Hostérité à l'hôpital, ya basta ! Dans la rue le 23 !

La colère monte dans les établissements hospitaliers publics depuis plusieurs mois.

Il faut dire que ce secteur d’activité de l’hospitalisation est soumis depuis fort longtemps à un processus de restructuration générale organisé par les ARH puis les ARS autour du triptyque  concentration, marchandisation et privatisation.

Cela a commencé dans les années 90 avec un processus de fermetures d’activité. Les maternités ont été de ce point de vue particulièrement touchées avec les décrets périnatalité de 1998 imposant des normes que beaucoup ne pouvaient pas suivre. Les années 2000 ont vu arriver des modifications importantes impactant le financement de l’hôpital public :

- d’abord la mise en place de la tarification à l’activité dans le cadre contraint des enveloppes fixées par l’ ONDAM (objectif national des dépenses d’assurances maladie) voté tous les ans par le parlement.

- Ensuite la diminution du financement des investissements par des subventions et l’obligation de faire appel aux banques et à l’emprunt. Ces dernières ne se privant pas évidemment de placer des emprunts toxiques.

- Enfin la loi Bachelot  a modifié la gouvernance hospitalière en instaurant le directeur en chef d’entreprise et en organisant la concurrence entre établissements.

Pour ‘’tenir’’ les budgets, les conséquences n’ont pas tardées : une pénurie accrue de moyens, des activités livrées au privé, notamment tout ce qui relève de la logistique et surtout des pressions sur l’un des principal poste à l’hôpital : le personnel.

Suppression de postes, augmentation massive des emplois précaires (contractuels, vacataires), avec des équipes de direction renforcées mettant en œuvre un management agressif pour obtenir des gains de productivité. Pour les personnels c’est une grande souffrance qui en a découlé avec de nombreux cas de suicides, une dégradation massive des conditions de travail et une perte du sens du travail. Prendre soin des malades ou vendre des soins à des clients résume les termes de la question.

Du coté des malades et de leurs familles, c’est l’éloignement des structures et surtout des délais d’attente qui augmentent pour obtenir des rendez-vous de consultations ou d’interventions. C’est également le renoncement aux soins compte-tenu des évolutions de la protection sociale, et notamment les franchises et forfait de la sécurité sociale et les dépassements d’honoraires.

La privatisation de son côté progresse que ce soit avec les chaînes de cliniques lucratives qui choisissent les pathologies, les actes, et trient les ‘’bons’’ malades ‘’rentables’’. Ou que ce soit la progression de l’activité privée autorisée à l’hôpital public avec un contrôle très réduit malgré la réglementation existante.

De nombreuses mobilisations locales se sont développées depuis une dizaine d’années pour défendre les structures. Ce dont témoigne l’apparition de la coordination de défense des hôpitaux et maternités de proximité en 2004. De manière trop dispersée, des actions ont été menées et l’idée de la nécessité de centraliser et coordonner a fait son chemin.

L’élection de Hollande et la nomination de Marisol Touraine n’ont rien changé. Les ‘’réformes’’ chiraco-sarkozistes n’ont pas été abrogées ou modifiées. Le cadre gestionnaire et financier des ARS est maintenu et la loi de santé annoncée pour début 2015  (qui au passage n’est plus publique depuis la rentrée) va encore renforcer le pouvoir autocratique des directeurs des ARS. C’est même à une accélération des projets de restructurations que l’on a assisté.

La lecture des documents du Medef publié en avril 2014 et des préconisations qui y sont faites indique que la feuille de route fixée est bien suivie par le gouvernement Valls en matière de santé et de protection sociale.

Pour le patronat et le capital, c’est la  question de la baisse du coût du travail qui est en jeu et la volonté d’ouvrir de nouveaux espaces de profits. Dans le cadre de la crise ouverte en 2008, c’est le sens des attaques néo-libérales que l’on constate partout en Europe contre les systèmes publics de  santé et de protection sociale au profit des groupes privés du soin et de l’assurance.

Le 23 septembre, mobilisation !

De plus en plus, les directeurs s’attaquent aux personnels pour équilibrer les budgets et imposer l’austérité. La fédération hospitalière de France qui regroupe les directeurs d’établissements publics a d’ailleurs récemment indiqué que l’ONDAM envisagé pour 2015 entraînerait inévitablement des suppressions de postes voir des licenciements.

Dans de nombreux établissements, on a assisté à des mouvements grévistes ces derniers mois.

En avril 2014, à l’hôpital psychiatrique de Caen une grève massive s’est déroulée face aux projets de la direction de supprimer des jours de RTT. Elle a été durement réprimée avec l’appui de la justice administrative.

Un appel intersyndical est sorti dans le cadre de cette grève et c’est ainsi qu’est née la "convergence des hôpitaux en lutte contre l’hôstérité". Les structures syndicales d’environ 70 établissements se sont réunies à plusieurs reprises à Caen puis à Nanterre et elles ont fait une série de propositions.

L’idée de se retrouver mobilisés, personnels et usagers, devant le ministère de Marisol Touraine a été adoptée et c’est donc pour le 23 septembre 2014 à partir de11h qu’un rassemblement de lutte est prévu.

De nombreux soutiens et appels ont été enregistrés pour le 23 : associations comme le Planning familial d’Ile de France, collectifs comme la Convergence des services publics et la coordination, partis politiques. Le Front de gauche santé et la coordination nationale du Front de gauche appellent à y participer.

La récente victoire de la maternité des Lilas qui a vu Claude Evin, ex-ministre socialiste de la Santé, mettre genou à terre et renoncer au projet d’absorption de cette maternité par l’hôpital de Montreuil est un encouragement.

Tous ceux qui veulent contribuer à faire reculer Valls et son gouvernement Medef-compatible doivent se saisir de cette échéance.

Tous devant le ministère le 23 septembre à 11h pour défendre le droit aux soins et le service publics hospitalier.

Roland Foret, le  19 09 2014.

  

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