Hollande et Gattaz : le duo infernal...

Le 4 janvier, P. Gattaz a répondu banco à F. Hollande qui, dans son allocution du 31 décembre dernier, avait proposé un « pacte de reponsabilité » au Medef.

Le Président de la République a bien oublié son adversaire désigné au meeting du Bourget pendant la campagne présidentielle : la finance.

Depuis, les gages donnés au patronat sont nombreux, et pas seulement à l'occasion du vote des lois de finances.

Le pacte de compétitivité lancé suite au rapport Gallois de novembre 2012, avec son corollaire la baisse du coût du travail, a tracé la voie.

Aujourd'hui, avec le « pacte de responsabilité », F. Hollande promet la baisse des charges sociales, des dépenses publiques, moins de contraintes administratives en échange d'embauche et de plus de dialogue social. Il a répondu positivement à P. Gattaz et à son « pacte de confiance ».

Celui-ci, saisissant la balle au bond, en a profité pour rappeler ses exigences d'une diminution de 100 milliards d'euros des dépenses publiques, économisés à part égale sur le coût du travail et sur les impôts. Il a bien retenu que F. Hollande n'a pas hésité à mettre en cause « les excès et les abus » dans le coût de la protection sociale. Aussi,  à la traditionnelle revendication du Medef de transfert des allocations familiales vers l'impôt, soit 36 milliards, P. Gattaz veut en plus rajouter l'assurance maladie : c'est le démantèlement de la sécurité sociale et son remplacement par des assurances privées qui se voit offrir de nouvelles perspectives.

De même, la revendication d'une baisse des dépenses publiques signifie des suppressions d'emplois dans la fonction publique, des chômeurs en plus et des postes en moins pour les jeunes sortant de formation.

2014, l'année de tous les dangers

On connaissait déjà les exonérations de cotisations sociales sur les salaires à hauteur de 1,6 Smic. Elles représentaient 27,6 milliards d'euros en 2013, selon l'ACOSS (Caisse nationale des URSSAF), compensées à 90% par l'Etat, c'est-à-dire par les impôts des contribuables. Elles n'ont en rien permis de faire baisser le chômage.

Vont se rajouter les 20 milliards du crédit impôt compétitivité emploi (CICE,) financé pour partie par la hausse de la TVA au 1er janvier, qui coûtera à chaque citoyen 400 euros par an selon le collectif unitaire mis en place après la manifestation du 1er décembre.

Avec son « pacte de responsabilité », F. Hollande ouvre un nouveau chantier en faveur des entreprises.

L'emploi, les services publics, la protection sociale seront les victimes de cette politique de plus en plus libérale.

A lieu de partir en guerre contre "les excès et les abus" de la sécurité sociale, F. Hollande et son gouvernement feraient mieux de s'attaquer aux causes qui empêchent 1 habitant sur 5 de se soigner, selon le Centre d'études et de connaissances de l'opinion publique (CECOP). Le coût des médicaments, l'insuffisance du rembourseement, l'éloignement des centres hospitaliers du fait de la disparition ou du regroupement des hôpitaux de proximité en sont les principales causes.

Très pointu dans ces exigences de réduction des dépenses publiques et des charges sociales, le président du Medef  l'est beaucoup moins quand il s'agit de création d'emplois. Il s'était vanté de créer en échange 1 million d'emplois en 5 ans. Mais dans son interview du 4 janvier, il se borne à indiquer que c'est un objectif, sans plus de précision.

En fait, quand le Medef exige moins de contrainte, il faut sutout comprendre développement du travail précaire, à temps partiel, des facilités supplémentaires pour licencier. En faisant voter la loi transposant l'ANI, le gouvernement a pourtant déjà beaucoup accru la flexibilité de l'emploi. Mais, le Medef en veut toujours plus.

Avec 17 000 chômeurs officiellement comptabilisés en plus pour novembre dernier et une hausse de 150 000 du nombre de privés d'emploi depuis janvier 2012, on voit bien que l'inversion de la courbe du chômage n'est pas au rendez-vous.

F; Hollande tourne le dos aux organisations syndicales et ouvre les bras au Medef. Austérité, politique libérale et dérèglementation des conditions de travail, les électeurs qui ont voulu battre Sarkozy en 2012 n'ont pas voté pour ça.

Aussi bien dans les échéances électorales à venir (municipales et européennes) que dans les mobilisations à construire, il faut développer et populariser de toute urgence une campagne pour une politique alternative à celle du « président des entreprises », une campagne qui soit en phase avec les préoccupations des salariéEs et de la population : assurer le succès de la pétition contre la hausse de la TVA, mobiliser pour le SMIC et les minimas sociaux à 1700 euros, populariser et obtenir l'interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits et/ou distribuent des dividendes, la réduction du temps de travail sans baisse de salaire, le droit de préemption des salariéEs pour reprendre une entreprise sous forme coopérative.

Ce sont quelques exigences, non limitatives, d'une politique tournée vers les besoins des salariéEs, et non pas vers les capitalistes et les actionnaires comme le fait le gouvernement actuel.

Michel Gautier

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