Hollande en Arabie Saoudite : une alliance au mépris des peuples

Le voyage que François Hollande vient d’effectuer les 29 et 30 décembre en Arabie Saoudite confirme qu’il restera dans l’Histoire comme un Président à contretemps des aspirations des peuples.

Ce voyage destiné à renforcer une alliance stratégique avec la théocratie réactionnaire des Saoud, montre que les dirigeants socialistes n’ont tiré aucune conclusion du bouleversement historique majeur qu’ont amorcé les révolutions arabes. François Hollande s’inscrit dans la lignée des dirigeants français préférant renforcer les relations avec les pouvoirs dictatoriaux à la suite de Chirac avec Moubarak et Ben Ali ou de Sarkozy avec Bachar El Assad et Kadhafi.

Le régime saoudien avait pourtant été ébranlé par la dynamique des révolutions populaires qui a marqué la région depuis trois ans et craignait qu’elle ne se développe en son sein, alors que la jeunesse saoudienne, massivement diplômée mais sans réelle perspective d’avenir, constitue un élément inflammable qui effraie le pouvoir saoudien. Ce dernier avait également été, en 2011, à l’initiative d’une répression militaire féroce contre le peuple de Bahreïn qui s’était soulevé. Mais ce n’est pas le souci de François Hollande qui pendant son voyage avait des préoccupations toutes différentes : faire des affaires, notamment vendre des armes, et renforcer l’influence de l’Etat français dans la région.

Côté business, l’Arabie Saoudite constitue un partenaire économique important pour la France. Sur la période 2003/2013, c’est le 1er importateur d’armes françaises. Soucieux de diversifier leurs ressources énergétiques, le régime saoudien prévoit également la construction de 16 réacteurs nucléaires dans les prochaines années (soit un énorme contrat évalué entre 70 et 100 milliards de dollars). Un enjeu de taille pour Areva et EDF et qui est suivi avec soin par le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg. Préoccupations plus « sérieuses » que de parler des droits de l’homme dans un pays où la situation, selon Amnesty International, est « dramatique » et où la « répression s’est encore accrue » ces derniers mois (avec les pratiques de torture, flagellations, amputations…).

L’objectif primordial du voyage de François Hollande en Arabie Saoudite est de renforcer le « partenariat stratégique » entre les deux pays dans la politique mise en œuvre dans la région. Le régime saoudien qui prétend jouer le rôle de leader du monde arabe, entretient une rivalité profonde avec l’Iran et est contrarié par les négociations entre les Etats Unis et l’Iran qui pourraient rendre possible dans les prochaines années une réaffirmation de la puissance iranienne dans la région. Sur le dossier syrien, les convergences sont fortes entre les socialistes français et le pouvoir royale qui souhaiterait la mise place d’un gouvernement qui lui serait favorable. La décision du régime saoudien de prêter 3 milliards de dollars au gouvernement libanais pour qu’il puisse acheter des armes française illustre comment cette logique de rivalités entre Etat nourrit la militarisation de la région et renforce le risque de conflits armés alors que le Liban est traversé par une crise politique majeure et subit de plein fouet l’impact de la guerre en Syrie.

Une politique dangereuse que François Hollande met en œuvre et qui pourrait avoir des conséquences dramatiques dans la région.

François Calaret

 

 

 

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