Gaza : plus que jamais nécessaire d’être mobilisés et unis !

Calomnies, provocations et atteinte aux droits démocratiques par un gouvernement pyromane

Même le quotidien conservateur britannique Daily Mail ne revient pas de ce qu’il qualifie comme « une attaque dangereuse contre la démocratie »[1] : le gouvernement « de gauche » Hollande-Valls a bel et bien interdit des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien massacré par les bombes de l’Etat d’Israël !

Ce gouvernement a donc enchaîné en quelques semaines l’alignement sur le MEDEF pour la « conférence sociale », l’abandon lamentable de l’ABCD de l'égalité face à la cabale des secteurs les plus réactionnaires de la société et, désormais, l’alignement sur un gouvernement israélien de guerre issu des franges dures de la droite.

La semaine que nous venons de passer a été l’objet d’une campagne intense de désinformations et de provocations pour préparer le terrain à cet alignement. Dès le 13 juillet, le gouvernement, la mairie de Paris et de nombreux organes de presse se faisaient le relais d’une « attaque » de la synagogue de la rue de la Roquette à Paris par « des manifestants pro-palestiniens ». Cette version des faits a été immédiatement démentie par des manifestants, des organisateurs et des responsables d’organisations ayant appelé à la manifestation.

Il s’avère désormais que, non seulement cela n’a pas été le cas, mais qu’il s’agit d’une provocation menée par le petit groupuscule raciste Ligue de Défense Juive (LDJ) dont les militants ont attaqué des manifestants derrière les CRS puis se sont réfugiés dans la synagogue sans que celle-ci soit touchée. A ce propos, citons à nouveau le Daily Mail, journal qui n’est pourtant pas de notre bord : « La semaine dernière, il y a eu des fausses accusations selon lesquelle des synagogues avaient été attaquées à Paris par des manifestants pro-palestiniens. En fait, les vidéos montrent des militants armés d’un groupe nommé la LDJ attirant les manifestants dans des affontements. »   [2]

Alors que des manifestants ont été condamnés à des peines de prison ferme, aucune poursuite n’a été entamée contre le moindre militant de la LDJ, et cette provocation initiale ne fut même pas évoquée par des membres du gouvernement. La demande par le Parti de Gauche d’une commission d’enquête parlementaire n’a été accueillie que par le silence du PS. La campagne de calomnie a donc été couronnée par l’interdiction de manifestations le 19 juillet.

Au final, le gouvernement français a tout simplement couvert les agissements de petits groupuscules d’extrême droite juifs pro-israéliens afin de légitimer son alignement sur le gouvernement israélien.

Le 19 juillet, les manifestants ont relevé le défi gouvernemental

Face à ce monstrueux défi lancé par le gouvernement contre la solidarité avec la Palestine et contre les libertés démocratiques en général, plusieurs milliers de personnes indignées ont relevé le gant et tenu à braver cette interdiction. Ensemble ! a bien entendu pris la décision de participer à la manifestation parisienne interdite ainsi que dans les nombreuses autres mobilisations (autorisées ou non) qui se sont déroulées en France.

En ayant interdit la manifestation, le gouvernement français s’est comporté comme un pyromane.

Il a certes ainsi obtenu une participation moindre sur Paris : nous étions autour de 5 000 contre environ 15.000 la semaine précédente. Logiquement, de nombreux manifestants n’avaient pas voulu courir de risque, de venir en famille… anticipant sur une répression. Celle-ci a été bien réelle avec un cortège bloqué et des tirs de gaz par la police, entraînant l’éclatement de la manifestation. Cela s’est également traduit par des interpellations avec des procédures judiciaires en cours et par rapport auxquelles la gauche sociale et politique doit se mobiliser.

En précarisant l’organisation de la manifestation, le gouvernement a aidé les éléments les plus démagogiques et obtenu une suite d’affrontements post-manifestation entre des petits  groupes et la police dans le 18ème arrondissement.

Ainsi, le nombre de manifestants a diminué entre une manifestation légale et une illégale, quel « succès » !… et, surtout, la couverture médiatique et le discours sont rodés pour renforcer le cercle vicieux liberticide.

Mais à quel prix ?  Le gouvernement français n’a juste réussi qu’à se rendre odieux envers ceux qui se veulent se mobiliser contre le massacre en cours et son attitude est tellement illégitime que même les organes de presse européens, qui ont pourtant l’estomac bien accroché, expriment leur malaise.

En somme, malgré les interdictions, la solidarité avec la Palestine s’est exprimé dans les rues françaises et, de plus, l’appréhension de voir les manifestations « récupérées » par des groupuscules fascisants du type Egalité et Réconciliation n’a absolument pas été vérifiée.

Insuffisances de la mobilisation actuelle : la nécessité de l’unité

Il s’agit d’un succès indéniable. Mais ce succès et l’attitude infâme du gouvernement ne doivent pas masquer les problèmes et insuffisances de la mobilisation en cours.

Il faut se garder de l’illusion que le caractère très minoritaire des organisations ayant appelés à manifester le 19 n’est pas un souci.

La manifestation du 13 juillet avait certes mobilisé en masse principalement des jeunes « non-affiliés » à partir d’un spectre également d’appelants relativement réduit (mais tout de même un peu plus large). Mais justement, l’absence d’un cadre commun plus large (mais également pluraliste, ne cachant pas des divergences qui peuvent exister) est un élément de faiblesse qui a facilité la tâche au gouvernement, notamment pour sa propagande et ses décisions anti-démocratiques. En amont de la manifestation du 19, nous avions donc déjà encaissé un recul, qui n’a pas été dramatique, par notre capacité à braver l’interdiction. Or, participer à une minorité digne et combative est une ambition trop étroite face à l’ampleur du drame gazaoui et de l’offensive anti-démocratique du gouvernement (qui, n’ayons aucun doute là-dessus, n’hésitera sûrement pas à reconduire ce genre de décision pour d’autres sujets). Pour assurer une participation plus large il faut, d’une part, éviter la frilosité face au caractère éminemment positif de l’appropriation de la question palestinienne par une nouvelle génération et, d’autre part, rechercher la convergence autour de mots d’ordre fédérateurs qui battent en brèche la politique de l’Etat israélien.

En somme, pour changer la donne nous avons besoin d’un front uni contre le gouvernement criminel de Netanyahu, le gouvernement français qui s’aligne sur lui, les groupuscules d’extrême-droite pro-israélien et les ennemis de la cause palestinienne que sont les groupes antisémites.

Emre Öngün

[1] http://www.dailymail.co.uk/news/article-2697194/Outrage-France-country-w...

[2] « There were false claims made last week that synagogues in Paris had been targeted by pro-Palestinian demonstrators. In fact videos showed armed vigilantes from a group called the Jewish Defence League (LDJ) baiting demonstrators into fights.”

 

 

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