FACE AU RN, RELEVER LE DÉFI ET PASSER A L’OFFENSIVE !

FACE AU RN, RELEVER LE DÉFI ET PASSER A L’OFFENSIVE !

Comment Ensemble peut se mobiliser face à l’extrême droite ?

Dans une contribution envoyée le 24 mars, plusieurs camarades nous invitent à « ne pas banaliser le danger en mettant le gouvernement actuel et l’extrême-droite à égalité, ou presque, comme le font certains courants dans la gauche radicale ». Et ces camarades affirment qu’ « Il devient… indispensable de proposer une mobilisation unitaire contre l’extrême-droite ».

S’unir avec d’autres pour quoi faire ?

Le 21 avril, l’EAN d’Ensemble propose aux différents mouvements qui ont participé à la récente réunion de la gauche et des écologistes de « travailler au rassemblement nécessaire pour éviter un deuxième tour Macron-Le Pen en 2022, combattre le danger d'extrême droite et proposer une autre politique ». Mais que veulent nous proposer exactement les camarades ? Une version plus moderne d’une union de la gauche et des écologistes ou une démarche pour une véritable alternative politique ?

Oui, les idées du RN sont dangereuses.

Elles infusent dans la société et exercent même leur influence sur une partie de la gauche dite "républicaine" : Pour nous et en cela nous sommes en accord avec la contribution signalée des camarades, le projet politique du RN doit en effet être pris très au sérieux. Il y a une vraie « possibilité du fascisme », « une trajectoire du désastre » comme l’a souligné Ugo Palheta (« La possibilité du fascisme », La Découverte, 2019). Si aucune fatalité n'est certes de mise, le projet du RN est cependant bien un projet néo-fasciste et le risque que le FN gagne les élections est tout à fait réel. Et l'acte de terreur de Rambouillet - et peut-être d'autres à terme - alimente mécaniquement un tel risque. L’appel d’anciens généraux dans la publication d’extrême droite, Valeurs Actuelles, et l’appui du RN donnent corps à ce risque. L’extrême droite dicte son agenda et une partie de ses propositions à la majorité de la classe politique, à la droite, aux macronistes et à une partie « républicaine » de la gauche (y compris celles et ceux qui mettent en avant un universalisme purement formel et occidentalo-centré). La progression du RN dans les diverses couches de la société est nette, les évolutions sont sensibles parmi les salarié·es y compris les syndiqué·es. Par ailleurs, le RN n’est plus tout à fait le FN d’hier. Il a abandonné son projet de sortie de l’Europe et parle maintenant de rembourser la dette. Il prépare ainsi sa jonction avec différents secteurs de la droite tout en affichant des « revendications sociales », comme par exemple, la retraite à 60 ans (avec cependant 40 annuités). Dans son sillage et autour de lui, différents groupes d’extrême droite n’hésitent pas à dégrader des locaux (tags fascistes sur les murs de l’université de Pau, attaque de la librairie libertaire « la plume noire » à Lyon, tags islamophobes et racistes sur le centre Avicenne à Rennes), à intimider des militant·es et les élu·es locaux (commando royaliste et fasciste dans les locaux du Conseil Régional d’Occitanie, opérations anti-migrant·es dans les Pyrénées, agression du rassemblement des fiertés lesbiennes à Lyon). Enfin si dans certains cas, l’extrême droite au pouvoir ne dure pas, dans d’autres pays au contraire (Europe de l’Est) et en France (dans certaines municipalités qu'elle détient), l’extrême droite lors des élections est -hélas- reconduite au pouvoir.

S’unir, sur quelles bases et pour quoi faire ?

Mais une unité de la gauche et des écologistes sans contenu radical réellement transformateur et sans démarche citoyenne réelle à la base peut-elle aboutir à un résultat différent de ce qu’il s’est jusqu’à présent produit ? La politique de la gauche a tellement déçu que depuis 1995, après chaque législature ou mandature de la gauche, le RN s’est retrouvé au 2nd tour. La crise de la politique s’est alors approfondie, son rejet en est renforcé. Et puis, expliquer qu’il faut voter puis laisser faire les représentant·es, les élu·es, comme expliquer à celles et ceux qui luttent qu’ils et elles ne luttent pas de la bonne façon, qu’ils et elles ne comprennent pas où sont leurs intérêts, n’est certainement pas la meilleure façon de faire advenir les changements souhaitables et de favoriser l’émancipation de tou·tes. Alors comment recoller les morceaux avec celles et ceux qui les ont cassés ? (y compris les courants de gauche de type PRS1 à l'origine du Parti de Gauche).

L’abstention exprime le rejet des inégalités et d'une représentation politique discréditée. 

En 2005, le vote sur le référendum intervenait après un processus de discussion tout à fait inhabituel, où des citoyen·nes ordinaires s’étaient montré·es capables de réfléchir et d’argumenter sur des questions de droit constitutionnel censées pourtant être l’affaire des seuls spécialistes.   La droite, une partie de la gauche et leurs idéologues ont crié que le peuple avait montré là son incapacité à juger sur des questions sérieuses. Mais c’est tout le contraire : c’est cette capacité de n’importe qui à réfléchir sur ces questions qu’ils ont trouvé insupportables. Là-dessus, bien sûr, ils n’ont pas changé. Et la pandémie a évidemment été l’occasion de renforcer l’idée que seul un seul homme, le Président détenant en fait tous les pouvoirs, était capable de s’occuper des affaires collectives.

Il est nécessaire de ne pas s’enfermer dans l’espace institutionnel

car si l’espace politique « se droitise, voire se fascise » les principes de justice sociale, d’égalité, de refus des injustices et des discriminations restent majoritaires dans la société (cf étude IPSOS sur les fractures françaises, 2020). Aujourd'hui, les débats politiques qui se tiennent dans la sphère politico-médiatique ont une dimension démagogique et politicienne, déconnectée des réalités, ce qui alimente les intentions de vote RN. Celles et ceux qui refusent cette réalité sont regardé·es comme des personnes déconnectées des réalités, ou de grandes utopistes. Les détenteurs du pouvoir nous imposent l’idée qu’il n’y a pas d’autre alternative.

 

Nous devons être à l'offensive dans nos positionnements.

Il faut partir des aspirations et des attentes pour faire la démonstration que des perspectives de transformation existent. Dans leurs activités quotidiennes, les militant·es d’Ensemble agissent avec d’autres dans des fronts de lutte les plus larges, pour répondre concrètement aux préoccupations immédiates de la population en combattant pied à pied les mesures gouvernementales qui, socialement (assurance-chômage, retraites…) font le lit du RN et, politiquement, à travers les lois liberticides, lui préparent le terrain en lui donnant les 1ers outils nécessaires à l’exercice du pouvoir. Aujourd’hui des mouvements existent qui ne font pas force politique. Il faut partir de cela et le travailler politiquement et non pas s’enfermer dans l’espace institutionnel. Les luttes sociales, antiracistes, féministes, pour la défense des droits démocratiques et écologistes d’opposition à Macron et son monde restent importantes et les débats qu’elles suscitent entre les acteurs des mouvements et au sein de la population peuvent permettre des évolutions rapides. Nous sommes sur un chemin de crête. Les luttes contre les délocalisations peuvent basculer dans un sens nationaliste ou un sens révolutionnaire. Les Gilets Jaunes dont la lutte a débuté « contre les taxes » et débouché sur « fin du monde, fin de mois, même combat »  l'ont rappelé : lorsque les mobilisations se développent, les processus de politisation et de radicalisation peuvent être très rapides… Et nous devons intervenir politiquement dans ces mouvements : les thématiques de démocratie (sortir de la 5ème république), la lutte contre les inégalités, les discriminations, les dominations doivent être au cœur de nos interventions, pour construire une visée émancipatrice.

La plate-forme commune ne comportant que les partis de gauche et écologistes

relève hélas d'une démarche de cartel à l'ancienne.

Il faut faire tout autrement :

associer dès le départ les forces associatives, altermondialistes, féministes, syndicales particulièrement bien placées pour décrypter le discours anti-social, anti-immigration et anti-féministe de l'extrême-droite ; s'en remettre immédiatement à une dynamique citoyenne ; s'adjoindre les forces et mobilisations qui agissent pour une transformation sociale, écologique, féministe et démocratique de la société. Elle doit reposer, comme l'ont souligné Annick Coupé, Gus Massiah, Pierre Khalfa et Marie-Pierre Vieu, dans une tribune parue l'hiver dernier, sur des collectifs citoyens de base, ancrés sur l'ensemble du territoire et sur l'organisation de débats, forums citoyens sur les revendications et les propositions des mouvements sociaux, écologistes, féministes, antiracistes.

Les propositions de la convention citoyenne et la mobilisation pour le climat, le plan de sortie de crise « Plus jamais ça », la lutte auto-organisée contre l'islamophobie et tous les racismes, les mobilisations féministes, le mal-logement... sont autant d'exemples de points d'appui, à la fois pour mobiliser les quartiers populaires et la jeunesse, engager une transformation réelle de la société et faire ainsi reculer les thèses néo-fascistes du RN, et enfin pour être au cœur du rassemblement nécessaire des forces de la gauche et de l'écologie.

Enfin, la récente adresse d'Ensemble ! aux forces de gauche et écologistes indique curieusement que nous avons des propositions « anti-libérales et anti-productivistes ». Seulement anti-libérales ? Comme  -et pas plus-  le seraient les premières mesures annoncées aux États-Unis par Biden ?

C'est bien davantage que des mesures anti-libérales qui sont nécessaires et urgentes pour proposer une alternative : ce sont des mesures résolument anti-capitalistes, même si on sait bien que dans un processus de discussion avec les forces de gauche et écologistes, ce n'est pas l'intégralité de nos propositions qui serait retenue.

 

Lundi 3 Mai 2021

Cette contribution a été écrite par
Bruno Della Sudda - Bénédicte Goussault - Corinne Le Fustec- Christophe Lemasson
au nom des camarades se reconnaissant dans le courant « Ensemble! Autogestion-Emancipation »

 

Contact : ensemble-autogestion-emancipation@mailo.com

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Auteur: 
Dom-PenArBed-29