Ensemble, faire le choix de la cohérence

Coup sur coup, plusieurs textes interrogent une participation collective d'Ensemble à la France Insoumise.

Parmi eux le texte collectif « La France Insoumise, pour construire une nouvelle force émancipatrice », signé par Pierre-François Grond, Myriam Martin, Guillaume Floris, Capucine Larzillière, Ingrid Hayes… ; puis un second texte collectif, « Ensemble, un mouvement dont nous avons besoin maintenant », signé par France Coumian, Michèle Ernis, Jacques Lerichomme, Stéphanie Treillet...

Notons tout d'abord que de nombreux militants d'Ensemble ont déjà réglé individuellement cette question en participant, en tant qu'individus ou sous l'étiquette « Ensemble insoumis », au cadre de la France Insoumise.

La FI n’est pas un parti. Ainsi, alors que cet investissement individuel existe et ne pose heureusement pas de problème au sein d'Ensemble, pourquoi poser la question de « la contribution des membres d’Ensemble à France insoumise [qui ne peut prendre] pleinement son sens que si elle est mise en œuvre collectivement », comme l'affirme, à juste titre, le premier texte collectif ?

  1. Si l'on veut « transformer et renforcer » le cadre d'Ensemble comme le dit le « 2e texte », il est nécessaire d'avoir un débat stratégique collectif. Cela ne doit justement pas être une addition de choix individuels ou de groupes de militants. Le pire pour Ensemble serait, dans la situation actuelle, de répéter qu'il est urgent d'attendre. Nous verrions alors l'histoire une fois de plus se dérouler en dehors de nous, ce qui serait certainement fatal à notre cadre collectif, pourtant précieux.
  2. La France Insoumise est le cadre qui attire aujourd'hui l'essentiel des militants politisés à gauche, ceux qui aspirent à défendre les intérêts de classes populaires. Et il y a de bonnes raisons à cela : le 23 avril, JLM est arrivé en tête parmi les jeunes (30%) et les chômeurs (31%), deuxième parmi les ouvriers (24%). Dans ces trois groupes, le FN a fait un score inférieur à celui que les sondages lui prédisaient. Quelles que soient les critiques que nous pouvons apporter à tel ou tel point de la campagne de Mélenchon (et c'est certainement déjà un débat entre nous), nous avons à juste titre participé à son succès. Il nous faut désormais trouver une intervention en cohérence avec cet engagement, nous permettant de nous adresser aux dizaines de milliers de personnes qui se sont engagées pour la première fois, ou qui ont renoué avec l'action militante, grâce à cette formidable campagne. Sans cela, Ensemble passerait clairement à côté de son objectif affiché et de sa raison d'être.
  3. Avec un groupe parlementaire auquel participent nos deux députées Caroline Fiat et Clémentine Autain, permettant d'être audible comme opposition déterminée à Macron, la France Insoumise a obtenu ce que n'a pas réussi à avoir le FN qui s'était présenté comme « la seule opposition » au soir de 23 avril. Au-delà du caractère inique des institutions de la 5e République, il s'agit d'une victoire politique contre le Front National et d'un début d'endiguement, même limité. Plus globalement, la France Insoumise est le cadre qui peut nous permettre à la fois de mener les campagnes politiques nécessaires dans la période qui vient, et continuer à peser sur la recomposition politique qui a eu lieu sous nos yeux.
  4. Soyons lucides, il n'y aura pas d'alliance, de coalition, de cartel, de nouveau « Front » : l'échec du Front de Gauche, qui est aussi l'échec stratégique d'Ensemble (même s'il ne nous est pas directement imputable) est passé par là et nous ne reviendrons pas en arrière. La France Insoumise est le seul cadre militant réellement existant qui soit à même de continuer, au-delà des périodes électorales, la dynamique qui a permis à notre candidat commun, Jean-Luc Mélenchon, d'atteindre les 19,6 % aux élections présidentielles. Mais pour cela, la FI doit se transformer et résoudre la question de son fonctionnement démocratique. Question redoutable quand on sait le rejet, chez beaucoup de militants, tant du « cartel électoral » du type Front de Gauche (par ailleurs très imparfait même sur le seul plan électoral) qui n'a jamais réellement réussi à avoir une existence entre deux élections, que de la « forme parti » qui tenterait de figer un mouvement encore en cristallisation et pourrait empêcher la double-appartenance. Nous pensons que notre mouvement Ensemble et ses militants peuvent être un apport précieux dans ce débat organisationnel.
  5. Sur ce droit à la double-appartenance justement, elle est une garantie pour l'ensemble des camarades qui, à juste titre, insistent sur la volonté de garder Ensemble comme cadre collectif. Et ils ont raison. Personne ne nous demande de saborder Ensemble pour intégrer la FI ! Le PG existe toujours ainsi que la NGS, des militants du PCF sont adhérents à la FI, d'autres nous rejoindront sûrement.

Notre mouvement, Ensemble, lui-même point de convergence entre des traditions politiques différentes, a son apport particulier, qui devra enrichir la France Insoumise. Il y a en effet et il y aura des débats, parfois difficiles, à avoir au sein de la FI : fédérer le peuple pour reconstruire la catégorie « gauche », certes mais qu'entend-on par « le peuple » et « l'oligarchie » ? Qu'est-ce qu'être de gauche aujourd'hui ? Comment utiliser au mieux, dans notre combat pour l'émancipation humaine, l'aspiration à la République sociale, issue de la Révolution française ? Parallèlement, comment prendre en compte la négation de cette promesse républicaine par les régimes qui se sont succédé (de Napoléon 1er à la 5e République) et l'ont transformée en un « mensonge déconcertant » ? Quelles sont les réformes prioritaires ? Quel écosocialisme du 21e siècle ? La liste serait encore longue.

Mais ces questions, débat essentiel pour toute organisation de gauche qui ne considère pas avoir un programme « clé en main » pour la période historique, empêchent-elles de nous retrouver au sein de la FI ? Empêchent-elles de mener des batailles politiques collectives, là où actuellement se politisent des dizaines de milliers de militants aux cotés desquels nous avons mené la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ? A cela, nous disons clairement non.

Au contraire, nous pensons pouvoir et devoir enrichir au mieux que nous le pouvons la France Insoumise, sans apparaître comme des curés rouges arrivant après la bataille.

C'est en réalité à cette question à laquelle les camarades signataires du « 2e appel » doivent répondre.

Dominique Angelini (94), Thierry Guintrand (94), Philippe Légé (75), Yann Merlevede (59)

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Auteur: 
TGuintrand