de Quimper). On sait par expérience que, dans ce genre de coopérations, c'est le gros qui bouffe les petits !

C'est bien ce qui est train de sa passer pour Douarnenez. Le 11 janvier dernier un Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens (CPOM) a été conclu entre l'Agence Régionale de Santé (ARS), et les Centres Hospitaliers de Quimper et Douarnenez. Ce contrat, présenté par le Ministère comme un contrat de confiance entre les autorités publiques et les établissements de santé, a créé le Bloc Opératoire de Cornouaille comprenant les plateaux chirurgicaux de Quimper et Douarnenez. Il s'est traduit par l’arrêt de la chirurgie conventionnelle à Douarnenez, mais y a acté le maintien et le développement de la chirurgie ambulatoire avec l’intervention d’anesthésistes de Quimper sur le site de Douarnenez.

Aujourd’hui, Douarnenez voit la pérennité de ses activités gravement menacée en raison du manque de médecins anesthésistes attachés au Bloc Opératoire de Cornouaille et au refus récurrent des anesthésistes de Quimper de venir exercer à Douarnenez. Cette situation de sous-effectif médical, si elle devait perdurer, conduira à court terme à interrompre la chirurgie ambulatoire ; la poursuite d'autres activités nécessitant la présence d'anesthésistes, pourtant indispensables au bien être de la population d'un bassin de vie allant de la Pointe du Raz à la Presqu’île de Crozon, serait rapidement mise en cause: fibroscopies, coloscopies, urgences, petites interventions en ophtalmologie ou cardiologie... Une telle évolution ne serait pas sans conséquences ni sur la médecine de ville ni sur l 'équilibre économique et social du territoire, l’hôpital étant comme souvent le 1er employeur de la Ville (plus de 700 salariés).

Amplifier la mobilisation !

La réaction unanime des médecins hospitaliers de Douarnenez face à la situation ainsi créée, la mobilisation des  organisations syndicales de l'établissement et l'important travail de veille mené depuis des années par le Comité de Défense des usagers de l'hôpital a contribué à la réussite exceptionnelle de la manifestation du 6 Décembre. Pour autant rien n'est réglé :

L'ARS et les directions hospitalières s'abritent derrière les problèmes de « démographie médicale » et laissent de fait pourrir la situation. Comme si la « re-production » des médecins était un phénomène naturel et non le résultat de choix politiques : verrouillage du numérus clausus pour la formation des médecin, liberté d'installation. Quant à la réponse de Marisol Touraine, Ministre de la Santé, à l'interpellation que lui a adressée le Sénateur-Maire (UMP) de Douarnenez, elle constitue une véritable gifle à la face des milliers de personnes venues défendre la qualité de soins de proximité et une certaine idée de l'aménagement du territoire, à l'opposé des conceptions technocratiques et libérales de ceux qui nous gouvernent. Dans ce contexte, la présence dans le cortège de la députée PS relèvait de l'indécence alors qu'elle vient de voter une Loi de financement de la Sécu qui soumet notre système de santé aux dogmes austéritaires en vigueur. Gageons que le Sénateur UMP , lui aussi présent dans le cortège, en aurait fait autant si son parti avait été au gouvernement !

C'est donc un long et dur combat qui attend les habitants de Douarnenez et de sa région. Il faudra d'autres manifestations, d'autres moyens d'action pour qu'enfin la mobilisation citoyenne impose le maintien de l'ensemble des activités de l'hôpital et leur développement. C'est ce à quoi s'emploient les acteurs de cette lutte.

Jean Louis Griveau, Ensemble Douranenez.

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