Gagner plus au chômage qu’en travaillant ?

Pourtant dans le magazine Challenges, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud,poursuivi la stigmatisation des chômeur-euse-s , en affirmant qu’on pouvait « gagner plus en étant au chômage » qu’en travaillant. Toute une campagne laisse entendre que les chômeur-euse-s bénéficieraient d’avantages par rapport aux slarié-e-s pauvres, ce qui vise à isoler les chômeurs dans une période de crise sociale.

1. On gagne plus au chômage qu’au travail ?

Suite aux déclarations dans Challenges, le ministère à fourni un calcul qui semble donner raison à la ministre : un CDI d’un an payé au SMIC génère une allocation de 480€. Le calcul des droits au chômage se fait sur une base journalière, ce qui favorise le fractionnement des contrats courts : un CDD qui alterne contrats courts de quinze jours et périodes de chômage de quinze jours, touchera une allocation deux fois plus élevée, à savoir 960 euros. « Il y a là un problème d’incitation et d’équité », clame le ministère. 

Mais il faut être un chômeurs fraudeur particulièrement informé  pour cumuler des CDD de quinze jours et cela au moins pendant huit mois, délai qui ouvre droit à des indemnités chômage, contre quatre mois quand on a travaillé à temps plein.

Le CDI touche  480 euros sur douze mois alors que l’autre,  960 euros sur six mois. Et pour ça devienne avantageux , il faudrait  enchaîner ces CDD courts régulièrement sur une longue période. Mais dans ce cas l’employeur se met dans l’illégalité avec le risque d’ être condamné à la requalification du contrat en CDI  ( rappelons que c’est l’employeur qui embauche et non le salarié qui choisi). Il est vrai que de tels abus existent c’est ce que le MEDEF défend en refusant le système de Bonus malus contre les contrats courts ( tout en reconnaissant que c’est un désavantage pour les salariés à qui le MEDF propose une prime de précarité pour compenser).

La situation citée par Pénicaud est exceptionnelle pour ne pas dire quelle est une  pure spéculation : il n’existe pas de donnée sur le nombre et le coût  financier de ce mode de calcul fondé sur le salaire journalier de référence qui rendrait possible de tels cas

Par contre sur 33 milliards de prestations versées, l’immense majorité des assurés perçoivent des allocations inférieures à leur ancien salaire. Allocation chômage représente  de 75 % pour un salarié payé au Smic, mais il descend jusqu’à 57 % pour celles et ceux qui gagnent plus de 2 000 euros. De plus , moins de la moitié des inscrits à Pôle emploi sont indemnisés, pour un montant moyen de 1 020 euros nets par mois.
Contrairement à ce que dit Muriel Pénicaud, le travail reste toujours plus payant  que le chômage.

2. « La règle du cumul emploi-chômage n’incite pas à la reprise d’un travail »

Ce cumul a été négocié par les partenaires sociaux pour inciter à la reprise d’emploi partielle et favoriser ainsi un retour à l’emploi durable. Il est jugé indispensable pour éviter que les demandeurs d’emploi ne s’installent durablement dans le chômage.Toutefois cette incitation est limitée puisque le cumul ne peut être supérieur au montant de l’ancien salaire :   un chômeur qui cumule salaire et allocation gagne en moyenne 10 % de plus que ses seules allocations. Selon l’Unédic, cela donne lieu en moyenne à une indemnité de 540 € et un faible salaire de €.

Mais ces dispositifs  ont aussi  favorise aussi, revers de la médaille, l’explosion des contrats courts. Non pas du fait d’un choix des chômeur-euse-s  la plupart aspirent à des CDI à temps plein - mais parce que les employeurs y trouvent un intérêt : l’essentiel des CDD courts  (contrats d’usage, d’intérim, intermittence…) sont concentrés sur des secteurs professionnels  -tourisme, hôtellerie-restauration, entreposage, médico-social, construction, audiovisuel- où ils deviennent un mode de gestion habituel : sur les 45 millions de contrats de travail sont créés par an, 40 sont des contrats courts. Devant le coût pour l’UNEDIC de ces contrats génèrent  8,7 milliards par an, soit le doubles des économies demandées par le gouvernement à l’UNEDIC alors que les CDI dégagent 10 milliards d’excédents, le gouvernement prévoit un système de bonus ( pourquoi un bonus?) malus pour les entreprises qui abusent de l’assurance. Le refus du MEDEF ( qui pourtant condamnait le régime des intermittents du spectacle) indique bien que l’usage des contrats courts  est bien  un élément central de la stratégie patronale : la précarisation de l’emploi n’est pas une fatalité , ni une bonne gestion parce qu’elle coûte cher, mais un choix d’organisation du marché du travail capitaliste.

3. Il vaut mieux rester au chômage parce que les aides sociales sont plus élevées que les petits salaires

Tous les politiques nous disent que l’indemnisation du chômage est particulièrement élevée en France comparée à nos voisins européens.

C’est vrai si l’on ne tient compte que des seules allocations UNEDIC  comparées aux seules allocations chômage des autres pays : avec ses 57 % la France est dans le peloton de tête devant l’Allemagne et la Belgique qui sont autour de 40 % et loin devant la Grande Bretagne autour de 15 %.

Mais nous dit une note du Trésor, le revenu de remplacement ne peut se comparer ainsi ! La France est un pays où le revenu de remplacement des chômeur-euse-s  vient principalement des allocations ; Au contraire en Allemagne, en Autriche, en Irlande et surtout au Royaume Uni ce revenu est principalement lié à d’autres transferts : en Allemagne se sont surtout les exonérations d’impôts et au Royaume Uni d’autres aides et en particulier la politique familiale .

SI l’on prend en compte cee taux de remplacement net global les privilèges des chômeur-euse-s francais-es disparaît.  Avec 67 % ( comme l’Allemagne et l’Irlande) il est en France légèrement inférieur à la moyenne (69%) mais inférieur au Luxembourg (87%), au Danemark (84%), en Suisse (77%), en Finlande (76%), au Portugal (74%) et supérieur à l'Autriche (64%), l'Espagne (61%), la Suède (56%) et le Royaume-Uni (54%).

Les aides sociales fonctionnent de la même manière suivant le niveau de ressources comme l’APL par exemple, certaines excluent même les précaires sont privés de la prime d’activité ( pour partie, ou complètement, s’il n’atteignent pas un certain niveau de salaire.

Etienne Adam

https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/06acf002-014b-4dd5-bff5-bee...
Sandrine Foulon "peut on gagner plus au chômage qu'en travaillant?" Alteréco et sur France inter https://www.alternatives-economiques.fr/on-gagner-plus-chomage-quen-trav...

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