Face au Pacte Hollande-Gattaz, construire une opposition à gauche

Hollande joue son va-tout avec le Pacte de responsabilité. Son « mini »-pacte de compétitivité l’avait déjà préfiguré : 20 milliards d’euros transférés au patronat, justifiés par un « coût du travail » prétendument pénalisant pour la compétitivité, selon les analyses rabâchées par les libéraux. 

Mais ce cadeau financé par les ménages (hausse de la TVA), a échoué à créer la moindre dynamique. On ne change pas la conjoncture macro-économique en laissant les mains libres aux détenteurs de dividendes, qui ont continué à toucher leur pactole sans modifier les structures productives. Quant aux « emplois d’avenir », ils ont fait légèrement fléchir la courbe des inscriptions des jeunes à Pôle emploi. Mais au total, le chômage n’a jamais été aussi élevé : 5,3 millions de personnes inscrites.

Hollande est en échec patent

Mais il choisit de renverser la table, plutôt qu’écouter celles et ceux qui, à gauche, l’ont fait gagner en 2012. La relance économique ne se commandant pas à l’Elysée, il décide de suivre le modèle allemand de Schröder-Merkel : gagner de la compétitivité au détriment du voisin européen, en écrasant le coût du travail. Gattaz avait posé ses revendications : nous voulons 100 milliards, 50 en baisses de « charges », 50 en économies budgétaires. Hollande signe le chèque. Il décide de faire basculer 30 milliards de cotisations patronales d’allocations familiales dans le budget de l’Etat, et de rogner 50 milliards de dépenses publiques. Or que sont les cotisations familiales ? Historiquement, c’est un sur-salaire, construit avec la Sécurité sociale, une part de salaire qui monte en puissance après 1945 pour assurer une socialisation des dépenses familiales. Mais on connaît la stratégie résumée par Denis Kessler (co-fondateur du MEDEF), lorsque Sarkozy entamait son quinquennat : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Hollande le fait : jamais un pan entier de la protection sociale basée sur la socialisation des richesses, n’avait été ainsi transféré sur le budget, c’est-à-dire les impôts. Et la baisse des dépenses publiques aggravera les dysfonctionnements des services publics.

Hollande = Hartz

Copier l’Allemagne est donc la stratégie. Mais quelle Allemagne ? Dans les années 1990, elle était considérée comme le « malade » de l’Europe, avec de bons salaires, mais un chômage élevé. On sait comment Schröder a réglé le problème avec son conseiller Hartz : créer des salariés pauvres, des chômeurs encore plus pauvres et des jobs à 1 euro. Au total, un marché du travail ultra-segmenté, mais doublé d’une politique industrielle audacieuse.

Avec ce système de « l’offre », l’Allemagne a  raflé des parts de marché, se comportant en vampire des richesses de l’Europe. Aujourd’hui, on apprend que « pour la première fois depuis 2009 », les salaires réels ont baissé en 2013 outre-Rhin (Le Monde du 22 février), conduisant à un tassement de la consommation et des prix, et donc une stagnation générale de l’économie (déflation), éventuellement transférée à la zone euro.  Surtout si tout le monde copie l’Allemagne ! Ce qui explique aussi pourquoi la classe politique allemande se résigne à la création d’un SMIC.

Hollande veut copier ce modèle de l’offre ! En réalité, le fameux théorème de Schmidt, selon lequel « les profits d’aujourd’hui font les emplois de demain » est appliqué depuis très longtemps. Cela fait trois décennies qu’on réduit les « charges » (quasi zéro cotisation au voisinage du SMIC), et la fiscalité des entreprises. Le total de ces aides dépasse les 172 milliards d’euros (selon l’appel intersyndical au 18 mars).  Exemples : baisses de cotisations = 27 milliards ; impôts sur les sociétés (IS), théoriquement à 33%, en réalité en moyenne à 8% pour les entreprises du CAC 40, lesquelles privent l’Etat de 60 à 80 milliards d’euros avec le système des prix de transferts ; baisses de recettes dues aux niches fiscales : 150 milliards selon le Conseil des prélèvements obligatoires, etc.

Mais qui profitent de ces largesses ? L’emploi ? L’industrie ? Non ! Mais les dividendes ponctionnent une part croissante de la valeur ajoutée, qui passe de 3 % dans les années 1980 à plus de 9 % aujourd’hui, niveau record.

Le MEDEF sans gêne

Depuis 1984, la famille Gattaz nous promet monts et merveilles sur l’emploi, en assouplissant le carcan des lois, générateur de « stress » patronal, comme vient de le dire Gattaz fils. Il est « prêt à jouer le jeu » distribué par Hollande, mais il refuse un « observatoire des contreparties ». Avec un simple « comité de suivi », les « engagements » du MEDEF seraient les suivants : moratoire sur les lois en cours (par exemple sur l’encadrement des stages), simplification des institutions représentatives du personnel. Autrement dit : il veut que Hollande aille plus loin ! Pourquoi se gêner ?

La gauche au pied du mur

Hollande veut faire preuve d’autorité, selon la logique hyper-présidentialiste copiée sur Sarkozy. Et verrouiller les risques de rupture dans la majorité, avec une épreuve de vérité en juin : voter la confiance. Ce qui signifiera, après deux secousses électorales, marcher avec Hollande sans barguigner jusqu’en 2017. Avis à Europe Ecologie Les Verts (EELV) et aux dissidents socialistes ! Avis aux syndicats aussi, sommés soit de perdre leur indépendance en s’alignant à reculons sur l’Etat et le MEDEF, soit d’anticiper les reculs sociaux (Laurent Berger de la CFDT).

Hollande a déjà obtenu un effet de tétanisation. Comment peut-on en arriver là après le quinquennat Sarkozy ? Mais la contestation recommence dans EELV et la gauche du PS. Reste à transformer la défiance en contre-projet, quitte à assumer une crise gouvernementale. Le Front de gauche doit proposer le rassemblement de toutes les forces qui pensent que Hollande va dans le mur, qu’une autre politique est possible,  avec une autre majorité.

Un Appel de responsables Front de gauche, socialistes, écologistes, de citoyens, de syndicalistes et associatifs, est nécessaire pour construire un projet alternatif. Le contrat politique de 2012 est rompu. C’est au peuple de gauche de trancher ! Une manifestation unitaire le 12 avril prochain peut être un levier pour signifier qu’en France comme en Europe, notamment en Grèce avec le poids grandissant de Syriza, une contre-offensive est possible.;

Jean-Claude Mamet. Publié dans le bulletin d'Ensemble du mois de mars.

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