ENSEMBLE! A L'HEURE DES CHOIX (TO FI OU NOT TO FI)

Ensemble ! sort sans doute de la dernière période affaibli en nombre d’adhérents et en termes d’activité, de participation à nos réunions, etc. (il nous en faut d’ailleurs un bilan honnête et chiffré). Les causes sont à chercher dans la force attractive de la FI, et dans la confusion créée par la concurrence entre celle-ci et le PCF.
Ce n’est pas E ! qui est responsable de cette situation, même si nous avons nos propres incohérences. Le fait que des collectifs ont tenté contre vents et marées de créer les conditions d’unité constitue un point positif. D’autres ont choisi leur « camp », tout en essayant d’élargir la campagne et de mitiger le sectarisme ambiant.
L’enjeu n’est pas qu’électoral. Le sectarisme qui caractérise cette période, et qu’on retrouve aussi bien chez les militants communistes (sous la forme du « patriotisme de parti ») et les Insoumis.es (sous une forme très particulière dont le culte du chef), est mortifère. Il ne peut qu’affaiblir les luttes à venir.
Nous avons eu raison, majoritairement, de ne pas nous jeter dans les bras de la FI. Et aussi d’avoir choisi de soutenir JLM aux présidentielles. J’aurais souhaité que cela se fasse franchement mais de façon plus critique. Je regrette que notre propagande se soit limitée à un soutien très peu différencié - à l’exception de quelques remarques discrètes sur la politique étrangère ou sur la nécessité d’élargir et de démocratiser la campagne.
Il aurait fallu être sans concession sur l’antiracisme (pour la liberté de circulation…) et sur l’internationalisme, en particulier en ce qui concerne notre propre impérialisme (droit à l’auto-détermination des DOMs, opposition à l’arme nucléaire et aux industries de l’armement…). Ceci n’est pas négociable – pas question de nous draper dans le chiffon tricolore de la république ni de chanter la Marseillaise. Cela ne signifie pas, bien sûr, que je sois contre toute forme d’alliance ou de front avec ceux qui le font. Mais nous devons toujours maintenir cette distinction entre eux et nous.
Nous aurions dû également être plus ferme sur la place accordée par Mélenchon à « la révolution dans les urnes » et aux questions institutionnelles – une stratégie réformiste assumée qui évacue le problème de la résistance de la classe dirigeante à tout changement un tant soit peu radical, et minimise l’importance des luttes.
Notre organisation, si elle a bien de qualités, a du mal à dégager une ligne directrice claire et à l’appliquer sur le terrain. Il est vrai qu’une partie de nos adhérents sont par principe opposés à une telle centralisation. Cette question, il faut l’aborder fraternellement mais sans tourner autour du pot, en laissant toujours une grande place à l’autonomie et à l’expérimentation locale.
Notre bulletin public ne paraît plus. Cela a-t-il été décidé par l’EAN, ou est-ce simplement « faute de combattants » ? Je suis d’accord avec la proposition de R. Hirsch d’une publication mensuelle sous forme papier.
Les 20 camarades qui ont rédigé le texte « Contribution … sur les perspectives » parlent de nos « dysfonctionnements » et au « caractère trop flou » d’E !
Soyons concrets. Nous avons une EAN dont seulement une partie des membres assument leur rôle d’« animateurs » et de décisionnaires (nous sommes tous d’accord que tout ne peut pas se décider par consensus, ni être reporté à une décision ultérieure par une instance plus large). Elle doit être renouvelée, féminisée, rajeunie et ses débats et ses décisions ou recommandations rendus plus visibles pour l’ensemble des adhérents. Le rôle de ses membres doit également être mieux défini, comme leur assigner des taches de liaison avec les collectifs locaux, pour assurer une meilleure communication dans les deux sens.
Les jeunes doivent être encouragés (en les poussant un peu) à prendre une part plus active dans nos instances et en tant que représentants de notre mouvement.
Nous sommes dans l’obligation de réussir notre Université d’Automne.
QUELS RAPPORTS SONT POSSIBLES AVEC FI ?  
Les camarades sont eux-mêmes flous sur cette question cruciale. Ils écrivent : « Il nous faut développer une politique par rapport à FI et ses militants, voire, si les conditions en sont réunies, y entrer en gardant notre autonomie politique ». Mais de quelles conditions s’agit-il ?
Ils affirment la nécessité de « maintenir une organisation anticapitaliste, une organisation militante considérant les luttes sociales dans leur articulation avec une stratégie politique de prise du pouvoir, comme l’une des clefs de la transformation de la société et de la lutte contre l’exploitation, contre toutes les oppressions, et contre le productivisme marchand, c’est-à-dire contre le capitalisme » et ils proposent (avec raison) de rendre cette organisation plus centralisée, plus efficace, plus cohérente. Pensent-ils qu’il existe des bases pour un accord entre une telle organisation et FI qui permettrait notre entrée dans celle-ci ? Pensent-ils que dans FI, telle quelle est ou telle qu’elle pourrait devenir, il pourrait y avoir un droit de tendance (« autonomie politique ») ?
Les camarades écrivent que « nous devons considérer FI comme un partenaire incontournable ». Mais le noyau historique de FI, suivi probablement par la majorité de ses membres, ne veut surtout pas avoir affaire à des « partenaires ». Pour beaucoup entre eux/elles, « la gauche, c’est FI ». A plus forte raison, penser qu’ils accepteraient l’existence de courants anticapitalistes organisés à l’intérieur de leur mouvement me semble une illusion. (R. Hirsch, lui, s’oppose à ce que nous entrions à FI, mais pense que nous pourrons y intervenir pour « exiger une structuration démocratique », ce qui me semble tout aussi contradictoire.)
Nous devrons engager un dialogue positif et critique avec les Insoumis.es. Il faut surtout proposer des actions communes, pour sortir de la logique électoraliste. Mais dire simplement que « c’est là que ça se passe », c’est faire semblant d’ignorer qu’il existe d’autres gauches. Pour certaines, y compris qui font partie des fameux « 7 millions d’électeurs », il n’est pas question de rejoindre FI, qui agit même dans certains cas comme un véritable repoussoir. Doit-on faire comme si ces militants, organisés ou pas, n’existent pas ? Faut-il considérer qu’ils font partie du problème et pas de la solution ?
Cela ne sert à rien de faire de pronostics. Mais après la défaite aux présidentielles et surtout aux législatives (pourtant prévisible en cas de division de la gauche), le risque existe que la désillusion s’installe, encourageant les tendances au repli sectaire. FI, après être « montée comme une fusée », peut « tomber comme un bâton ». Le triomphalisme et la volonté hégémonique seront-ils alors abandonnés pour une stratégie plus modeste et plus unitaire ? Cela suppose un virage à 180 degrés qui sera difficile à assumer, notamment par Mélenchon, ses plus proches collaborateurs et ses partisans les plus inconditionnels.
Je peux évidemment me tromper. Mais à mon avis, si cela change, ce sera le résultat d’un nouveau rapport de forces. Je pense qu’il sera plus simple et plus sûr de le construire en gardant notre indépendance, en travaillant étroitement avec tous les acteurs de la gauche radicale (FI sans doute en tête) et du mouvement social, et, même en étant numériquement affaiblis, en élevant notre jeu.

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Auteur: 
Colin de Saint-Denis