Israel : et à la fin, Netanyahou gagne...

 

 

Les élections législatives israeliennes ont vu la victoire, inattendue par les sondages, du Likoud de Benjamin Netanyahou, lui permettant de former le nouveau gouvernement avec une coalition de la droite la plus radicale. Plus que jamais, la reconnaissance des droits du peuple palestinien est refusée par la classe politique israelienne, alors que la liste unie « judéo-arabe » arrive en troisième position.

Il n'aura fallu qu'une semaine à Benyamin Netanyahou pour s' assurer une solide majorité à la Knesset et être chargé de constituer le nouveau gouvernement d'Israel par le Président de la République, Reuven Rivlin. Les résultats des élections du mardi 17 mars ont  en réalité, fait mentir les sondages qui pronostiquaient, jusque dans les dernières heures de la campagne électorale, une importante percée de la liste de l' « Union Sioniste », le bloc centriste-travailliste, plus ou moins assimilé à la gauche et plus ou moins favorable à l'arrêt de la colonisation et à la reprise des négociations de paix avec l'Autorité Palestinienne. Il est vrai que, pendant les premières semaines de cette campagne, provoquée par B. Netanyahou pour remodeler sa majorité et espérer bénéficier d'une sorte de plébiscite, les thèmes en étaient bien éloignés des questions de paix et de sécurité, mais bien plutôt centrés sur les problèmes sociaux qui traversent la société israelienne , vie chère et logement, par exemple.

Ce n'est que dans les tous derniers jours de la campagne, les toutes dernières heures même, que le Likoud, prenant conscience de l'avance supposée des travaillistes s'est lancé dans une propagande effrénée, contre toute solution négociée avec les Palestiniens, brandissant le danger de la mobilisation des arabo-israeliens, de l'encerclement par les fanatiques et l'intervention d'ONG « manipulées par l'étranger » pour fausser les élections. Le résultat ne s'est pas fait attendre et sa violence a été à la hauteur des illusions que certains secteurs de la gauche israelienne avaient bercées à propos de la liste travailliste. Un Likoud renforcé jusqu'à 30 sièges à la Knesset, les partis les plus extrêmistes, représentant les colons les plus fascisants, de Naftali Bennett et Avigdor Liberman, toujours indispensables pour bâtir une coalition stable, mais avec une influence électorale significativement réduite et un parti de centre droit, focalisé sur les questions économiques, qui sera l'allié utile et, peut-être, la caution « modérée » aux yeux de la communauté internationale.

Pourquoi cet échec cinglant de la « gauche » sioniste : parce qu'elle a été incapable, tant sur les questions qu'elle-même mettait en avant, les inégalités dans la société israelienne, le système éducatif, les garanties de fonctionnement d'un système démocratique, que sur celle dont elle refusait de parler clairement, c'est-à-dire la reprise d'un processus de paix, d'avancer des positions claires qui lui aurait permis de cristalliser autour d'elle toute une fraction de la population israelienne, dans la jeunesse notamment, excédée par les années de pouvoir du Likoud, les dérives autoritaires de Nethanyou et la perte de toute légitimité internationale d'Israel, en raison de la poursuite illégale des colonisations et spoliations des terres palestiniennes et plus généralement du refus de toute solution négociée.

Dans ce tableau bien sombre, une lueur d'espoir vient, paradoxalement, de la population arabo-israelienne, qui représente environ 20% de la population totale d'Israel. Devant la menace d'une disparition totale du Parlement, en raison du relèvement du seuil de représentativité de 2 à 3,5%, justement imposé pour en éliminer tous leurs représentants, les partis et mouvements historiques de la population arabo-israelienne ont réussi à surmonter leurs divergences et à agréger leurs forces dans la « Joint List », la liste commune à laquelle ont participé également des militants juifs, communistes, militants des Droits de l'Homme ou d'associations, comme Taayush, qui se consacrent à la solidarité avec les Palestiniens contre l'extension des colonies et la spoliation des terres agricoles. Cette Liste Commune a donc regroupé le parti communiste d'Israel, Hadash, le parti nationaliste laïc « Balad », le parti islamiste modéré « Ra'am » et le parti laïc Ta'al, sur la base d'un programme clair : fin de l'occupation, démantèlement des colonies, création d'un Etat de Palestine dans les frontières de 1967, avec Jérusalem Est pour capitale et droit au retour pour les réfugies de 1948.

Autour de l'idée : « nous voulons contribuer à la construction d'un camp démocratique qui rassemblerait les Juifs et les Arabes en quête de démocratie, de justice sociale de paix et d'égalité dans ce pays », la campagne très dynamique, menée par des personnalités reconnues comme Ayman Odesh, secrétaire du Hadash, ou Ayda Touma Souleyman, fondatrice de l'organisation féministe « Women Against Violence »et soutenue par des personnalités juives comme Avraham Burg, a largement mobilisé, assurant un taux de participation des arabo-israeliens de près de 70% et un gain de 13 sièges à la Knesset, faisant de la « Liste Commune » la troisième force du Parlement. Par ailleurs, de nombreux israeliens progressistes, favorables à la création d'un état palestinien et opposés à la mise en place du projet de Nethanyaou de remplacer la notion de souveraineté « nationale » par celle de souveraineté « juive », ont choisi de voter pour le petit parti de gauche « Meretz » pour lui garantir ses 4 députés au Parlement, ce qui renforce d'autant l'opposition au Likoud .

Bien évidemment, les résultats de ces élections ne sont pas une bonne chose pour le peuple palestinien. Les dirigeants israeliens nouvellement élus, ou réélus, s'opposent clairement, haut et fort, à toute solution de paix qui impliquerait l'existence d'un état palestinien souverain sur les frontières de 1967. Ils considèrent que toute concession territoriale est inenvisageable et représente une menace pour la sécurité d'Israel. Ils ne sont pas non plus une bonne chose pour la population israelienne dont aucune des difficultés ne pourra être résolue , mais ils ouvrent la voie à la constitution d'alliances nouvelles autour de la volonté d'union et de démocratie portée par la « Liste Commune »

Mathieu Dargel

 

 

 

 

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