Faire face à l'ascension du FN !

L’importance de l’abstention ne doit pas amener à relativiser la montée du FN. Dans notre région, comme à l’échelle nationale, il a réussi à élargir son audience bien au delà son implantation traditionnelle, capable de séduire des électorats divers, jusqu’aux vieilles terres de gauche de l’arrière pays.

Les analyses sur l’implantation du FN opposent souvent un FN au Sud, clairement de droite, et un FN au Nord et à l’Est qui cherche à gagner l’électorat populaire et n’hésite pas pour cela à reprendre des thématiques empruntées à la gauche. On retrouve cette opposition au sein même du Languedoc Roussillon, entre l’implantation traditionnelle du FN (la plaine littorale) et les nouvelles terres de conquête (les arrières pays).

Le FN est fortement implanté dans la plaine littorale depuis les années 1980. La présence importante des rapatriés, dont une partie n’avait pas digéré l’indépendance de l’Algérie, et le poids important d’une petite bourgeoisie de la boutique (commerce, artisanat, TPE) volontiers poujadiste, ont permis tôt la banalisation des idées du FN et la construction d’un premier et substantiel matelas électoral. 

Bien avant les années Sarkozy, concurrencée par le FN, la droite a ici repris les thématiques de l’extrème droite. Elle s’est allié au FN en 1998 pour garder la région. Elle a ainsi légitimé le discours lepéniste et a nourri, à ses dépends, la progression du FN. Les dernières élections le confirment. En 2014, Ménard gagne Béziers aux dépends de la droite de l’UMP (droite dite populaire). En 2015, la droite traditionnelle est dans la région éliminée sur de nombreux cantons. 

Ce premier et solide électorat FN correspond donc à une radicalisation à l’extrême de la droite qui s’incarne aujourd’hui dans les discours de Marion Maréchal Le Pen. Le FN a cependant réussi à s’enraciner bien au delà de ce premier électorat.

A partir des années 1990, les scores du FN sont devenus élevés dans les zones pavillonnaires. La périurbanisation massive avec la construction de vastes zones dortoirs, au final assez éloignées de l’image idéalisé du sud ensoleillé et convivial où il ferait bon vivre, a pu nourrir une série de frustrations et de craintes. L’attachement à une petite propriété difficilement acquise et souvent cher payée (endettement, longueur des temps de trajets) s’y combine avec la peur de la relégation sociale - si jamais le lotissement, l’ancien village, devait ressembler à une banlieue urbaine, surtout telle que la télé les décrit. Cette crainte vis à vis de la réalité fantasmée de la ville et de ses cités, touche désormais aussi des villages de plus en plus éloignés des villes et des problèmes d’insécurité censés nourrir le vote d’extrême droite.

Ajoutons que dans notre région, une partie importante des salariés du privé est employée dans des petites entreprises où l’implantation syndicale – et la solidarité que cela permet de construire - est très faible. Les salariés mal rémunérés, précarisés, éclatés dans de petites structures, sont beaucoup plus sensibles à la démagogie du FN.

Ainsi, depuis quelques années, la progression du FN se fait là où il était peu implanté. L’Aude, vieille terre socialiste, a vu le FN faire un bon de 10% lors des départementales, il est en capacité de se maintenir presque partout. Il dépasse souvent les 40% et fait des scores hallucinants dans de tous petits villages.

Ce phénomène est fréquent dans de nombreux cantons de l’arrière pays. La fermeture de la plupart des usines des piémonts, depuis les Cévennes jusqu’aux Pyrénées, la disparition ou la réduction des services publics qui, comme la poste, contribuaient à créer du lien social, la faiblesse de la vie culturelle en dehors de la saison estivale, l’ennui et l’absence de perspective pour les jeunes, la paupérisation des retraités, tout cela crée un sentiment justifié d’abandon qui nourrit l’abstention et le vote FN. De plus, la cherté du logement dans les grandes villes comme Nîmes ou Montpellier pousse à s’installer dans l’arrière pays, mais cette décision, plus subie que choisie, entraine souvent du ressentiment.

La capitale régionale n’échappe pas non plus à cette ascension du FN. Il a pu dans le passé faire des scores importants à Montpellier, mais lors d’élections nationales. En 2015, lors des départementales, il a progressé en pourcentage mais surtout en voix par rapport aux municipales de 2014 : il passe de 14 à 20 % et gagne environ 2700 voix.

La région Languedoc-Roussillon est la plus pauvre de France, avec le Nord Pas de Calais. Montpellier, derrière la vitrine, a un taux de pauvreté supérieur à celui de Marseille. Taux de chômage et de précarité record, bas salaires, difficultés pour se loger, la réalité sociale est bien éloignée de l’image idéalisée véhiculée par les élus locaux ou régionaux du PS et leurs agences de communication.

Ce déni de réalité, combiné avec des pratiques clientélistes et surtout avec la politique menée par le gouvernement « socialiste », finit de convaincre l’électorat populaire que le PS s’est définitivement éloigné du peuple.

Le FN surfe sur ce sentiment et se montre capable d’adapter son discours aux différents publics rencontrés. Il n’est, pour l’instant, pas gêné par les contradictions flagrantes, par exemple entre le message traditionnel adressé aux petits patrons et la promesse d’augmenter les bas salaires ou encore  entre le refus poujadiste de l’impôt et la défense des services publics dans les zones rurales.

La dynamique ascensionnelle lui permet aujourd’hui d’agglomérer sans trop de difficultés les divers mécontentements et d’élargir ainsi son audience. L’existence d’un leader charismatique et la désignation maintenue de l’immigré – arabe ou musulman – comme bouc émissaire permet de résoudre les contradictions programmatiques. Le programme concret ou immédiat de l’extrême droite importe d’ailleurs assez peu - au regard de l’idéologie générale - puisque il varie en fonction des circonstances et ne sert qu’à organiser la marche vers le pouvoir.

Pour la première fois depuis les années 30, une telle éventualité n’est plus à exclure.

Face à ça, il est vain et dangereux d’essayer de convaincre l’électorat du FN ancré très à droite depuis longtemps, en faisant de la surenchère sécuritaire, antimusulman ou anti-immigré. Valls pas plus que Sarkosy n’y ont réussi. Pire ils ont contribué à banaliser les discours de haine. 

Il est par contre encore temps d’éviter un basculement durable de l’électorat populaire déçu de la gauche, au mieux, dans l’abstention et la résignation, au pire dans le vote d’extrême droite. Pour cela, il est indispensable de refuser le chantage des dirigeants du PS pour unifier la gauche face au risque FN lors des prochaines régionales et présidentielles. Leur politique est la première responsable de la confusion des esprits et de la désespérance populaire.

À l’inverse, il est nécessaire de construire les mobilisations sociales et écologiques contre la politique gouvernementale. Un mouvement social d’ampleur pourrait permettre d’inverser la donne. Il tarde cependant à venir, les défaites passées, les conditions de la période le rendent difficile, d’autant plus que le poids du FN stérilise et détourne le mécontentement populaire.

Les diverses forces de gauche qui s’opposent à la politique d’austérité ont donc une lourde responsabilité. Unies et déterminées, elles peuvent et doivent atteindre le seuil de crédibilité nécessaire pour que ne s’installe pas durablement, au moment des élections comme au quotidien, le tripartisme mortifère PS-UMP-FN, où seul ce dernier fait figure d’opposition au système.

Certains résultats électoraux, dans notre région (voir ici) comme ailleurs montrent que atteindre ce premier objectif est possible même si le chemin sera plus long et difficile que ne le laissait espérer l’ascencion de Syriza puis de Podemos, dans deux pays où le souvenir des dictatures d’extrême droite est encore présent.

Les premières étapes, modestes mais indispensables, à réussir prochainement sont la mobilisation le 9 avril, à l’appel des organisations syndicales, et sur un temps plus long les Chantiers d’Espoir, afin de construire au delà du FdG le rassemblement de la gauche anti-austérité et une nouvelle dynamique populaire porteuse d’espoir.

David Hermet

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