Grève ouvrière en Chine

Une usine de 70 000  ouvriers, ça existe encore. Et quand elle se met en grève, à Dong Guan, dans la métropole de Canton, cela ne passe pas inaperçu. Dong Guan est la capitale chinoise de la fabrication de chaussures, 2000 entreprises, environ 160 000 employés. La plus important d’entre elles, Yue Yuen, appartient à un groupe taïwanais et produit pour les marques internationales Nike, Adidas, Reebok, Puma, Asics et Timberland.

Le 5 avril, une première grève a paralysé cette usine et près de 40 000  ouvriers ont cessé le travail pour exiger de la direction de la multinationale le respect de la législation sur les assurances sociales et le logement. En effet, la direction n’avait pas payé les cotisations sociales correspondant aux assurances maladies ni au fond pour le logement ouvrier, pour un montant estimé de 117 millions d’euros ! Elle n’avait pas, non plus, informé les salariés de leurs droits aux prestations sociales, les empêchant ainsi, par exemple, de faire transférer leurs droits aux prestations dans le cas de déménagement d’une province à l’autre. Ce point est particulièrement important quand on sait que les travailleurs de Yue Yuen proviennent en majorité d’une des régions les plus pauvres de la Chine, le Sichuan, et qu’ils risquent ainsi de perdre tout droit à la retraite et à l’assurance maladie.

Après une première journée de grève et d’occupation, la direction n’a pas pleinement satisfait aux revendications des ouvriers de Yue Yuen, qui se sont remis en grève depuis le 14 avril. Une manifestation de 10 000 personnes s’est déroulée dans les rues de Dong Guan, en direction du gouvernement local, afin de demander aux autorités d’intervenir en tant que médiateur dans le conflit. A l’approche des bâtiments officiels, le cortège a été brutalement dispersé par la police anti-émeutes. Devant les vagues promesses de la direction, 30 000  ouvriers occupent l’usine depuis le 16 avril. De nombreux affrontements ont eu lieu, causant plusieurs blessés parmi les ouvriers.

La compétitivité a donc un prix, celui du quasi esclavage et de l’absence de protection sociale. Mais cette grève, sur le site de production d’une grosse multinationale, qui fait suite à celles qui ont déjà eu lieu dans les secteurs de l’électronique, du jouet et de la mécanique  montre que la mondialisation de la production s’accompagne désormais de la mondialisation des luttes. Les exigences patronales en Europe, pour plus de « compétitivité » des entreprises, pour  plus de « fluidité » du marché du travail, pour un moindre « coût » du travail n’ont de sens, pour le patronat,  que si l’on se compare à ces pays où les droits sont bafoués, les organisations ouvrières réprimées. C’est pourquoi, la solidarité avec les travailleurs des pays du Sud est indispensable, pour ne pas céder aux chantages à la délocalisation, à la baisse des salaires et des prestations sociales, à la liquidation des droits syndicaux.

A propos, on apprend, le 18 avril, que les résultats de la société de cognac Rémy Cointreau, fleuron du groupe LVMH seront en baisse en 2013. Pourquoi ? A cause des lois anti-corruptions en Chine, qui ont largement supprimé la pratique des cadeaux d’entreprise ! On va pleurer ?

Mathieu Dargel

Infos sur : https://www.chinalaborwatch.org

Article