Face au choc Fillon, se rassembler avec Jean-Luc Mélenchon

La victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre a été massive et fulgurante. Elle repose sur différentes tendances: l’aspiration à une droite ouvertement « de droite », la volonté de renouvellement et de déjouer le match Juppé – Sarkozy, les effets différés en profondeur de mouvements idéologiques comme la Manif pour Tous, les débat sur l’identité française… Mais la colonne vertébrale du projet politique de François Fillon est structurée autour d’une exigence : ce que Fillon appelle la nécessité d’un « discours de vérité ». Fini les discours sur la « fracture sociale » à la Chirac ou le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy. Avec Fillon, c’est la confrontation sociale assumée, revendiquée pleinement.

Lui-même emploie le terme de « blitzkrieg » pour détailler son plan d’attaque. Il insiste sur le moment essentiel des trois premiers mois du quinquennat, de juillet à septembre 2017. Il prévoit d’y imposer une dizaine de réformes par tous les moyens que la constitution de la 5ème république permet (ordonnances, vote bloqué, 49.3…) pour créer un choc économique et social : suppression des 35 heures, retraite à 65 ans, réforme du code du travail, réforme de l’assurance chômage et de l’assurance-maladie, réforme de la fiscalité du capital, hausse de deux points de la TVA… Il prévoit même de supprimer pour cela les vacances parlementaires et d’obliger l’Assemblée nationale et le Sénat à se réunir en août 2017.

Dans son ouvrage « Faire » qui développe son projet et sa démarche, il prévoit également, dans le but avoué de paralyser toute opposition, de convoquer en septembre 2017 deux référendums : un sur la politique migratoire, un autre sur la réforme de la constitution prévoyant la suppression des départements, le retour aux 22 régions initiales au lieu des 15 existant actuellement, la diminution du nombre de parlementaires. La comparaison, revendiquée par Fillon, avec Thatcher s’impose. Il s’agit de faire une démonstration de force, y compris à l’échelle internationale, vis-à-vis de l’oligarchie financière européenne et mondiale de la capacité des gouvernements français à détruire en profondeur les conquêtes sociales et démocratiques qui subsistent.

Dans ce contexte se raccrocher à l’idée que Fillon n’a convaincu « que » les électeurs de droite et qu’il lui reste à convaincre une majorité des électeurs à l’élection présidentielle est assez hasardeux. Fillon lui-même répète sans cesse que l’essentiel se joue autours de la bataille « idéologique ». L’espace politique qui lui est ouvert est d’autant plus important que la soi-disant « gauche » au pouvoir semble être prise dans une spirale suicidaire dont il est difficile de voir la fin. Le récent psychodrame entre Hollande et Valls alimenté par Bartolone sur une candidature de possible de Valls face à Hollande dans le cadre de la primaire du PS n’en est que le dernier épisode. La situation actuelle réservant son lot de surprises. La principale inconnue réside aujourd’hui dans l’ampleur de la participation des électeurs de gauche à la primaire prévue en janvier 2017.

D’une certaine façon, le seul des candidats issu de la gauche gouvernementale qui tire son épingle du jeu est Emmanuel Macron en ayant réussi à présenter une offre politique qui poursuit la démarche de Hollande - un discours libéral assumé à gauche - tout en s’étant démarqué suffisamment tôt de la politique gouvernementale et de l’impopularité qu’elle suscite. Rompant « sur sa droite » (sur la « timidité » des réformes) avec Hollande, il dessine l’hypothèse que la politique du quinquennat écoulé pourrait se poursuivre de façon plus efficace, plus moderne, en prenant ses distances également avec le positionnement de Valls sur certains sujets (laïcité, l’autorité..). Si elle se confirme, sa candidature constitue un obstacle non négligeable pour construire une véritable alternative de gauche face à la droite et à l’extrême droite.

Dans cette situation, le défi pour les forces de la gauche alternative qui ces dernières années ont combattu sans relâche la politique de Valls et Hollande est considérable. Des évolutions positives peuvent être constatées. Après Ensemble, le choix des adhérents du PCF de soutenir la candidature de Jean Luc Mélenchon à l’élection présidentielle favorise la convergence des forces. Le discours combatif de Jean Luc Mélenchon tenu à Bordeaux le mardi 29 novembre qui développe une critique systématique du projet de François Fillon, trace une orientation qui peut permettre de rassembler tous ceux à gauche qui cherchent une alternative. Une des taches reste de construire un cadre commun qui peut permettre de respecter les différentes forces (France Insoumise, PCF, Ensemble, courants écologistes, forces citoyennes…) qui se sont engagées et aux énergies de se démultiplier, à l’élection présidentielle comme aux législatives. C’est la proposition que fait le mouvement Ensemble suite à la dernière réunion de son Collectif national et qu’il discutera avec ses différents partenaires.

François Calaret


 

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