Fillon, tu quoque…

A bas la Vème République ! Ils ne manquent pas ceux qui ont brandi cet étendard, dénonçant à tout va la nature autoritaire et anti-démocratique de cette Constitution voulue par de Gaulle. Vains efforts ! La Vème République non seulement a traversé les âges et les alternances, mais a progressivement aggravé ses traits les plus nocifs.

Et si Fillon, qui se veut héritier du Général, drapé de fidélité gaulliste et de lin blanc, était sur le point de lui porter le coup de grâce ? L'Histoire réserve parfois de ces surprises...

La clé de voûte de l'édifice, chacun le sait, c'est l'élection présidentielle.

Pour 2017, nous avons droit à la mise en œuvre de deux procédures.
L'une des primaires. On les a saluées comme le remède miracle au mal profond qui frappe les partis politiques, et au-delà la participation aux élections. Les Républicains et le Parti socialiste se sont pliés à l'exercice. Avec une ambiguïté : est-ce en finir avec les partis ou est-ce les relégitimer ?

L'autre de la rencontre avec le peuple. Sans la médiation ni des partis ni d'une procédure élective, il s'agit d'établir une relation directe entre le peuple et un homme ou une femme, qu'on dira providentiel. Cette fois il semble qu'on soit nettement dans la fidélité à l'esprit de la Vème République telle que voulue par de Gaulle (mais l'habit est, bien sûr, un peu ample)…

Voici, désignés via les primaires, François Fillon et Benoît Hamon, et dans l'ordre providentiel Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen… Ainsi que quelques outsiders désignés par leurs partis ou par eux-mêmes, mais dont tout indique qu'on a le droit de s'en désintéresser.

Le problème est ailleurs.
Le remède des primaires se révèle être un poison. Pour les deux partis régissant l'alternance, elles ont conduit à désigner un candidat en délicatesse avec eux. Pour Les Républicains, le bon candidat pour la présidentielle devait être Juppé. Ce fut Fillon. Pour le PS, Valls était à même, une fois Hollande retiré du jeu, d'assurer la continuité de la politique du parti. Ce fut ce frondeur de Hamon.

La majorité du PS considère que mieux vaudrait Valls que cet irresponsable de Hamon. Mais c'est bien Hamon que la primaire a désigné comme le « candidat du PS à la présidentielle ». Fillon plombé par les révélations désastreuses concernant ses intérêts privés conduit contre toute attente la droite à la défaite. Mais, fort de la légitimité de la primaire, il s'accroche.

Cette situation tend à donner raison aux candidats qui se sont émancipés des partis. Macron se présente comme n'ayant rien à voir avec le PS, puisqu'il a son mouvement « En Marche ! ». A la différence de 2012 Mélenchon n'a plus de comptes à rendre à ses alliés du Front de gauche, puisqu'il a son mouvement France Insoumise. Et Marine Le Pen…

Marine Le Pen précisément, c'est différent. Elle joue sur les deux tableaux : côté Le Pen, elle s'appuie sur un parti, le seul qui soit en pleine forme, côté Marine, elle est la voix du peuple et se laisse porter par la vague Bleue Marine… Marine Le Pen se revendique être la candidate anti-système et les sondages la placent en tête du premier tour.

Alors que la Vème République se délabre de toutes parts, que la démocratie est en piteux état, qui pourrait lui enlever l'espoir d'être hissée à la tête du système, « démocratiquement » élue, de par les mécanismes d'une Vème République saisie de folie ?

Cela face à un Macron, dont les postures anti-système ne convaincront guère…
Et aussi parce que François Fillon, au nom de la « légitimité » de son élection primaire, aura consommé la défaite jusqu'à la lie, et porté le coup qui tue à la République cinquième du nom.

Francis Sitel

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