Escalade de la répression en Catalogne

Escalade de la répression en Catalogne

 

Depuis le 20 septembre dernier, date de l’opération Anubis tentant d’empêcher la tenue du référendum d’autodétermination du 1er octobre, la répression n’a cessé de s’amplifier en catalogne. Le 16 octobre, un juge d’instruction de l’Audience nationale ordonnait l’emprisonnement pour « sédition » des deux leaders des principales associations indépendantistes, Jordi Sánchez (ANC) et Jordi Cuixart (Òmnium cultural) ; le 30 octobre, le procureur général mettait en accusation l’ensemble des membres du gouvernement catalan auprès de l’Audience nationale et du Bureau du Parlement auprès du tribunal suprême. Parallèlement, le pouvoir madrilène suspendait les institutions catalanes (Dissolution de la Présidence, du Gouvernement et du Parlement) en vertu de l’article 155 et convoquait de nouvelles élections pour le 21 décembre. Vendredi 23 mars, le tout puissant juge Llarena de la Cour suprême espagnole ordonnait l’inculpation de cinq membres du gouvernement et du parlement (qui avaient été libérés en novembre) et relançait un mandat d’arrêt à l’encontre de six dirigeant-e-s qui avaient opté pour l’exil en Belgique en Ecosse et en Suisse (dont Marta Rovira, secrétaire générale de l’ERC qui avait refusée de se rendre devant le juge vendredi). C’est dans le cadre de ce mandat que Carles Puigdemont a été arrêté dimanche midi à la frontière par la police allemande, avec la collaboration des services secrets espagnols, tout près de la frontière danoise.

 

Dès vendredi 23 mars, à l’initiative des Comités de défense de la République (CDR), il y a eu de nombreuses protestations citoyennes contre ses inculpations dans l’ensemble la Catalogne. Mais avec l’arrestation du président de la Catalogne en exil, les manifestations convoquées par l’ANC, Òmnium cultural et les CDR ont pris une autre ampleur (mobilisations dans les capitales provinciales et au-delà) ainsi que l’organisation de barrages routiers et autoroutiers (L’A7 a été fermée pendant sept heures). Des heurts ont eu lieu à Barcelone et Lleida où les Mossos et la police espagnole ont fortement réprimés. Près d’une centaine de blessés sont à dénombrer dans toute la Catalogne (A Barcelone, des véhicules de la police ont foncé à vive allure sur les manifestant-e-s). Dans les jours qui viennent la mobilisation va se poursuivre dans les Pays catalans (y compris dans la Communauté de Valence et les Baléares) et au-delà.

 

Depuis plusieurs mois, la répression n’a cessé de s’abattre sur les indépendantistes, outre les dirigeant-e-s (qui risquent jusqu’à 30 ans de prison pour « rebélion » et « sédition »), ce sont des dizaines de militant-e-s (et notamment des membres des CDR pour leur participation aux actions lors des grèves générales des 3 octobre et 8 novembre) qui sont poursuivis et qui risquent entre 1 et 5 ans de prison dans le cadre de la loi liberticide Mordaza. La dérive autoritaire du pouvoir espagnol a atteint ces derniers mois des sommets inacceptables pour un pays dit « démocratique ».

 

Depuis l’instauration de l’article 155 en Catalogne, le Parti populaire (PP), Ciudadanos (Cs) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) n’ont cessé d’entraver le retour au fonctionnement normal des institutions catalanes. Ils n’ont pas reconnu le résultat des élections démocratiques du 21 décembre et ont œuvré sans relâche pour empêcher coûte que coûte la formation d’un gouvernement catalan indépendantiste. Ils ont successivement bloqué l’investiture de Carles Puigdemont fin janvier, celle de Jordi Sánchez et enfin celle de Jordi Turull samedi dernier. Les déclarations des dirigeants de ces partis sont assez éloquentes : à l’image de Pedro Sánchez (PSOE) qui justifie l’arrestation de Puigdemont ne estimant que : « Personne n’est au-dessus de la loi », celle d’Albert Rivera (Cs) qui se félicite que : « la fugue du golpista s’achève », ou de Fernando Martínez-Maillo (PP) : « ce n’est pas possible d’être un fuyard permanent ». Il est permis de s’interroger sur la stratégie à moyen terme du bloc du « 155 ». Entend-il vraiment rétablir les institutions catalanes ?

 

Une fois de plus, l’Union européenne (UE) a montré son vrai visage par la voix de Jean-Claude Juncker, qui a réitéré hier soir son « appui total à l’ordre institutionnel espagnol ». Après la mise au pas des grec-que-s, l’abandon des kurdes à leur triste sort, l’UE refuse de reconnaître les aspirations des catalan-e-s au droit à l’autodétermination. L'UE  refuse  même de reconnaitre la souveraineté du Parlement catalan démocratiquement élu (dont Puigdemont) et  qu'il lui revient d'élire le président du gouvernement catalan, comme il est établi par la Constitution espagnole que le gouvernement Rajoy piétine jour et nuit. Un de ses états membres, l’Allemagne, vient de collaborer avec les services secrets espagnols pour arrêter Carles Puigdemont et pourrait l’extrader.

 

Ces derniers mois, Ensemble ! s’est solidarisé avec le peuple catalan en reconnaissant son droit à l’autodétermination en exigeant le respect du vote populaire et en condamnant la répression qui n’a cessé de s’exercer en Catalogne.

Ensemble ! appelle à la mobilisation en France et à l’organisation de rassemblements le plus large possible pour dénoncer la répression dont sont victimes les dirigeants indépendantistes et le peuple catalan et exprimer sa solidarité avec les démocrates espagnols et catalans qui refusent la destitution des institutions représentatives de la Catalogne

Ensemble demande la libération immédiate de Carles Puigdemont et de tous-tes les emprisonné-e-s politiques, la levée de tous les chefs d’accusation lancés à leur encontre, la possibilité pour tous-tes les exilé-e-s de revenir au pays y jouir des libertés inhérentes à la démocratie, la fin de l’application de l’article constitutionnel 155,

27 mars 2018

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