Hollande en Arabie Saoudite : une alliance lourde de dangers

François Hollande aime à se donner une image martiale, à prendre la pose du « chef de guerre ». Le déclenchement de l’intervention militaire au Mali contre les groupes terroristes qu’il prétendait « détruire »  avait été « le jour le plus important de sa vie ». Le journaliste Vincent Nouzille vient même de révéler dans son ouvrage « Les tueurs de la République » que François Hollande est le président de la République qui a le plus massivement recours à l’élimination physique par les services secrets (hors de tout cadre légal et sans aucun contrôle démocratique) de présumés « terroristes ». Faire la guerre au terrorisme semble être devenu l’horizon unique du chef d’État.

À son activisme militaire, François Hollande peut ajouter un succès diplomatique avec sa participation – inédite pour un chef d’État non membre – à la réunion du Conseil de Coopération des États Arabes du Golfe le 5 mai 2015. Cette visite marque une nouvelle étape (« le point de départ d’un partenariat privilégié entre la France et les États du CCEAG » selon la déclaration officielle française) dans l’alliance entre l’État français et les régimes arabes les plus réactionnaires. Pour la France, les enjeux de cette alliance sont d’ordre économique, sécuritaire et géopolitique.

Économique, avec des possibilités de contrats importants. La vente de 24 avions Rafales signée la veille avec le Qatar (après les ventes engagées avec l’Égypte, l’Inde et peut être demain les Émirats Arabes Unis) n’est que l’aspect le plus médiatique. Plusieurs milliards d’euros à travers 20 contrats globaux sont en jeu (notamment dans le nucléaire, l’armement, la santé, les transports…). Le royaume saoudien est d’ailleurs le premier client de la France pour la défense et le nucléaire.

Sécuritaire, avec le renforcement de la coopération entre les services de renseignement français et leurs homologues des  pétromonarchies (qui existe de longue date depuis l’intervention du de militaires français en 1979 contre  des opposants occupant la mosquée de la Ka’Ba et fortement amplifiée avec la création d’un Bureau de la DCRI directement à Riyad en 2010 par Nicolas Sarkozy).

Mais la dimension la plus décisive et sans doute la plus lourde de conséquences pour l’avenir est l’engagement confirmé de l’État français au côté de l’Arabie Saoudite notamment dans sa rivalité avec l’Iran, lequel bénéficierait fortement de la conclusion d’ici fin juin 2015 d’un accord avec les États-Unis sur le nucléaire. Cette convergence s’appuie en particulier sur une opposition partagée par l’État Français et la monarchie saoudienne envers l’Iran et son allié syrien Bachar El Assad. Le journaliste du Figaro Georges Malbrunot affirme que « sur le dossier syrien, Paris et le Golfe sont globalement d’accord pour faire de l’ancien vice-président sunnite Farouk al-Charaa, assigné à résidence à Damas, le prochain homme fort en Syrie ». Que le peuple syrien ait son mot à dire n’est pas la préoccupation de François Hollande. Sa priorité, à la suite de ses prédécesseurs, est avant tout de confirmer l’influence de la France dans la région et notamment sur le Liban, historiquement considéré comme partie prenante du « pré carré » français (et qui a fait l’objet d’un contrat de 3 milliards d’euros de matériel militaire français). Le conflit au Yémen engagé par l’Arabie Saoudite est le deuxième terrain de collaboration avec la France (qui a déjà en 2009 avait contribué à l’intervention militaire saoudienne contre le mouvement « Houthiste »), dans un pays que Riyad a toujours considéré comme sa zone d’influence privilégié.

Pour l’Arabie Saoudite, le développement des relations politiques, économiques et militaires notamment avec la France depuis une dizaine d’années répond au besoin de diversifier ses relations internationales et de ne pas dépendre uniquement du pacte historique conclu avec les États-Unis depuis 60 ans. Mais le régime saoudien n’a jamais hésité à « sacrifier » ses relations avec l’État français pour privilégier son alliance avec les États-Unis.

En renforçant ses alliances avec les monarchies du Golfe et en contribuant à la militarisation massive de la région, la politique de l’État français s’engage dans une logique lourde de crises et de conflits que personne ne peut prévoir, ni maîtriser. Obnubilée par sa propre influence, elle alimente la rivalité entre les régimes saoudiens et iraniens, qui partagent tous deux la crainte de leurs peuples dont les droits démocratiques et sociaux sont bafoués.

Cette politique paraît en France aujourd’hui incontestée et ne pas même faire l’objet de débat. Mais le soutien aux régimes rétrogrades, totalement à l’opposé des aspirations à la démocratie et à la justice sociale que les révolutions arabes ont exprimées, a un prix qui finit toujours par se payer. Il est plus que jamais nécessaire de montrer qu’une autre politique étrangère de la France est possible. Le point de départ en serait le respect des droits des peuples à décider par eux-mêmes de leur avenir (notamment les peuples syriens, kurdes et palestiniens en lutte) et le refus du soutien aux interventions militaires qui alimentent de nouvelles crises (en tout premier lieu l’intervention saoudienne au Yémen et l’intervention militaire menée par les États Unis en Irak).

François Calaret, le mercredi 6 mai 2015.

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