Ecosse : les enjeux du 18 septembre

Ce week-end, pour la première fois, un sondage donnait une légère avance (51 % contre 49) au vote en faveur de l’indépendance. Pronostiquer la victoire du « Oui » » à partir de ce seul élément serait pour le moins osé. Il n’en reste pas moins qu’il indique sûrement une tendance : celle de la remontée du « oui », alors que, il y a quelques mois, au tout début de la campagne référendaire en Ecosse, les partisans de l’indépendance partaient avec un retard certain (près de 20 points).

D’autant qu’ils ont été contraints d’affronter une sorte d’union sacrée pro-britannique qui regroupe la coalition gouvernementale au pouvoir au Royaume-Uni – c’est-à-dire les Conservateurs alliés aux Libéraux-Démocrates – mais aussi son « opposition officielle », le Parti travailliste (Labour Party). Ainsi que l’UKIP – le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni - un mouvement anti-européen et anti-immigrés dont les dernières élections européennes ont sanctionné la progression inquiétante. Il ne s’agit pas seulement d’une convergence de facto : toutes ces forces, qui occupent, au moins au plan institutionnel, la quasi totalité du champ politique au Royaume-Uni, se sont effectivement regroupées au sein d’une coalition - « Better together » - qui mène une campagne acharnée contre l’indépendance écossaise. Comme si cette cause-là l’emportait de loin sur les divergences que ces forces politiques du système ont ou prétendent avoir entre elles…

Depuis, une double campagne en faveur du « oui » s’est développée. La première est impulsée par le Parti national écossais (SNP), dont les succès électoraux sont à l’origine du référendum. Extrêmement modérée sur le fond politique (et social), elle vise surtout à rassurer et à contrebalancer les prophéties alarmistes des opposants à l’indépendance. Sous la bannière de la Radical Independence Campaign, la gauche radicale ainsi que de nombreuses associations sociales et culturelles, mène une campagne de proximité qui semble avoir produit ses effets : multiplication des « évènements populaires» regroupant les partisans du « Oui » et remontée de ces derniers dans les sondages.

Comme un parfum de TCE ?

Il faut naturellement se garder des raisonnements par analogie et de projeter nos propres expériences sur une situation politique très spécifique. Pour autant, certaines ressemblances avec la situation que nous avons vécue ici en 2005 sautent aux yeux. De même qu’alors la quasi totalité de la classe politique institutionnelle s’était engagée en faveur du « Oui » au Traité constitutionnel européen, de même c’est l’ensemble de la classe politique britannique et de ses partis qui font taire leurs divergences pour mener ensemble campagne contre l’indépendance de l’Ecosse.

Comme alors, se multiplient pétitions et prises de positions favorables au maintien dans le Royaume-Uni, venant de célébrités et d’artistes. Ainsi 200 artistes – dont Mike Jagger viennent de se prononcer pour le « Non ». Ils ont été rejoints plus récemment par Paul McCartney. De son côté, JK Rowling, la créatrice de Harry Potter, finance très généreusement – un chèque de plus d’un million d’euros, quand même… – la campagne pour le « Non ».

Les grands médias ne sont pas en reste : tous hostiles à l’indépendance, ils présentent à longueur de colonnes cette éventualité comme un saut dans l’inconnu. Et, parallèlement, développent sans retenue les habituels stéréotypes relatifs aux Ecossais. On retrouve d’ailleurs dans cette campagne l’étalage d’un mépris de classe assez semblable à celui dont les partisans du TCE accablaient leurs opposants, incapables de comprendre la « modernité » de l’union européenne : les indépendantistes écossais sont fréquemment présentés comme un peu benêts, passéistes – le kilt… - et, par ailleurs, comme des assistés ne survivant que grâce aux subventions versées par l’Etat britannique pour maintenir à flots une région à la dérive.

Autre similitude, précisément : l’importance de la « détermination de classe » dans le vote. La plupart des études et des sondages réalisés montrent sans ambiguïté que c’est bien dans les quartiers ouvriers et dans les couches populaires paupérisées que les intentions de vote en faveur de l’indépendance sont les plus élevées, alors que les couches aisées et les élites plébiscitent le maintien au sein du Royaume-Uni.

On lira ci-après une traduction d’un article de la Radical Independence Campaign détaillant les résultats d’une sorte de « sondage » effectué par leurs soins. Naturellement, on ne peut extrapoler le résultat final du vote à partir de cette étude car, comme c’est d’ailleurs indiqué dans l’article, elle est doublement « biaisée » : d’abord parce qu’elle a été réalisée en porte-à-porte par des militants indépendantistes ; et, ensuite, parce qu’elle a ciblé prioritairement les quartiers les plus populaires. Par contre, elle met bien en évidence la corrélation entre question sociale et intention de vote sur l’indépendance. Et elle confirme que l’attachement traditionnel au Parti travailliste, qui remonte à des dizaines d’années, est aujourd’hui fortement ébranlé par la participation de ce parti à la coalition anti-indépendantiste.

Enfin, au titre des analogies avec 2005, on notera évidemment que les partisans de l’indépendance, se heurtant au rejet des élites et à la difficulté d’accéder à des médias hostiles, ont été conduits à développer une campagne « citoyenne », de terrain, avec des collectifs, des animations à la base, des petites réunions, du porte-à-porte, scandée par quelques grands rassemblements.

Vers une crise politique majeure ?

Après la publication du premier sondage indiquant la possibilité que, finalement, le « Oui » l’emporte, la classe politique britannique vient de sonner la mobilisation générale. Ainsi, dans l’espoir de désamorcer les aspirations indépendantistes, David Cameron devrait annoncer sans tarder l’accélération de la dévolution et le transfert de nouveaux pouvoirs au Parlement et au gouvernement écossais. Ainsi, le Parti travailliste envisage d’envoyer cette semaine une centaine ( !) de ses députés en Ecosse pour tenter de renouer avec sa base.

Simultanément, les uns et les autres essaient à nouveau de susciter la peur. Longtemps, les Conservateurs ont utilisé la question de l’utilisation de la monnaie – la livre sterling – dont ils prétendaient priver les Ecossais en cas de vote favorable à l’indépendance. Ce chantage a fait long feu. Aujourd’hui, c’est Ed Milliband, le leader du Parti travailliste, qui prédit la construction d’une véritable frontière entre l’Ecosse et l’Angleterre…

En fait, il est possible que ces diverses manœuvres s’avèrent plutôt contre-productives : des nombreux électeurs écossais sont de plus en plus irrités contre la classe politique, parce qu’ils ont l’impression que l’on veut leur forcer la main et qu’au fond, pour les dirigeants politiques, il y a bien un référendum mais avec, en fait, une seule réponse possible…

Il est trop tôt pour anticiper ce que seraient les conséquences d’un vote en faveur de l’indépendance. Mais, sans nul doute, une série de crises politiques majeures secouerait les grands partis britanniques. Naturellement, l’autorité de David Cameron serait durement affectée par un résultat qui, fatalement, apparaîtrait comme un désaveu sans appel de son gouvernement et de sa politique : il est clair que le refus de la politique gouvernementale d’austérité a constitué un puissant accélérateur de la remontée du « Oui ». Quant la direction du parti travailliste, elle serait au moins autant touchée : vu la carte électorale de l’Ecosse, une victoire du « Oui » signifierait forcément que de très nombreux électeurs travaillistes n’ont pas suivi sa consigne de vote et commencent à secouer son emprise. Enfin, venant après les déboires de la monarchie espagnole couplée au désaveu de la classe politique madrilène et à la montée des revendications nationales, un tel résultat remettrait la question de la République sur le devant de la scène européenne…

En conclusion, quelques mots sur la gauche radicale.

A commencer par Left Unity : récemment créé à l’appel de Ken Loach, Left Unity se veut un parti large. Tout à fait radical en ce qui concerne les questions sociales et « sociétales », il n’assume pas pour autant l’héritage théorique de la gauche révolutionnaire sur l’ensemble des sujets, notamment en ce qui concerne les « questions nationales ». Ainsi, Left Unity n’a pas pris position, en tant que parti, à propos du référendum écossais. Mais, au cours des derniers mois, une tendance (à vocation provisoire) s’est constituée au sein de Left Unity afin de mener campagne : la tendance « Oui à la République écossaise ». Outre une activité de propagande pour le « Oui », ce regroupement a organisé une réunion publique à Londres, dont la principale oratrice était Bernadette MacAliskey, militante historique du mouvement républicain irlandais, ancienne animatrice du mouvement pour les droits civiques au début des années 1970. On peut écouter son intervention sur le site de Socialist Resistance :

http://socialistresistance.org/6686/we-need-an-independent-scotland-bernadette-mcaliskey

On trouvera ici le tract d’appel à ce meeting, ainsi que des articles (traduits) de la Radical Independance Campaign, de Counterfire (site et réseau militant animé par d’anciens dirigeants du SWP) et de Socialist Worker (l’hebdomadaire du SWP).

Ces documents illustrent l’engagement de la gauche radicale, en Ecosse comme au Royaume-Uni, en faveur de la bataille pour l’indépendance de l’Ecosse. Ils fournissent des éléments intéressants sur la manière dont se mène cette campagne, aussi bien en Ecosse que dans le reste du Royaume-Uni. Enfin, ils éclairent aussi la variété des analyses, des motivations et des approches qui sont celles de ces différents courants, notamment sur l’appréciation de ce que représente le Parti national écossais. Ou encore sur la dynamique et le contenu de l’indépendance…

François Coustal

Quelques documents pour en savoir plus…

Document n° 1

Note du traducteur : tract d’appel au meeting londonien organisé par la Tendance « Oui à la République écossaise »

Indépendance écossaise : pourquoi la gauche doit dire « Oui » !

Attention, ce meeting n’est pas soutenu officiellement par Left Unity, mais par la Tendance « Oui à la République écossaise » au sein de Left Unity

Le 18 septembre, David Cameron sera confronté à l’un de ses défis majeurs : le référendum écossais. Si le « Oui » l’emporte, ce sera une défaite majeure pour lui et sa coalition. Personne ne peut en prédire les conséquences. Mais, sans aucun doute, cela minera la crédibilité du gouvernement et constituera un encouragement pour tous ceux qui combattent le programme d’austérité de Cameron.

Ce serait là une raison suffisante pour voter « Oui ». Mais c’est loin d’être la seule… et sans doute pas la raison principale. Un vote « Oui » mettrait fin à l’Acte d’union de 1707 et constituerait le principal changement constitutionnel depuis la mise en place de l’Etat libre d’Irlande, en 1922. Le peuple écossais gagnerait le droit de s’autodéterminer et, par là même, la possibilité de fonder une république démocratique et souveraine. Ce n’est pas seulement une « question écossaise ». Cela aura aussi des conséquences sur la manière dont les gens - ceux qui resteront au sein du Royaume-Uni - pourront envisager l’avenir de la démocratie.

Ken Loach, militant du socialisme et metteur en scène, l’a dit : «  Pendant quelques heures, le peuple écossais aura le contrôle de son avenir. Il peut décider de le conserver ou de le rendre à un Etat dominé par la classe dirigeante britannique. L’indépendance ne réglera pas les problèmes. Mais elle conférera au peuple écossais la possibilité de créer une société plus juste, plus équitable et plus durable ».

Lorsque, au Nicaragua, les Sandinistes ont chassé le dictateur et commencé à construire des hôpitaux et des écoles et à transférer les industries au secteur public, ils se sont heurtés aux Etats-Unis. Ils constituaient une menace, celle du « bon exemple ». Si l’Ecosse quitte le Royaume-Uni, nous serons confrontés en Angleterre à une majorité conservatrice. Mais si une Ecosse indépendante s’avère être un succès, cela pourrait constituer ici la « menace d’un bon exemple » et montrer qu’un gouvernement progressiste peut améliorer la vie des gens et assurer un avenir durable.

Si le gouvernement écossais ne constituait qu’une pâle copie du système en vigueur à Westminster, ce serait une occasion manquée. Un gouvernement écossais qui mettrait en avant les intérêts à long terme du peuple écossais pourrait déplacer le centre de gravité du débat politique vers la gauche et nous encourager tous.

Le système politique actuel n’est pas supportable. En votant pour abolir l’Acte d’union, le peuple écossais deviendra plus libre de décider sa propre constitution et, grâce à cela, son propre avenir politique, social et économique.

Le capitalisme continuera à exister en Ecosse, comme c’est le cas aujourd’hui, avec tous les maux sociaux qui ruinent nos villages, nos agglomérations et nos villes. Mais l’Ecosse aura une chance nouvelle et meilleure de transformer ces vieilles conditions.

Cela constituerait un appel d’air pour le reste du pays. Nous pourrions nous inspirer des efforts des Ecossais et nous dresser pour gagner une démocratie authentique pour nous-mêmes.

Document n° 2

Note du traducteur : traduit du site de la Radical Independence Campaign, cet article présente les résultats d’un sondage militant effectué pendant la première quinzaine d’Août.

La Radical Independance Campaign a réalisé un sondage sur le référendum avec un échantillon extrêmement large.

Ses conclusions sont en contradiction complète avec ceux des instituts officiels de sondage et montrent que, à travers toute l’Ecosse, les communautés de base sont très loin de prendre pour argent comptant le chantage à la peur. Alors qu’ils ont été grugés depuis des dizaines d’années par la domination de Westminster et qu’ils sont maintenant confrontés aux coupes budgétaires et aux privatisations voulues par les Conservateurs, les gens envisagent de plus en plus le vote « Oui » comme un levier pour le changement social.

Dans la note qui suit, nous allons détailler la tendance qui montre que, du fait de leur alliance avec les Conservateurs, les Travaillistes échouent à conserver leurs liens avec les électeurs qui sont victimes de la faillite abjecte des partis de Westminster. En faisant du porte-à-porte, nous avons passé du temps à discuter et à nous confronter aux gens. Ce n’était pas une opération de pure communication. Et c’est bien pour cela que nous sommes en train de gagner la bataille de conviction, ce qu’est incapable de faire la coalition entre travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates contre l’indépendance.

La diversité géographique ainsi que l’échelle très large de l’échantillon démontrent que découvrir des secteurs qui, laissés pour compte par Westminster, soutiennent de manière hégémonique l’indépendance ne relève en rien de l’anomalie. C’est bien plutôt une réaction généralisée qui doit être considérée comme un fait acquis : il y a un soulèvement pacifique, démocratique qui s’oppose à l’élite de Westminster et qui considère qu’à travers le vote pour le « Oui » va s’exprimer une option potentielle pour le changement.

Quelques précisions sur notre sondage

. D’abord, 18.012 réponses constituent un échantillon considérable. En général, les instituts de sondages travaillent sur des échantillons d’environ un millier de réponse. Naturellement, il faut prendre en compte une certaine subjectivité. Mais nous avons demandé aux personnes interrogées leurs options politiques et les avons enregistrées avant de commencer l’interview.

. Les résultats relèvent d’une démographie particulière : la Radical Independence Campaign a ciblé des zones de faible participation électorale (dont l’origine est à chercher dans l’austérité et les privatisations décidées par Westminster).

. La plupart des zones ciblées étaient – ou sont encore – des bastions du Parti travailliste, en particulier sur la côte Ouest. Des endroits comme Greenock et Easterhouse, qui ont toujours été des places fortes du Parti travailliste, montrent des majorités importantes en faveur du « Oui ».

. Les résultats globaux sont les suivants :

Oui : 43,6% ; Non : 25,3% ; Sans opinion : 31,1%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 63,4% pour le Oui et 36,6% pour le Non.

Une différenciation géographique : « Mieux ensemble » est en train de perdre la confrontation

Dans la déclinaison suivante des résultats, nous soulignons la manière dont l’économie du Royaume-Uni a endommagé le niveau de vie de la population écossaise, ainsi que la remise en cause de l’emprise électorale des travaillistes au fur et à mesure de la montée en puissance du vote « Oui ».

Bonnyrigg

Les résultats (199 sondés) : Oui : 46% ; Non : 25% ; Sans opinion : 29%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 65,5% pour le Oui et 35,5% pour le Non.

Le contexte : 15% des enfants vivent dans des familles en dessous du seuil de pauvreté. Le siège de député est acquis au Parti travailliste depuis 1955.

Charleston (Dundee)

Les résultats (1807 sondés) : Oui : 51,2% ; Non : 19,3% ; Sans opinion : 29,1%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 72,8% pour le Oui et 27,2% pour le Non.

Le contexte : Pour les revenus et l’emploi, ce secteur fait partie des 4% en bas du classement.

Clydebank

Les résultats (677 sondés) : Oui : 44% ; Non : 30% ; Sans opinion : 26%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 60,1% pour le Oui et 39,9% pour le Non.

Le contexte : c’est une place forte du Parti travailliste depuis les années 1950. Largement victime de la désindustrialisation, cette zone souffre aujourd’hui d’un taux élevé de chômage.

Easterhouse

Les résultats (291 sondés) : Oui : 50% ; Non : 16% ; Sans opinion : 34%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 76% pour le Oui et 24% pour le Non.

Le contexte : Cette circonscription vote travailliste depuis 1930 et a encore voté travailliste aux élections pour le Parlement écossais en 2011. Pour les revenus et l’emploi, ce secteur fait partie des 3% en bas du classement.

Greenock

Les résultats (385 sondés) : Oui : 49% ; Non : 26% ; Sans opinion : 25%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 65,3% pour le Oui et 34,7% pour le Non.

Le contexte : c’est une place forte du Parti travailliste pendant toute la période d’après-guerre, aussi bien pour les élections au niveau de l’Ecosse, du Royaume-Uni que des municipales. Un enfant sur quatre vit dans une famille en dessous du seuil de pauvreté.

Hamilton

Les résultats (124 sondés) : Oui : 52% ; Non : 19% ; Sans opinion : 29%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 73% pour le Oui et 27% pour le Non.

Le contexte : bastion du Parti travailliste. Un enfant sur quatre vit dans une famille en dessous du seuil de pauvreté. Taux de chômage élevé.

Kircaldy

Les résultats (339 sondés) : Oui : 54% ; Non : 24% ; Sans opinion : 22%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 69,6% pour le Oui et 30,4% pour le Non.

Le contexte : c’est le fief électoral de l’ancien Premier ministre, Gordon Brown. Lors des dernières élections législatives au niveau du Royaume-Uni, en 2010, il a été réélu avec 60% des voix. En Décembre dernier, une banque alimentaire a été créée afin de traiter l’explosion de la pauvreté « à un niveau incroyable ».

Seaton (Aberdeen)

Les résultats (402 sondés) : Oui : 44% ; Non : 17% ; Sans opinion : 39%.

Soit, en ne prenant en compte que les suffrages exprimés : 72% pour le Oui et 28% pour le Non.

Le contexte : Seaton est le siège de la première banque alimentaire d’Aberdeen, ouverte en Mars 2013. Dans une zone qui héberge la plus forte densité de milliardaires du Royaume-Uni, 29% des habitants sont en dessous du seuil de pauvreté… 

En conclusion, cela fait bien longtemps que l’on ne peut plus se fier aux idées reçues quant à l’opinion des électeurs. Bien longtemps aussi que Westminster a atteint sa date de péremption.

C’est le moment de faire advenir un changement social radical et nous pouvons le faire à travers une victoire du vote « Oui ». Nous avons voulu que nos réunions soient plus que des cafés du commerce. Nous avons voulu rassembler toutes les idées nécessaires pour refonder notre société, de la cave au grenier. Nous avons maintenant un long chemin à parcourir, mais le réseau des comités de la Radical Independence Campaign s’étend maintenant à toute l’Ecosse. Ce réseau travaille avec acharnement pour mettre en lumière l’hypocrisie des politiciens de Westminster et l’iniquité d’une économie du Royaume-Uni qui ne fonctionne que pour les riches.

Ces résultats montrent qu’une autre Ecosse est possible.

Document n° 3

Note du traducteur : Counterfire est un site et un réseau militant animé par d’anciens dirigeants ayant quitté le SWP (Socialist Workers Party)

Pas d’excuse pour le « Non » ! par James Meadway (Counterfire)

Le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse aura lieu le 18 septembre. C’est un défi majeur au statu quo constitutionnel du Royaume-Uni, qui peut libérer tout le potentiel d’une offensive en profondeur contre les politiques pro-capitalistes qui ont dominé ce pays depuis une trentaine d’années.

C’est pourquoi tout partisan du socialisme, toute personne qui s’identifie avec la gauche politique devrait soutenir sans réserve la campagne pour le « Oui ». Pas seulement au nord de la frontière, là où la gauche radicale écossaise, dans son immense majorité, soutient l’indépendance. Mais aussi en Angleterre et au pays de Galles.

Il y a trois raisons à cela. D’abord, l’argumentation en faveur du « Non » est fondamentalement rétrograde. Ainsi que l’a montré Alex Salmond dans un débat télévisé récent où il a réduit en bouillie Alistair Darling, le porte-parole du « Non », la campagne « Mieux ensemble » a bien du mal à sortir des outrances et du chantage à la peur. Son principal atout – les incertitudes sur ce que serait la devise monétaire en vigueur en Ecosse après l’indépendance – s’est avéré être un pur bluff. Darling a du admettre que « naturellement, l’Ecosse pourrait continuer à utiliser la livre ».

Des prix Nobel d’économie comme Joseph Stiglitz et James Mirrlees l’ont confirmé. En cas de proclamation de son indépendance, l’Ecosse pourra utiliser la devise qu’elle choisira. L’argument massue suivant – à savoir le tarissement des ressources pétrolières de la Mer du Nord – ne résiste pas plus à l’analyse. Des experts de cette question, comme le Professeur Alex Kemp ainsi que Donald Mackay, ont parfaitement montré – tout comme les compagnies pétrolières par l’intermédiaire de leurs propres plans d’investissements – que ces réserves pétrolières représentent encore des milliards de livres.

Et les militants du Parti national écossais (SNP) ne sont pas non plus les « conservateurs en kilt » qui peuplent les fantasmes de certains progressistes anglais. Sous la direction de Alec Salmond, le SNP s’est positionné de manière indéniable à la gauche du Parti travailliste, en défense des acquis de l’après-guerre – l’Etat providence, le système public de santé – contre le néolibéralisme en vigueur à Westminster. Le SNP s’est opposé à la guerre en Irak, il soutient la Palestine et veut se débarrasser des Tridents. Il a habilement utilisé les pouvoirs concédés par la dévolution pour repousser certains frais scolaires. Et pour abolir la Bedroom tax. Le meilleur argument développé par Salmond reste cependant l’affirmation qu’un vote en faveur de l’indépendance constituerait la meilleure défense contre la privatisation rampante du système public de santé.

La direction du SNP a, en quelque sorte, bien identifié la clé du succès. C’est la seconde raison de voter « Oui ». C’est, sans l’ombre d’un doute, un vote de classe. Comme le montre l’enquête (portant sur 18.000 sondés) réalisée par la Radical Independance Campaign, il y a un énorme soutien à l’indépendance parmi les communautés de base les plus populaires. A l’inverse, le « Non » est hégémonique dans les classes aisées. C’est simple à comprendre. Le vote « Non » est un vote pour le statut quo. Si vous pensez que le statut quo n’est pas une si mauvaise chose – si vous vous en sortez bien – vous n’allez pas soutenir sa remise en cause ! Les catégories sociales qui, en Ecosse, sont marginalisées, exclues et exploitées sont la base naturelle du changement.

Pour que le « Non » l’emporte, il faudrait que ces catégories sociales-là se détournent des urnes. Si ceux qui sont habituellement exclus de vie politique écossaise restent dans cet état d’exclusion, alors l’Union avec le Royaume-Uni subsistera. Pour que le « Oui » ait une chance de l’emporter – et les sondages montrent maintenant qu’il a une chance de l’emporter – alors il faut mobiliser la classe ouvrière écossaise.

L’enjeu n’a rien à voir avec « la division de la classe ». Il a tout à voir avec la division de l’Etat. Certes, l’indépendance n’est pas une question de classe chimiquement pure. A peu près aucune question, d’ailleurs, ne l’est… Mais les partisans anglais du socialisme qui s’échauffent et rechignent aux « illusions » du nationalisme montrent un manque assez étonnant de lucidité. Le nationalisme écossais n’est pas un produit incongru venu de l’extrême Nord, alors que le soutien à l’Etat britannique serait l’ordre naturel des choses, qu’il ne vaudrait pas le coup d’interroger. Ces « internationalistes » qui sont partisans du « Non » afin de s’opposer au nationalisme écossais cherchent la paille dans l’œil du voisin sans voir la poutre qu’ils ont dans le leur. Quels que soient les méfaits du nationalisme écossais, ils ne sont rien comparés aux crimes mondiaux et historiques du nationalisme britannique. Et soutenir le « Non », c’est soutenir le nationalisme britannique !

Ceci est la clé de la troisième raison, décisive, de soutenir le « Oui ». C’est pour cela que le référendum revêt une telle importance, aussi bien au Nord qu’au Sud de la frontière. C’est l’espoir soulevé par la Radical Independance Campaign que - contrairement à la campagne officielle pour le Oui qui, jusqu’à récemment, a été à la peine en mettant en avant la continuité - l’indépendance pourrait déboucher sur une rupture décisive avec les politiques néolibérales dont la majorité des Ecossais est victime depuis des décennies. Cette campagne a impliqué des forces politiques nouvelles, elle a restructuré la gauche radicale et aidé à créer un débat national sur le type de société que l’Ecosse pourrait devenir.

C’est une rupture avec la tradition du socialisme britannique, selon laquelle un Etat unique, unitaire, allié à son mouvement ouvrier uni introduirait des changements sociaux radicaux à travers toutes les îles britanniques. L’apogée de cette tradition a été le gouvernement travailliste de 1945 à 1951, avec la création de l’Etat providence moderne. Mais, en tant que vision de la manière de transformer la société britannique, c’est complètement caduc. Depuis trois décennies, notre Etat de plus en plus centralisé s’est lancé à l’assaut des acquis de 1945. Westminster a toujours réglé son pas sur la City, au point où c’est un gouvernement travailliste qui a mobilisé les immenses ressources de l’Etat pour venir au secours des banques, dégageant ainsi le chemin pour des attaques austéritaires à grande échelle. C’est Alastair Darling - ne l’oublions pas ! - qui, en tant que Ministre des Finance et du Trésor travailliste, a promis « des coupes budgétaires plus importantes que celles faites par Thatcher »…

C’est ce même Etat centralisé et unitaire qui, au cours de la dernière décennie, est entré plusieurs fois en guerre. L’héritage de cet Empire brutal continue à s’incarner à travers son surarmement et la volonté de s’en servir. La Grande-Bretagne, qui ne représente que 0,89 % de la population du globe, reste le sixième pays au monde pour les dépenses militaires ! Personnellement, j’ai vécu toute ma vie d’adulte dans un pays qui, soit bombardait, soit envahissait et occupait une région ou une autre, avec des conséquences épouvantables. Il a fallu le soulèvement, immense et populaire, du mouvement anti-guerre pour freiner le bras de l’Etat britannique. Briser cet Etat guerrier, miner sa capacité d’agir à l’étranger – comme le permettrait l’indépendance de l’Ecosse - constituerait un acquis considérable pour le monde entier.

Tous les partis de Westminster partagent les mêmes convictions quant aux principales questions de politique intérieure. A l’intérieur du système de Westminster, aucun défi sérieux au consensus austéritaire n’est possible. L’Etat britannique est désormais cadenassé par le néolibéralisme. L’espoir - né des rêves du socialisme britannique - de voir une classe ouvrière unie utiliser l’Etat pour bâtir des acquis historiques s’éloigne : à l’inverse, cet Etat de plus en plus centralisé est utilisé pour briser et atomiser la classe ouvrière britannique. Cette centralisation extrême qui était supposée faciliter la marche au socialisme s’est retournée en son contraire, au gré des gouvernements qui se sont succédés depuis les années 1970.

On ne fera pas fonctionner cette machine en sens inverse. Il faut s’en débarrasser. Comme l’un des participants à un débat télévisé l’a récemment soulevé : « si c’est mieux d’être ensemble… alors, pourquoi ne sommes nous déjà pas… mieux ? » Si le résultat du vote est serré – et tout porte à croire qu’il le sera… - alors, quelle que soit l’issue, il s’en suivra une série de crises politiques. Pour le Parti travailliste qui a passé un accord insensé avec les Conservateurs ; pour le système de Westminster dans sa globalité tant il est maintenant confronté à un rejet massif de la part d’un nombre grandissant de citoyens. Les premiers bruissements d’une campagne pour une dévolution anglaise se font entendre, anticipant des craquements plus importants à venir dans ce qui est peut-être la machine d’Etat la plus centralisée de toutes les principales économies du monde.

Nous ne pouvons pas donner des garanties sur ce qu’il adviendra de l’indépendance. Si le vote est en faveur de l’indépendance, alors le combat commencera pour approfondir les gains historiques de la classe ouvrière au Nord de la frontière. Et, pour nous, commencera la mobilisation pour s’assurer que le Royaume-Uni restant respectera la volonté du peuple écossais. Mais il y a une possibilité de briser les chaînes qui entravent notre démocratie et de casser la machine constituée par Westminster et la City. Alors, il faut saisir cette possibilité à pleines mains !

Document n° 4

Note du traducteur : Socialist Worker est l’hebdomadaire du Socialist Workers Party (SWP)

Le vote pour l’indépendance peut radicaliser l’Ecosse par Rainie Kirnan (Socialist Worker)

L’ampleur et la profondeur du mouvement en faveur de l’indépendance sont considérables.

Des collectifs se sont formés, rassemblant des partisans de l’indépendance par profession, par nationalité, par orientation sexuelle, par origine ethnique, etc… L’un de ces collectifs est constitué par les « Asiatiques écossais pour l’indépendance ».

Son co-secrétaire, Tahir Mohammed, s’est entretenu avec Socialist Worker. Il nous a indiqué que ce collectif organise des militants qui font du porte-à-porte, tiennent des tables de presse, distribuent des tracts et des journaux devant les mosquées et récoltent des fonds.

« Nous faisons du porte-à-porte trois jours par semaine » nous a confié Tahir. « Mais, au fur et à mesure où l’échéance du référendum se rapproche, on le fait de plus en plus quotidiennement ».

Il souligne que les Asiatiques écossais sont révulsés par « la politique de Westminster hostile à l’immigration ». Il nous cite un sondage en ligne réalisé en juin auprès des auditeurs d’une des principales stations de radio écossaises en direction des Asiatiques qui indiquait un vote de près de 60% en faveur du « Oui ».

« Des collectifs pour l’indépendance ont été constitués par des Chinois, des Africains, des Arabes et d’autres groupes ethniques. Mais il n’existe rien de tel parmi les partisans du Non… ».

L’indépendance est vue comme une occasion de rompre avec le système économique et politique de Westminster et de mettre en œuvre des mesures de justice sociale. Pour beaucoup, l’austérité a approfondi ces sentiments.

Tahir nous explique : « les gens ont vu des usines et des chantiers ferner ; ils ont vu qu’il y avait de moins en moins d’argent dépensé en Ecosse. On y a testé la Poll tax et maintenant la Bedroom tax. Au lieu de dépenser tant d’argent dans l’armement nucléaire, on pourrait consacrer près de 700.000 livres par jour à la santé, à la protection sociale et à l’éducation ».

Cela peut sembler étrange : au fur et à mesure de la montée du soutien à l’indépendance, le nombre de gens qui sont convaincus de ses bienfaits économiques est plutôt en décroissance. Beaucoup pensent maintenant que l’économie écossaise irait plus mal en cas d’indépendance : en un an, le pourcentage est passé de 34 à 44% des sondés. Pourtant, cela ne signifie pas que les gens partagent les arguments de la droite qui considère que les Ecossais sont « accros aux subventions » et vivent dans un Etat assisté qui ne survivra jamais en tant qu’Etat indépendant.

Mais, en ne se concentrant pas sur des propositions comme la répartition des richesses ou la lutte contre les inégalités qui frappent les Ecossais, le Parti national écossais (SNP) aide à semer les graines de l’incertitude.

Alex Salmond, le dirigeant du SNP, a perdu des points dans les débats sur l’économie parce qu’il ne met pas avant les arguments clé qui pourraient faire la différence. Accepter que le débat soit centré sur l’utilisation (ou pas) de la livre sterling revient à se placer sur le terrain des partisans de l’Union.

Et pourtant, il existe un sentiment croissant que l’Ecosse pourrait être différente.

Un élément a été peu souligné et qui, pourtant, montre que taxer les riches et utiliser les ressources de l’Ecosse pour diminuer les inégalités constituent des armes efficaces dans la campagne pour le « Oui » : il y a deux ans, 43% des partisans du « Oui » croyaient que l’indépendance permettrait de réduire le fossé entre riches et pauvres. Ils sont aujourd’hui 78%.

Lors du vote du 18 septembre, les questions de classes et de richesse vont compter énormément. Selon les différents sondages, le soutien à l’indépendance atteint 38% dans les zones les plus pauvres et les plus ouvrières, soit 13 points de plus que dans les zones aisées.

Dans les sondages, le « Non » reste en tête de 10 points. Mais au moins un tiers des votants n’a pas encore fait son choix… L’offensive de la campagne du « Non » fondée sur le chantage en matière économique et monétaire a provoqué beaucoup de colère et dopé le soutien au « Oui ».

Gail Morrow est une militante active contre la « bedroom tax ». Elle a contribué à l’organisation du succès de la tournée « L’espoir plus fort que la peur », avec le dirigeant socialiste Tommy Sheridan. Elle a expliqué à Socialist Worker pourquoi près de 15.000 personnes sont venues l’écouter parler de l’indépendance.

« Les gens sont sans arrêt martelés par des coups bas, destinés à leur insuffler la peur. Mais ils réalisent peu à peu que la politique n’est pas hors de leur portée. »

Lors d’une récente réunion du vendredi soir, des centaines de personnes se sont pressées dans un local communal à Wishaw, près de Glasgow. Dans la salle, la principale préoccupation n’était pas de savoir si, après l’indépendance, il y aurait ou non une devise commune avec l’Angleterre…. Mais, il y a eu de nombreux échanges pour être bien sûr que les hommes politiques devraient rendre des comptes et pourraient être virés s’ils étaient pris à mentir pour obtenir des suffrages. Les gens étaient mobilisés par la refondation de la santé et de l’éducation comme des services publics, gratuits et de qualités. Ils voulaient savoir comment serait possible une Ecosse où les classes laborieuses ne seraient plus punies pour les fautes des riches.

Un jeune chômeur a demandé : « est-ce que quelqu’un sait où est Tony Blair et pourquoi il n’est pas en prison pour crimes de guerre ? Est-ce que vous pensez que nous devons devenir une République et nous débarrasser de la monarchie ? Quel est votre point de vue sur la dépénalisation du cannabis ? »

Le meilleur moyen de contrebalancer la campagne dominante sur le référendum, c’est encore de défendre la vision radicale d’une société différente et de présenter les moyens d’y parvenir !

Ne pas le faire permettra à la campagne des partisans de l’Union de rebondir. Défendre la possibilité d’une autre Ecosse rencontre une approbation enthousiaste. Cette semaine, la Radical Independance Campaign a procédé à son second sondage de masse. 587 militants ont fait du porte-à-porte dans 43 quartiers populaires. Les résultats confirment ceux du premier sondage réalisé en juin : 42% pour le « Oui », 28% pour le « Non » et 30% d’indécis.

Le Parti travailliste s’est divisé sur l’indépendance. Beaucoup de ses membres sont en colère contre le pacte en faveur de l’austérité, passé avec les Conservateurs et les Libéraux-Démocrates dans le cadre de la campagne « Mieux ensemble ». Tellement en colère que les dirigeants du Parti travailliste ont du lancer une autre campagne - Unis, avec le Parti travailliste – qui était censée renouer avec la base. Mais qui s’est trouvée confrontée à une concurrence venue de la base, à travers la campagne des « Travaillistes pour l’Indépendance ».

Bob Thomson, militant travailliste depuis un demi-siècle et ancien président du Parti travailliste écossais, est aujourd’hui un des animateurs de la campagne pour le « Oui ». Il a confié à Socialist Worker : « nous menons campagne avec des membres du parti travailliste de tous les âges et de toutes expériences : des maires, des animateurs de conseils municipaux, des permanents du Parti, les jeunesses socialistes du Parti travailliste, etc… »

Selon un sondage publié le mois dernier, de plus en plus d’électeurs travaillistes sont convaincus par ces arguments. Il indique que 28% des électeurs ayant voté pour le Parti travailliste lors des élections au Parlement écossais (en 2011) vont voter « Oui », soit 7 points de plus que lors du sondage précédent.

Bob précise : « voter oui, ce n’est pas voter pour Alex Salmond ou pour le SNP. C’est voter pour le changement et l’espoir, pour créer l’occasion de mettre en œuvre des politiques et des valeurs authentiquement travaillistes ».

Pendant les quatre dernières années de règne des Conservateurs, le niveau de vie de la classe ouvrière a été sauvagement attaqué. C’est pourquoi il est si important d’argumenter contre les privatisations et pour la défense des services publics.

C’est aussi pourquoi il faut soutenir les 70.000 fonctionnaires locaux du syndicat Unison qui sont actuellement consultés sur la décision de se mettre en grève et de rejoindre le mouvement pour les salaires. S’ils votent « Oui », cela augmentera d’autant le potentiel de la grève du 14 octobre…

Le gouvernement écossais, dirigé par le SNP, sent bien l’état d’esprit populaire hostile aux Conservateurs et a déjà plaidé pour la renationalisation de Royal Mail (note du traducteur : équivalent de La Poste) et l’arrêt des privatisations dans le secteur de la santé.

Il ne fait aucun doute que la victoire du « Non » ouvrirait la voie à de nouvelles attaques contre les services publics. Les partis regroupés dans « Mieux ensemble » se sont engagés à de nouvelles coupes budgétaires, à de nouvelles privatisations, à des réductions supplémentaires d’emplois dans le secteur public et au gel des salaires.

Gail pense que « n’importe quoi sera mieux que ce que nous subissons aujourd’hui », mais elle se désole que son fils doive s’expatrier pour avoir un meilleur avenir, si le « Non » l’emporte. Elle espère aussi qu’un vote « oui » serait une source d’inspiration pour le combat pour une société plus juste, à travers l’ensemble de la Grande-Bretagne.

Bien que l’opposition à l’austérité du gouvernement conservateur soit l’élément clé de la campagne pour l’indépendance, les récentes mobilisations pour Gaza ont également soulevé la question de l’impérialisme britannique et de son soutien à Israël. Ces mobilisations ont fait pression sur le gouvernement écossais afin que celui-ci appelle à l’embargo sur les armes à destination d’Israël, fournisse une aide médicale pour les blessés de Gaza et accepte d’accueillir des réfugiés palestiniens. Cela représente un contraste saisissant avec le soutien qu’apporte le Conservateur David Cameron à l’état d’apartheid que constitue Israël.

Même si pour le SNP ce n’étaient que des mots, le peuple écossais a pu avoir un aperçu de ce que pourrait être une politique étrangère différente après un vote « Oui ».

Socialist Worker soutient le vote pour l’indépendance. Nous sommes partisans d’une rupture avec l’Etat impérialiste britannique et de l’affaiblissement de sa capacité à se joindre aux aventures militaires et guerres illégales des Etats-Unis à travers le monde.

L’indépendance serait un coup porté des deux côtés de la soi-disant « relation spéciale ».

Un vote « Oui » remettrait également en cause le statut de la Grande-Bretagne comme puissance nucléaire dominante et soulèverait la question de la renonciation à ses capacités nucléaires.

Nous ne devons avoir aucune illusion : un vote « Oui » ne conduira pas à une Ecosse socialiste. Dans une Ecosse indépendante et capitaliste, il y aura toujours des patrons qui réclameront plus de coupes budgétaires et il y aura toujours des politiciens qui voudront les mettre en œuvre.

Nous devrons toujours être vigilants et nous assurer que la direction du SNP ne parvienne pas à réaliser son souhait du maintien de l’Ecosse dans l’OTAN. Un vote « Oui » sera un vote contre la guerre et l’armement nucléaire. Mais on ne peut faire confiance au SNP à ce sujet.

Ce sont la lutte contre l’austérité, l’opposition à la guerre et à la pauvreté qui motivent les milliers de militants de l’indépendance. Nous devons défendre la perspective d’un véritable changement si nous voulons convaincre les électeurs de la classe ouvrière d’être la force décisive qui fera la décision le 18 septembre.

Quelle que soit l’issue du scrutin, cette campagne a soulevé parmi les gens ordinaires des espoirs de changement : il sera difficile pour la classe dirigeante de remettre le couvercle.

Il nous faut jeter toutes nos forces dans la bataille pour que la Grande-Bretagne appartienne désormais au passé…

 

 

 

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