Hommages de "Ensemble" à Jean-Luc Einaudi.

Notre ami et camarade, Jean-Luc Einaudi nous a quitté.

Historien, enquêteur citoyen, comme il aimait le dire, il est décédé le 22 mars à la suite d'un cancer fulgurant. Son humanisme, son combat pour la dignité et la mémoire des humbles héros de notre temps, de ces résistants à la barbarie, sa bataille pour la vérité des crimes d'état marqueront notre époque.

Écrivain, avec ses nombreux livres, il est auteur de la " La bataille de Paris", et sa nouvelle édition augmentée, Octobre 1961, qui a décortiqué les jours sombres où il décrit le massacre d'Algériens, entre autre, lors de la manifestation du 17 octobre. Il n'aura de cesse d'enquêter, surtout auprès de témoignages et d'archives (qui lui seront parfois interdites), sur la politique de la colonisation de l'Etat français et ses actes qui ont entraîné des crimes envers les individus et contre l'humanité.

C'était, c'est pour nous, un homme tellement bien, libre et d'une grande tolérance, très aimé de tous ces camarades, amis et voisins, il nous manque déjà, nous avons une pensé d'amitié et de soutien pour sa femme Christine et sa fille Elsa.

Une cérémonie aura lieu au cimetière du Père-Lachaise, salle la coupole, ce vendredi 28 mars à 14h30.

Gilles Monsillon

 

L’émotion et le chagrin tordent, en-dedans, chacun d’entre nous. En cette douloureuse circonstance, nos pensées affectueuses vont à Christine, sa femme, et Elsa, sa fille. 

Inlassable citoyen-quêteur des histoires humaines pour l’émancipation, totalement dévoué à la cause des combattants anticolonialistes pour la liberté, Jean‐Luc Einaudi est parti brutalement le 22 mars. Cruauté de la vie, un cancer fulgurant l’a emporté loin des siens, à jamais loin de notre affection.

De compagnie adorable, Jean-Luc était devenu un ami. Il en comptait des tonnes. Comment ? Le hasard des rencontres. Inclus dans le « staff » de Pierre Juquin, en 1987-88, au titre des « Rénovateurs communistes », je fréquente évidemment Jean Brugié. Je connais Jean depuis environ treize ans. Les problèmes de Défense et ceux des industries d’armement nous avaient rapprochés. Sous le coup de la rupture avec le PCF, je me raconte à Jean. Il m’écoute radoter mes peines et colères. Je lui parle bien sûr de Fernand Iveton. Agé de quinze, apprenti à l’arsenal de Brest, l’exécution de cet agent de l’Électricité-Gaz d’Algérie, pied-noir, communiste du PCA, m’avait révolté et traumatisé. Avant l’aube, elle avait précédé celle de deux autres partisans algériens. Comble de l’horreur, Fernand n’avait ni blessé, ni tué. Affreusement politique, la guillotine prenait son pied dans le découpage en deux des fellaghas et combattants de l’indépendance algérienne. François Mitterrand était alors ministre de la justice. Jean me dit connaître un gars qui a écrit pour éclairer la tragédie Fernand Iveton.

Le contact est établi. Avec Jean, je découvre Jean-Luc, un type chaleureux, pétri de modestie discrète. Bien qu’il s’en défende, Jean-Luc est l’auteur d’un immense travail d’historien, précis et méticuleux. Je dévore son livre « Pour l’exemple, l’affaire Fernand Iveton », remarquablement préfacé par Pierre Vidal-Naquet. Un travail lumineux qui illustre l’ignominie et replace le drame dans son contexte international. Bref, un livre qui vous remue les tripes et vous serre les poings. Cependant, probablement essentielles, « La bataille de Paris » et la mise à jour renouvelée des crimes d’Etat perpétrés le 17 octobre 1961, à Paris, sous la houlette du sinistre Papon, rayonneront longtemps au cœur de notre solidarité indéfectible avec le peuple algérien. Certes, je professe également un faible pour son livre sur l’Indochine. Normal, Jean-Luc y évoque aussi l’engagement pour le moins singulier et courageux de l’officier communiste Jean Brugié, lui aussi disparu.

Comment, bien que devant honorer les contraintes de sa profession, Jean-Luc surmontait-il les nombreux obstacles qui s’opposaient à son accès aux archives et témoignages ? Je regrette de ne pas l’avoir enregistré, Jean-Luc me répondait de bonne grâce. Ses réponses révélaient un homme particulièrement ingénieux, patient, déterminé et pugnace. Ses plus farouches adversaires n’ont jamais pu le mettre en difficulté. Pourtant, l’objet de ses investigations était politiquement sensible. C’est la preuve de son grand professionnalisme et de son humanisme débordant.

Jean-Luc nous lègue une œuvre remarquable. Faisons-la connaître, lire et discuter. Nos combats contre les reliquats nauséabonds du colonialisme et pour la dignité et la liberté des humains s’en trouveront renforcés.

Adieu Jean-Luc. Tu vivras dans nos cœurs et luttes. 

Louis Aminot

 

Article