En Syrie, « nouvelle catastrophe humanitaire » !

 

Les gouvernements européens s'inquiètent de la situation à Idlib. Au point que 14 ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'UE – dont Jean-Yves Le Drian -, se sont fendus d'un texte commun et solennel. Ils en appellent à une « désescalade ».

« Nous appelons le régime syrien et ses soutiens, notamment russes, à mettre un terme à cette offensive et à revenir aux arrangements de cessez-le-feu de l'automne 2018. Nous les appelons à la cessation immédiate des hostilités et au respect de leurs obligations au titre du droit international humanitaire, en particulier la protection des travailleurs humanitaires et des personnels médicaux (…) Nous appelons également la Russie à poursuivre les négociations avec la Turquie, afin d'aboutir à une désescalade à Idlib et de contribuer à une solution politique »( in Le Monde du 27 février 2020.

La diplomatie oblige à de curieuses démarches !

Face à ce qui est dénoncé comme « une nouvelle catastrophe humanitaire », on en appelle au régime syrien et à son respect du droit international humanitaire (sic), et on prétend convaincre Poutine d'en revenir aux « arrangements » de 2018. Comme si chaque jour ne confirmait que rien n'arrêtera Bachar al-Assad dans sa volonté de reconquérir tout le territoire syrien, et pour ce faire de « se débarrasser », par tous les moyens de terreur, d'une bonne part du peuple syrien, hommes, femmes, enfants et vieillards jetés sur les routes de l'exil… Et sans voir que chaque jour démontre que ce même Bachar al-Assad n'agit ainsi que grâce au soutien de ses alliés iraniens et russes. Face aux rebelles, et à présent à l'armée turque, il est régulièrement contraint de reculer, jusqu'à ce que les bombardements de l'aviation russe viennent à son secours. C'est bien la maîtrise de l'espace aérien par les Russes qui rend possible cette offensive, comme hier elle a permis de faire tomber les villes libérées de son emprise. Poutine, à Idlib, est responsable de la destruction systématique des centres de santé, des écoles, des infrastructures, obligeant la population à fuir par centaines de milliers : 900 000 personnes jetées sur les routes dans le froid et le dénuement, dont près de 200 000 contraintes de survivre sans aucun abri, et alors que les bombardements se rapprochent des camps de réfugiés.

Un tel drame était annoncé. Il répète, en pire,  une barbarie qu'on a vu se déchaîner précédemment à Alep, La Ghouta, Homs, Deraa et des dizaines d'autre villes… Parmi les 4 millions d'habitants de la région d'Idlib plus de la moitié sont des réfugiés de ces villes, qui subissent à nouveau massacres et exil.

Après neuf ans de contre-révolutions et de guerre, comment les gouvernements européens peuvent encore parler de « droit international », d' « arrangements », de « solution politique » ? Leur inquiétude n'est sans doute pas feinte, mais moins en réaction à la tragédie dont le peuple syrien est victime qu'au regard des évolutions actuelles de la situation.

Le retournement des relations tumultueuses entre Erdogan et Poutine porte la menace d'une déstabilisation aggravée de la région et au-delà, avec la multiplication de confrontations armées aux conséquences imprévisibles. Un Erdogan agitant une arme qui effraie grandement l'UE, celle d'ouvrir aux Syriens les frontières avec l'Europe, alors que les réfugiés se comptent déjà en millions en Turquie. Venus d'Idlib ce sont des centaines de milliers d'autres qui se heurtent au barrage que leur oppose la Turquie à sa frontière avec la Syrie. Pour nos gouvernements, le souci est moins le sort déplorable des réfugiés sur les îles grecques que les effets politiques que pourraient provoquer de nouveaux flux de population frappant à la porte de l'UE.

C'est bien une catastrophe de grande ampleur qui est en cours, elle frappe le peuple syrien, en Syrie même, pays en partie détruit par la guerre menée par le régime pour noyer dans le sang une révolution à l'origine populaire et démocratique, et dans les pays limitrophes où beaucoup ont trouvé un refuge précaire.

C'est avec ce peuple syrien que nous devons assurer notre solidarité internationale. Cela à l'écart des hypocrisies et lâchetés des régimes politiques, dans l'indifférence complice de ladite « communauté internationale », qui prêchent des « arrangements » avec les bourreaux  plutôt que de leur imposer de cesser leurs crimes.

Une solidarité qui pourra s'exprimer dans les jours qui viennent, ce mois de mars marquant le 9ème année du début du soulèvement du peuple syrien et de l'interminable calvaire qu'il subit.

Le dimanche 1er mars, à 14 heres, un rassemblement est prévu à Paris, à la Fontaine des innocents, place Joachim du Bellay.

Le 14 mars, à Paris, une marche ira de la Place de la Bastille (14 heures) à la Place de la Nation.

Ensemble ! est signataire de l'appel à cette marche.

Solidarité avec le peuple syrien !

Halte au massacre de la population de la région d'Idlib !

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