Grèce : « Le 25, on vote ! Le 26, ils s’en vont »

Dans toute l’Europe, la presse s’est fait l’écho d’un prétendu rétablissement de la situation économique de la Grèce, qui lui permettrait de revenir sur les marchés pour y emprunter à nouveau. La réalité de la crise économique et sociale est bien différente et les élections du 25 mai sont une échéance fondamentale pour l’évolution de la situation politique en Grèce. Ensemble donne ici la parole à Vangelis Goulas, représentant à Paris de Syriza.

Quelle est la réalité de la situation économique et sociale en Grèce ?

Le gouvernement grec et la presse se félicitent de ce « retour sur les marchés ». A la veille du 25 mai, ils en font une success story à usage électoral. Mais ils oublient de dire que ce sauvetage des banques, qui peuvent à nouveau emprunter, s’est fait sur le dos du peuple grec et à eu un coût social immense. A coups de mensonges sur le coût du travail, la rigidité du marché du travail, le caractère exorbitant des protections sociales, discours que l’on entend à travers toute l’Europe, ils ont réussi à imposer un salaire minimum de 581€, à supprimer, ou presque, les cotisations patronales, à détruire la santé publique. Et tout ça pour quoi ? En quatre ans, le PIB de la Grèce est passé de 211 milliards d’€ à 171 milliards d’€ et la dette publique de 125% du PIB à 171%, soit 317 milliards d’euros. Plus de 50 milliards de fonds publics ont été dépensés pour recapitaliser les banques, aujourd’hui, le gouvernement a décidé de vendre ses participations pour 18 milliards, spoliant ainsi le peuple grec de près de 40 milliards d’euros. Le chômage touche 28% de la population active, 62% chez les jeunes de moins de 26 ans, les salaires ont chuté de plus de 40% et le nombre de sans abri est estimé à plus de 40 000 personnes, suite aux expropriations des familles endettées. On peut parler de catastrophe humanitaire. C’est ça la réalité de la politique préconisée par la Troïka.

Où en sont les luttes sociales ?

Les luttes sont importantes, dans chaque secteur, dans chaque région, mais elles ne sont pas centralisées comme en 2010. Il n’y a pas actuellement de grandes mobilisations. Mais on sent grandir une rage souterraine qui s’exprimera par les urnes.

Le 25 mai, il y a plusieurs échéances électorales ?

Nous disons : « trois urnes, un seul message ». Européennes, régionales, municipales, sanctionner cette politique ! Dès le 18 mai, premier tour des municipales, on verra comment se positionnent les forces en présence et si les sondages, qui placent régulièrement Syriza et les listes qu’il soutient en tête, seront vérifiés. Du côté des partis de droite, Nouvelle Démocratie, et du Pasok, c’est la panique qui s’installe. Les attaques contre Alexis Tsipras et Syriza s’intensifient. Soit Tsipras est présenté comme l’héritier de Staline, soit, au contraire, la presse présente Syriza comme un parti modéré, comme les autres, pour lequel il n’y aurait aucun intérêt à voter ! Ils misent sur l’abstention. Du côté du Pasok, la panique est telle qu’ils n’osent même plus se présenter sous leur nom, mais sous celui de l’Olivier. Par ailleurs, la répression s’accroît. En plus des actions de la police contre les manifestations, un décret vient d’être pris qui interdit aux syndicats, unions et associations professionnelles, de diffuser des messages politiques pendant la période électorale, suite à une affiche et un clip de l’union des pharmaciens qui refusait de voter pour les partis qui voulaient faire vendre les médicaments en grande surface… Localement, la campagne est assez tendue, quelques bureaux de Syriza ont été attaqués, mais Syriza est la seule force qui peut se permettre de tenir des meetings en plein air, chaque soir, dans tout le pays.

La campagne d’Alexis Tsipras est aussi une campagne européenne ?

En tant que candidat présenté par le PGE, Alexis Tsipras est présent à toutes les initiatives des listes du PGE à l’occasion de cette campagne. Exposer à travers l’Europe les résultats concrets, réels, de la politique néo-libérale impulsée par Angela Merkel, expliquer comment, en Grèce, il est possible de battre cette politique, de désobéir à l’Europe, c’est faire le lien entre les échéances nationales et les échéances des luttes en Europe.

Que se passera-t-il le 26 mai ?

Qu’ils s’en aillent tous ! La première place de Syriza aux européennes et sa victoire significative aux municipales et régionales signerait le début de la fin de ce gouvernement qui ne tient plus qu’à deux voix de majorité. Les élections législatives sont prévues normalement en 2015, mais il est inconcevable que cette rage souterraine, exprimée dans les urnes, doivent attendre encore un an, à supporter les agissements anti-démocratiques des partis gouvernementaux et la perte du pouvoir du Parlement qu’ils sont en train d’instaurer.  Le résultat du 25 mai, ce sera l’ouverture d’une crise gouvernementale de grande ampleur dans laquelle Syriza est prêt à jouer tout son rôle.

         

 

            

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