Egypte : le régime Al Sissi assassine les révolutionnaires

Il y a quatre ans, un vaste mouvement populaire chassait Hosni Moubarak et son régime autoritaire hors d’Egypte. Il était le deuxième despote, après Ben Ali en Tunisie, à reculer face aux légitimes demandes des peuples du Maghreb, puis du Machrek, pour la démocratie, la liberté et la justice sociale.

Ce 24 janvier 2015, alors que les Egyptiens célébraient le début du processus révolutionnaire lancé quatre ans plus tôt, notre camarade Shaïmaa El Sabbagh, militante de l’Alliance populaire socialiste, a été assassinée par la police, comme plusieurs autres durant le week-end.

Car si Moubarak est parti, l’Etat répressif et sa police aux ordres sont restés. Le caractère extrêmement autoritaire du régime est désormais incarné par le président Al-Sissi, militaire reconverti en homme d’Etat. C’est lui qui, à la chute du président Morsi à l’été 2013, avait confisqué le pouvoir au peuple qui venait – de nouveau – de chasser ses dirigeants.

Depuis sa prise de pouvoir, Al-Sissi n’a eu de cesse de développer un arsenal répressif tout en affichant sa soi-disant volonté de continuer le changement démocratique voulu par les révolutionnaires de 2011.

Durant les mois de juillet et août 2013, ce sont plus de 1 150 personnes qui sont tuées par le régime (plus de 800 victimes pour la seule journée du 14 août), majoritairement des partisans des Frères musulmans (dont était issu le président Morsi), mais aussi des citoyens opposés au pouvoir militaire, et des journalistes. Peu après, l’organisation des Frères musulmans est interdite, et Al-Sissi développe alors une rhétorique de l’union nationale contre les terroristes et les islamistes.

Le ministère de l’Intérieur lui-même se félicite de l’arrestation de 10 000 personnes tout au long de l’année 2014. Ce chiffre déjà énorme mérite d’être revu à la hausse. Les assassinats, arrestations, actes de torture et condamnations à mort se multiplient depuis plus d’un an. En faire une liste exhaustive serait bien difficile. On peut évoquer la condamnation à mort de 529 Frères musulmans ou considérés comme tels le 24 mars 2014, ou encore la confirmation ce 2 février de la peine capitale pour 183 des 188 condamnés à mort du 2 décembre dernier.

Mais la répression va plus loin encore. Les Frères musulmans ne sont qu’un prétexte pour affirmer une autorité sans limite et éteindre toute contestation du régime. Ainsi, les militants révolutionnaires souhaitant prolonger le processus lancé en janvier 2011, dont faisait partie notre camarade Shaïmaa El Sabbagh, sont également la cible de la police d’Al-Sissi, avec peines de prison à la clé, tandis que les ONG et organisations de la société civile sont soumises à des pressions. La répression s’exerce aussi contre les journalistes, les étudiants et les homosexuels.

Aujourd’hui, quatre ans après le renversement de Hosni Moubarak, il est urgent de mettre un terme aux violences de masse du régime du militaire Al-Sissi. Le processus révolutionnaire enclenché en janvier 2011 n’a jamais été terminé : il doit faire face à un mouvement contre-révolutionnaire, aujourd’hui incarné par le pouvoir des militaires. Le peuple égyptien a su chasser ses dirigeants en février 2011 et à l’été 2013. Souhaitons qu’il arrive à chasser Al-Sissi et sa clique en 2015, et qu’il réaffirme ses exigences de démocratie, de liberté et de justice sociale.

Nathan

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