Italie : pari gagné

Une campagne menée avec moins de 300 000 euros, 4.03% des voix, à peine 8000 au-dessus du seuil,  et au terme d’une nuit électorale pleine d’angoisse et de rebondissements, ce cri de joie : Nous l’avons fait. La liste L’Altra Europa con Tsipras envoie trois députés rejoindre le groupe GUE au Parlement européen.

Incontestablement, il n’y a que deux vainqueurs en Italie, aux élections européennes. Matteo Renzi et le Parti Démocrate remporte plus de 40% des voix, mettant un coup d’arrêt à la progression du Mouvement 5 Etoiles (21%) et portant un coup sévère aux espoirs de retour berlusconiste de Forza Italia (17%). C’est, entend-on partout, une « grande victoire de la gauche », le meilleur score réalisé par un parti de gauche, d’une portée historique aussi importante que le fameux « sorpasso », quand le PCI avait pour la première et unique fois dépassé la Démocratie Chrétienne.

De gauche, la victoire ? Voire. Certains, fervents supporters de Matteo Renzi, comme le philosophe et ancien maire de Venise, Massimo Cacciari,  ne s’y trompe pas. Il écrit (Libération du 28 mai) : « Si Matteo Renzi réussit là où François Hollande échoue, c’est parce qu’il n’est pas perçu comme un socialiste. S’il avait été considéré comme tel, il n’aurait jamais obtenu plus de 40% des suffrages. Matteo Renzi a pu émerger en Italie parce que la gauche s’est suicidée ». Belle perspective, que celle du suicide de la gauche aux pieds des larges alliances néo-libérales.

Lors de la conférence de presse de la liste l’Altra Europa, le 26 mai, Barbara Spinelli, l’une des initiatrices de la campagne, affirmait elle aussi que la ligne dirigeante du Parti Démocrate avait abandonné toute parole de gauche et que le PD commençait à « dévorer l’électorat de droite, héritier de la démocratie chrétienne ».

C’est pourquoi, le second vainqueur de ces élections, c’est la liste L’Altra Europa, qui, maintenant, est la seule à représenter la gauche en Italie, la seule à s’opposer à l’austérité, la seule à proposer des alternatives. Et Barbara Spinelli de préciser que l’adhésion au groupe Gue était la seule conséquence possible de cette nouvelle situation. Il faut dire que cette victoire, arrachée dans les derniers jours de campagne tient du miracle. Les bons scores réalisés dans les grandes villes d’Italie, jusqu’à 6 et 8 % à Rome et Bologne, et parmi les jeunes, malgré le boycott médiatique sont le signe de l’existence et du renouveau de la parole d’une gauche autonome et fière de ses positions.

Alexis Tsipras, qui a participé personnellement à de nombreuses initiatives de campagne de la liste, a salué cette victoire : « Je remercie, au nom de Syriza, du Parti de la Gauche Européenne, et personnellement, tous les militant(e)s, les comités locaux, les organisations politiques et sociales, tous ceux qui ont rendu possible cette entreprise importante et enthousiasmante. Avec l’Altra Europa et ses parlementaires, nous adhérerons au groupe GUE/NGL  pour travailler ensemble à reconstruire l’Europe par le bas, en cohérence avec les engagements pris durant la campagne et avec notre programme commun ».

Tout est à construire

Ce succès de la liste soutenue par A. Tsipras, n’est qu’un premier pas. C’est la preuve que des organisations politiques, des structures issues du mouvement social et associatif, des personnalités reconnues du monde culturel ou universitaire peuvent travailler ensemble à un but commun : reconstruire une légitimité, un espace, une parole pour une force de gauche en Italie. La tâche qui les attend est immense, les débats seront rudes. Ils toucheront celles et ceux qui mènent les combats anti-capitalistes, celles et  ceux qui sont engagés dans la restructuration d’une gauche syndicale, ou qui construisent les mouvements de la jeunesse précaire, qui se sont engagés dans les luttes pour les biens communs, ou contre les grands projets inutiles. Ils traverseront celles et ceux qui ont soutenu la liste l’Altra Europa, comme celles et ceux qui ont parfois préféré le « vote utile » ou qui se sont laissés tenter à exprimer leur colère en votant à l’occasion pour le Mouvement 5 étoiles. Il y va de l’existence même de la gauche en Italie, de la preuve qu’elle ne s’est pas suicidée.  Mais aujourd’hui, un espoir s’est levé . Souhaitons à nos camarades italiens de savoir le concrétiser.

Mathieu Dargel

 

           

 

            

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