Juste avant la manifestation du 11 janvier

Dans le tumulte, le flot de mails, d'informations, de discussions, chacun chemine. Difficile, d'être sûr d'avoir raison, aussi je comprends la position de celles et ceux qui n'iront pas à la manifestation aujourd’hui d'autant que j'ai réagi d'abord de la même manière.

La tuerie effroyable de mercredi avait pour but de décimer l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo parce que ce journal est un journal impertinent et particulièrement à l'égard des religions, de l'islam mais pas seulement. Il est tout à fait légitime de ne pas partager sa ligne éditoriale voir de considérer que certains dessins relevaient de l'islamophobie.

La liberté d'expression vaut pour tout le monde et nous devons nous battre pour qu'elle ne soit pas bafouée. C'est par les mots et les idées que nous devons convaincre quand nous sommes en désaccord. Ne perdons pas de vue que Charb, Wolinski, Cabu et Tignous se revendiquaient de l'esprit de 68, de la culture anarcho-libertaire, voire de la culture communiste. Ce sont nos camarades. Leurs dessins ont illustré nos tracts, nos journaux, nous les avons cotoyés à la fête de l'Humanité.

Mercredi des milliers de gens sont descendus dans la rue pour dire leur peine et pour défendre la liberté d'expression. Puis les manifestations de samedi et dimanche se sont préparées. On nous fait le coup de l'union sacrée face à la barbarie. Pire, le gouvernement est à la manœuvre pour l'organisation de la venue des chefs d'état de partout pour la manifestation parisienne (aux dernières nouvelles ils ne manifesteront pas). Samedi, on a manifesté aussi pour dénoncer l'attentat antisémite de la porte de Vincennes qui a fait 4 morts.

Il y a eu encore plus de monde dans les rassemblements où les tentatives de récupération n'étaient pas les bienvenues. Beaucoup d'expressions anti-racistes, anti-FN, Le Pen etc... A Toulouse 120000 personnes ont participé à la manifestation. Le carré de tête était composé des associations et des journalistes, les politiques ont été relégués derrière. Furieux, ils ont tenté de dévier la manifestation. Ils ont entraîné 2 à 3000 personnes dans leur sillage et provoquer la colère des organisateurs.

A Paris il y aura plusieurs parcours, le FDG a rendez-vous au cirque d'hiver. Ensemble diffusera son tract.

Beaucoup de gens se sont emparés du slogan "Je suis Charlie". Chacun y met le sens qui est le sien et il n'y a pas d'uniformisation de ce sens. Cela veut dire aussi que dans ce contexte de mobilisation nous avons tout intérêt à être dans ce mouvement pour que ce sens ne soit pas dévoyé. Et pour cela il faut appeler au débat le plus large possible.

Quel est ce monde dans lequel nous vivons? Comment est-il possible que des hommes se sentent missionnés pour abattre froidement 12 personnes sur un lieu de travail symbole de la démocratie qu'est un journal?

Les interventions en Irak, en Afghanistan, en Lybie, au Mali créent du chaos, engendrent les organisations terroristes, contribuent à créer des réseaux qui s'infiltent partout. Mener la guerre à un pays, humilier des peuples, ne peut que nourrir la violence et le sentiment de vengeance. Ne pas reconnaître l'état palestinien, accepter qu'Israël maintienne son occupation dans des conditions de plus en plus dramatiques pour le peuple palestinien est aussi un facteur d'instabilité dans le monde.

En France, comme dans d'autres pays européens, la relégation des quartiers populaires et d'une grande partie de la population est le terreau pour les réseaux terroristes qui y trouvent des jeunes en situation de fragilité, sans avenir et sans capacité à se projeter dans une société qui leur refuse la place à laquelle ils ont droit.

Mais il ne sert à rien de mettre un flic derrière chacun d'entre nous, d'ailleurs il y en avait un derrière Charb et il est mort. Il n'y a pas d'autres solutions que la remise en cause de toutes les dominations, et l'émancipation de toutes et tous, loin de tous ces va-t'en-guerre qui ne manqueront pas de dégueuler leur venin.  

Demain, il faut défendre la liberté d'expression sans banderole, et sans drapeaux. C'est une façon un peu particulière de célébrer la liberté d'expression...Mais pas question de laisser le champ libre à tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ce que la haine de l'autre se développe dans le monde et en France.

Demain on manifeste, on s'exprime avec notre parole puisque nous n'aurons pas de banderole, pas de tract, et lundi on continue, on ne les laisse pas nous faire un patriot-act à la française.

 

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Auteur: 
Sylvie Larue