Il y a 80 ans, il était le Front populaire...

L'histoire, on le sait, a ses ruses. Les anniversaires lui sont aussi prétexte à quelques farces.

Ainsi, ce 3 mai, s'ouvre le débat parlementaire sur la loi dite travail, qu'un pouvoir dit de gauche veut imposer face aux mobilisation sociales qui s'y opposent. C'est également l'anniversaire de la victoire électorale du Front populaire. 80 ans !

Une réforme, un gouvernement prétendu de gauche, des salariés et des jeunes mobilisés... Ne pourrait-on pas entendre entre passé et actualité quelque écho ? Pas vraiment...

Heureusement qu'à droite d'aucuns n’oublient pas de ranimer à cette occasion la flamme, guère plus que celle d'une bougie, de leur haine de classe à l'égard du Front populaire, en ce qu'il reste symbolique à leurs yeux de grands affrontements sociaux.
Mais, à gauche, quoi commémorer ?

L’unité ? A l'heure d'une gauche en morceaux ? L'accession au gouvernement de forces se revendiquant des intérêts populaires, promettant des réformes faute de reconnaître possible la révolution, et théorisant un exercice du pouvoir différent de sa conquête ?

François Hollande ne s'embarrasse pas de ces subtilités. Sa pédagogie est autre, et hélas ne manque pas d'efficacité pour convaincre qu'avec son gouvernement ne serait prise aucune mesure favorable aux travailleurs et à leurs organisations, pas même la plus modeste et moins coûteuse qu'aurait été la traditionnelle amnistie des militants victimes de sanctions judiciaires. Toute son inventivité fut consacrée à répondre favorablement aux exigences du patronat, voire à les anticiper. Et sa détermination d'imposer des mesures gravement réactionnaires, tel le projet d'inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les citoyens binationaux, et cette loi loi El Khomri qui vaut destruction du Code du travail.

Jusqu'à se trouver aujourd'hui face à cette grande rupture avec le peuple de gauche.

A gauche, tout a tant changé en 80 ans qu'on ne voit quoi fêter en ce 3 mai. Sinon le fait que la mobilisation sociale est au rendez-vous. Et qu'il y a toujours beaucoup à apprendre de l'histoire, y compris de ses amères leçons.

Francis Sitel

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