À droite, du nouveau ?

Le premier tour de l’élection du président du parti Les Républicains, prévu le dimanche 10 décembre, présente peu de suspense. La victoire de Laurent Wauquiez fait peu de doute. Les autres dirigeants de la droite (Valérie Pécresse, Xavier Bertrand…) ont passé leur tour. Les autres candidats (Florence Portelli, Mael de Calan…) ont peu d’espace, même si leur score éventuel peut être un point de départ. Au final, la principale interrogation réside dans la participation au vote : un nombre d’électeurs inférieurs à 100 000, ou des contestations sur les résultats du vote, pouvant susciter un nouvel affaiblissement.

Deux lectures sont possibles.
La première inscrit cette élection dans le prolongement de la présidentielle et des législatives de 2017. C’est la poursuite de la crise à droite. Les anciens leaders (Sarkozy, Fillon) sont toujours empêtrés dans des affaires judiciaires. Le régime interne des Républicains est difficilement gouvernable (entre la présence contestée des cadres militants issus de Sens Commun et les difficultés à exclure les « constructifs » ralliés à Macron). Sur le fond, Wauquiez représente un repli sur soi identitaire, conservateur, cherchant à occuper l’espace idéologique du Front National lui-même en crise (dans son programme sur le site www.droite sociale.fr,  pas une ligne sur l’écologie ou le numérique…). Dans ce contexte, les difficultés sont loin d’être finies pour la droite. Surtout que les prochaines élections européennes, prévues en 2019, ne sont pas les plus faciles pour les partis traditionnels et les Républicains se retrouvent d’ors et déjà confrontés à l’offensive de Macron pour rassembler les libéraux de droite et de gauche pro européens, entamant un dialogue avec Alain Juppé dans cette perspective… Une scission des Républicains est même parfois évoquée.
La deuxième lecture possible vise à inscrire l’évolution du champ politique à droite en lien avec les dynamiques sociales qui le traversent. Pour le « peuple de droite », l’évènement décisif, peut être fondateur, des dernières années a été la mobilisation prolongée en 2013/2014 contre le projet de loi sur le mariage pour tous. Cette mobilisation de grande ampleur a vu l’émergence d’une nouvelle génération militante à droite, de nouvelles thématiques idéologiques, de nouvelles revues, dans une bataille politique qui a été pensé comme un véritable « enjeu de civilisation »… C’est ce que le politologue Gaël Brustier a analysé comme un véritable « Mai 68 conservateur » aux effets prolongés au-delà de la question du projet de loi Taubira. Or, il faut du temps pour que les dynamiques sociales émergent sur le plan politique. Sans doute que ni Sarkozy, ni Juppé, ni Fillon n’était capable ces dernières années de renouveler le corpus de la droite en phase avec cette mobilisation. Laurent Wauquiez peut-il devenir dans les prochaines années l’artisan d’un futur « Mai 81 » de la droite ? La question est posée.

À travers les recompositions des forces politiques, ce sont des enjeux de grande ampleur sur l’évolution de la société qui se jouent. Pour les forces de la gauche de rupture, cela renforce la nécessité de construire une alternative de société qui soit à la hauteur.

François Calaret

Article