Gauche du PS, eh quoi de neuf docteur ?

Lundi 10 février, le Bureau National du PS a organisé un séminaire pour harmoniser l'expression sur le « Pacte de responsabilité » et « la politique de l'offre ». Ce même jour, « les gauches » du PS ont publié un appel commun, « Il n’y a pas qu’une seule politique possible », signés par Maintenant la gauche (Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann), Un monde d’avance (les proches de Benoît Hamon) et des membres de la motion 4 (majoritairement d’anciens proches de Ségolène Royal) ainsi que deux proches d'Arnaud Montebourg.

Exceptés quelques prises de positions individuelles éparses, c'est le mutisme qui l'avait emporté au sein de la gauche du PS depuis l'élection de François Hollande. Frappée par le syndrome de Stockholm, celle-ci a encaissé, sans grande réaction les 18 premiers mois du quinquennat socialiste : pacte de compétitivité, ANI, réforme des retraites, s'il y eut bien quelques grognements, peu de voix ont manqué à l'appel à chaque vote d'une loi à l'Assemblée Nationale. Ce texte marque donc une évolution collective. Il faut dire aussi que la trilogie de la rentrée 2014, vœux présidentiels puis conférence de presse du 14 janvier et enfin retrait en rase campagne de la loi sur la famille a de quoi donner le tournis.

Les signataires se posent en orphelin du discours du Bourget quitte à réécrire un peu l'histoire : « A l’occasion de la campagne présidentielle, François Hollande a, à juste titre, pointé la responsabilité historique du monde de la finance dans les difficultés que traversent notre pays et notre continent. Il avait porté haut et fort l’exigence d’une réorientation de la construction européenne, en dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité ». Une compréhension fort contestable d'une campagne, dont la phrase la plus significative fut adressée aux financiers de la City : « I'm not dangerous ». Réaffirmant un positionnement néo-keynésien traditionnel, l'appel rejette en des termes qu'on suppose diplomatiques pour ne pas dire très timides le nouveau credo de la politique de l'offre : « La focalisation exclusive sur la baisse du « coût du travail » ne constitue pas une réponse adaptée » ou encore « Les préconisations avancées jusqu’à présent sont déséquilibrées ». Cela révèle un certain sens de l'euphémisme. Et par bonté d'âme, on évitera de trop s'appesantir sur des phrases comme « en dépit de la salutaire rupture avec l’ère Sarkozy, l’orientation en matière de politique économique suscite des désaccords et des inquiétudes dans nos rangs ». Loin d'une rupture, c'est bien à la continuité et à l'approfondissement d'une politique libérale que sont confrontés les français.

Disons le, ce texte relève du minimum syndical. Bien sûr, son existence est préférable au maintien du silence radio mais le plus surprenant, ce n'est pas qu'il y ait une réaction, c'est la faiblesse de celle-ci et son manque de propositions. L'appel indique que « Le PS doit jouer pleinement son rôle. Pour la réussite de la gauche au pouvoir, il faut un Parti autonome, force de propositions, relais des aspirations mais aussi des mécontentements. C’est une des conditions de la réussite commune ». Le séminaire du 10 février conté avec humour et dans le menu détail par Gérard Filoche montre que ce n'est pas gagné en ce qui concerne la qualité du débat entre camarades socialistes. Surtout, le texte se conclut par un curieux appel à l'unité de toute la gauche : « Il n’y a aujourd’hui de salut pour la gauche française que dans la construction de convergences entre les forces politiques et sociales qui la composent. Au moment où une partie de la droite radicalisée fait jonction avec une extrême droite plus menaçante que jamais, le rassemblement de la gauche est une ardente obligation ». Et pour que cela soit bien clair  Pouria Amirshahi assume « un appel sans aucune réserve » au Front de gauche : « Ces enjeux dépassent de loin les querelles de chapelle, que ce soit dedans ou dehors le Parti socialiste». Le rassemblement, ne peut se faire sans contenu. Au moment où le gouvernement socialiste mène une politique alignée sur le Medef et se fait instrument des contre-réformes libérales, le renouveau de la gauche passe par la défaite de cette politique.

Les responsables du PS signataires de ce texte sont désormais face à leurs responsabilités. Membres du Parti Socialiste, ils le sont bien sûr par convictions et il est logique qu'ils souhaitent redresser leur parti. De l'extérieur, cette ambition peut paraître vaine, mais le choix leur appartient. En revanche, certaines questions méritent d'être clarifiées. Poursuivre sa participation gouvernementale comme le fait Benoît Hamon, est-il de nature à donner du crédit à cette appel ? A l'évidence non et ce n'est ni l'importance du portefeuille, ni le poids de la gauche du PS sur la politique gouvernementale qui pourrait le justifier. Mais au-delà d'un cas individuel, la gauche du PS a d'autres moyens qu'elle se refuse à utiliser. En première lecture de la loi sur les retraites, 17 parlementaires socialistes, ainsi que 16 écologistes s'étaient abstenus. L'abstention a certes été l'expression d'un désaccord, il a surtout permis l'adoption de la loi. Enfin, il n'y aura pas de modification de la politique gouvernementale sans interventions populaires. Se battre contre le pacte de responsabilité suppose un engagement à construire une mobilisation sociale ou alors il ne s'agit que d'une posture.

Pour l'instant, la solidarité de parti a prévalu, jusqu'où et à quel prix ?

Guillaume Liégard

 

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