Italie : une campagne inventive

En Italie, comme dans le reste de l’Europe, la campagne pour les élections du 25 mai mêle enjeux européens et nationaux. Il est, par exemple, de première importance pour le gouvernement Renzi d’assurer sa légitimité tant au plan des institutions européennes qu’ en Italie même, étant donné la faiblesse de la coalition qui l’a porté au pouvoir. C’est pourquoi le Parti Démocrate est engagé dans une lutte déterminée, appelant au bien connu « vote utile »  pour sortir vainqueur de ces élections et ne pas voir le Mouvement populiste 5 Etoiles de Beppe Grillo lui ravir la première place.

Dans ce contexte, la liste l’Altra Europa con Tsipras doit mener la bataille sur plusieurs fronts : pour obtenir des élus, il lui faut surmonter le seuil légal de 4%, barre qu’elle dépasse ou non aujourd’hui,  selon les sondages. Il faut dire que la liste fait l’objet d’un boycott quasi total de la part des chaînes d’informations : entre le 18 mars et le 20 avril, par exemple, les journaux télévisés des trois chaînes  publiques lui ont accordés 0,07% ( oui, vous avez bien lu) du temps d’antenne, et les émission d’approfondissement de la RAI, consacrées aux élections européennes 2, 24% du temps. Et on pourrait multiplier les exemples de difficultés à obtenir les autorisations de tenir des meetings en plein air, alors que la municipalité de Florence (dont Renzi était le maire) autorise le Parti démocratique à s’installer, pour son dernier meeting de campagne, sur la place historique de la Signoria, interdite de tout temps aux manifestations politiques !

L’Altra Europa, dans sa campagne à travers toute l’Italie, illustre la nécessité de rompre avec les traités et de refonder l’Europe en s’appuyant sur les mouvements revendicatifs et les luttes en cours. Elle participe activement à l’organisation de la manifestation de Rome, le 17 mai, contre l’austérité, les décrets Renzi sur la précarité (jobs act)  et pour les défense des biens communs et des droits fondamentaux. Elle s’oppose à la politique de l’Europe forteresse, en dénonçant les actions de Frontex qui ont pour conséquences les drames à répétition au large de Lampedusa.

Un accent tout particulier est mis sur la lutte contre la criminalisation de toute forme d’opposition ou d’expression contestataire. L’exemple du procès fait aux militants de No Tav est significatif : depuis plus de dix ans, les opposants au projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, dans le Val de Suse, organisent des manifestations, des rassemblements et des occupations de chantier. Quatre d’entre eux ont été arrêtés et emprisonnés à l’automne 2013 et accusés de « terrorisme » après avoir endommagé des engins de travaux. L’écrivain Erri De Luca, auteur d’un texte de solidarité et dénonçant la répression qui  a frappé d’une manière ou d’une autre plus de mille opposants à ce projet, a été à son tour inculpé d’  « incitation à commettre des délits » et son procès s’ouvrira le 5 juin. L’Altra Europa a été partie prenante de la manifestation de solidarité qui a réuni 20 000  personnes à Turin le 10 mai dernier.

Disposant de peu de moyens financiers, l’Altra Europa compte avant tout sur les militants de ses comités locaux pour réaliser une campagne multiforme : flash mobs des associations de travailleurs précaires devant les magasins ouverts le 1er mai, banquets de soutien jusque dans les plus petites villes, défilés de voitures aux couleurs de la liste dans le centre de Rome, tout est bon pour faire connaître le programme et les candidats de la liste.

Après une série de réunions thématiques dans les grandes villes italiennes, le point fort de la campagne, le 19 mai, sera la journée d’A. Tsipras pour une rencontre avec les étudiants et une conférence de presse à Milan, puis une initiative publique à Turin et qui se terminera par un grand meeting avec l’ensemble des candidats de la liste à Bologne.

Mathieu Dargel

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