"Face à une ligne à droite toute, il faut une gauche franche"

François Fillon a créé la surprise. Mauvaise, la surprise. Celles et ceux qui rêvaient, à juste titre, d’en finir avec Nicolas Sarkozy n’imaginaient sans doute pas trouver pour vainqueur à la place le fantôme de Margaret Thatcher. Peut-être avaient-ils mal compris ce qu’est le programme de la droite qui s’est trumpisée sous l’effet d’une "gauche" au pouvoir qui fait son travail. Sarkozy n’a pas convaincu car il a le parfum du passé, des affaires et beaucoup d’ennemis.

Alain Juppé, chouchou des grands médias, subit une trajectoire à la Balladur. S’est-il trompé d’élection, jouant la présidentielle avant la primaire ? Probablement. Mais le résultat de cette primaire traduit surtout une vague de fond. L’heure est aux pronostics politiques déjoués par les votes populaires. La droite n’y échappe pas. Ce qui domine, c’est la volonté de rupture avec les politiques qui se suivent et se ressemblent d’alternance en alternance. Contre toute attente, sondagière au moins, la primaire a porté à plus de 44 % au premier tour un homme sérieux voire austère mais qui a fendu l’armure pour faire une campagne de terrain, loin des feux médiatiques, sur une ligne à droite toute, promettant de « casser la baraque ».

Son projet est ni plus, ni moins qu’une casse en règle de l’État social. 500 000 fonctionnaires en moins, réduction maximaliste des budgets publics, destruction du code du travail : côté libéralisme économique et austérité, Fillon a fait le plein. S’ajoute une vision autoritaire de la façon de gouverner. Fillon serait le Président des ordonnances et autres 49.3. Ajoutez à cela son catholicisme et son conservatisme qui le portent tout naturellement du côté de la "Manif pour tous", et vous mesurerez le cocktail indigeste promis.

Ce ne sont pas ses maigres démentis qui calmeront nos inquiétudes sur l’avortement, sur l’égalité entre les sexes et les sexualités. Avec Fillon, véritable Trump policé, la régression guette à chaque coin de programme. Au hasard, sur l’éducation, Fillon entend sortir les lycées professionnels de l’Éducation nationale pour les confier aux Régions. Tout un programme.

Radical, oui. C’est là que Fillon a compris son époque. C’est à cette aune qu’il faut préparer la réplique. Seule une gauche franche peut tenir tête à cette droite dure. Les solutions à l’eau de rose seront mangées toutes crues.

Clémentine Autain, le 25 novembre 2016. Publié sur le site de Cerises.

Article