Ecosse : l’indépendance, toujours !

Quelques mois après le référendum qui a vu le « Brexit » triompher au niveau du Royaume-Uni, le thème de l’indépendance de l’Ecosse revient sur le devant de la scène.

Ainsi, mi-Octobre, lors de la Conférence du Parti national écossais (SNP, pro-indépendance, majoritaire), la Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon a indiqué qu’un projet de loi organisant un nouveau référendum (sur l’indépendance de l’Ecosse) serait déposé bientôt au Parlement écossais.

On se souvient que lors du précédent référendum sur ce sujet, en septembre 2014, le « non » à l’indépendance l’avait emporté avec 55% des suffrages. Mais, depuis, la situation a considérablement changé, notamment sur un point : la sortie de l’Union européenne. S’il y a bien eu une majorité pour le Brexit au niveau de l’ensemble du Royaume-Uni, par contre 62% des Ecossais ont voté pour rester dans l’Union européenne.

Pour les partisans de l’indépendance, il est donc inacceptable que, dans quelque temps, les Ecossais se retrouvent hors de l’Union européenne … sans l’avoir voulu. Et même en ayant explicitement voté le contraire ! Et c’est d’autant plus inacceptable que, lors du débat sur l’indépendance de l’Ecosse, ils avaient été accusés de prôner une Ecosse séparatiste, refermée sur elle-même, chauvine, tournant le dos au vaste monde et… à l’Europe ! Alors que chacun a pu le constater cette année : ce sont les partisans du Brexit qui se sont livrés à un festival de déclarations chauvines, xénophobes voire racistes (à l’exception naturellement d’un secteur très marginal se résumant à la gauche révolutionnaire).

C’est d’ailleurs, très exactement ce qu’a pointé Nicola Sturgeon lors de la Conférence du SNP en dénonçant les Conservateurs qui utilisent le résultat du référendum sur le Brexit comme un « permis de xénophobie ».

Par ailleurs, on peut noter que le choix politique de rester dans l’Union européenne - qui est celui du principal parti indépendantiste, le SNP – est également partagé par la gauche radicale écossaise, elle aussi pro-indépendance, qu’il s’agisse du Parti socialiste écossais (SSP, gauche révolutionnaire) ou de la coalition indépendantiste de gauche RISE – Respect, Indépendance, Socialisme et Ecologie.

Outre la raison de fond que constitue le décalage entre l’opinion britannique et l’opinion écossaise sur l’Union européenne, le gouvernement écossais met également en avant la manière dont va être négocié et géré le Brexit. Le nouveau gouvernement conservateur britannique dirigé par Theresa May va enclencher dans quelques mois le processus de sortie de l’Union européenne et, donc, conduire les négociations avec l’UE sur les conditions de cette sortie. Mais T. May n’a pas l’intention d’associer ni même de consulter le Parlement écossais – pas plus, d’ailleurs le Parlement britannique (Westminster) ! - sur son mandat de négociation. C’est donc un argument supplémentaire pour les partisans de l’indépendance. Ainsi, s’adressant au Parti conservateur, N. Sturgeon, a déclaré : « vous nous aviez dit que l’Ecosse était un partenaire égal au sein du Royaume-Uni. Le moment est venu de le prouver (…) L’Ecosse n’a pas choisi d’être dans cette situation. Votre parti nous y a plongé ».

Pour autant, il existe beaucoup de flou et d’incertitudes sur la tenue effective d’un nouveau référendum écossais et sur la date à laquelle il pourrait se tenir. Certes, toujours dans la même intervention devant la Conférence du SNP, N. Sturgeon a affirmé : « Je suis déterminée à ce que l'Ecosse ait la possibilité de se prononcer à nouveau sur la question de l'indépendance, et qu'elle puisse le faire avant que le Royaume-Uni ne sorte de l'UE, si cela s'avère nécessaire pour préserver nos intérêts ». Mais, depuis, d’autres déclarations semblent repousser cette perspective et mettre en avant une autre revendication : celle du transfert à l’Ecosse de nouveaux pouvoirs lui permettant de contrôler sa propre politique d’immigration et de signer des traités internationaux. L’objectif est limpide : permettre à l’Ecosse de continuer à être partie intégrante de l’Union européenne, même dans le cadre du Brexit du Royaume-Uni !

Il est cependant très improbable que cette éventualité se réalise. T. May a, elle aussi, été tout à fait limpide : « Le Brexit n'est pas une option. Je ne laisserai pas des nationalistes diviser et miner la précieuse union entre les quatre nations du Royaume-Uni ».

Pour ajouter à la difficulté, il faut également prendre en compte une autre incertitude : personne ne sait vraiment quel serait le résultat d’un nouveau référendum sur l’indépendance. Naturellement, on peut penser que, en toute logique, le Brexit va renforcer l’option indépendantiste. Mais, spéculant sur la crainte du saut dans l’inconnu, les « unionistes » - les partisans du maintien de l’Ecosse au sein du Royaume-Uni – ont d’ores et déjà recommencé leur « campagne de la peur », avec un nouvel argument : la conjonction du Brexit et de l’indépendance de l’Ecosse se traduirait par l’établissement de barrières douanières et de postes de douanes entre l’Angleterre et l’Ecosse ! Or, quelle que soit la volonté des Ecossais de rester dans l’Union européenne (et dans le marché unique), la réalité économique actuelle est que l’essentiel des échanges économiques de l’Ecosse n’ont pas lieu avec le continent européen, mais avec le reste du Royaume-Uni.

Pour sa part, la gauche radicale écossaise (pro-indépendance) met aujourd’hui l’accent sur les hésitations et les contradictions de la politique du SNP. Ainsi, dans un article (1) publié par l’hebdomadaire du Parti socialiste écossais (SSP) et titré : « L’indépendance est une exigence, pas un argument de négociation ! », on peut lire que l’annonce d’un nouveau référendum « ne prend pas en compte les indications fournis par les sondages relatifs au référendum sur l’indépendance qui montrent que la question de l’Union européenne n’est pas une de celles qui fait passer les gens du « Non » au « Oui » et que 38% des électeurs qui ont voté « Oui » lors du référendum de 2014 ont voté pour la sortie de l’Union européenne. Il existe donc bien un réel danger dans cette approche : réduire l’indépendance à une tactique dans le cadre d’une guerre plus vaste à Westminster. »

De fait, les sondages sur l’issue d’un futur référendum se révèlent plutôt indécis et prédisent un résultat serré. Or, comme l’a indiqué Angus Robertson, le chef du groupe parlementaire SNP : « Nous tiendrons un référendum si nous estimons que nous pouvons gagner ». Ce qui peut se concevoir ! Mais, du coup, le deuxième référendum sur l’indépendance semble mis en sommeil aussitôt qu’annoncé…

François Coustal

Notes

  1. www.scottishsocialistparty.org/indyref2-bill-demand-negotiation-chip/

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