L’Union européenne et le Mercosur négocient en secret un traité de libre-échange

Une réunion technique entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur s’est tenue le 21 mars à Bruxelles dans le but d’avancer sur le cadre de négociation d’un accord de libre échange (TLC) prévoyant la levée des taxes douanières de 90 % du commerce des biens et des services. Celle-ci avait été décidée lors du sommet entre l’UE et le Brésil en février 2014 mais elle s’est conclue par un échec et notamment sur la question agricole, les chefs d’Etats sud-américains ayant refusé les propositions de l’UE.

Les négociations en vue d’un TLC entre les deux blocs ont débuté en 1998 mais après avoir été gelées pendant plus d’une décennie, elles ont repris en 2010 sans avancées notables du fait de divisions au sein du Mercosur. D’un coté, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay se montrent très volontaristes mais, de son coté, l’Argentine entend protéger son industrie.

Selon Atilio Boron, certaines clauses prévues de ce traité seraient pires que celles envisagées dans l’Accord de libre échange des Amériques (ALCA) qui avait été mis en échec en 2005 à Mar del Plata. Pour sa part, 20 ans après l’entrée en vigueur de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA), le Mexique en mesure les conséquences : très faible croissance du PIB par habitant, des taux de chômage et de pauvreté qui se sont accrus, niveau de salaire constant par rapport à 1994.

Avant cette rencontre, les mouvements sociaux argentins de l’ALBA, conscients des risques engendrés par un tel accord, se sont mobilisés et ont publié une déclaration pour faire pression sur le gouvernement de Cristina Kirchner (voir ci-dessous).

Les mouvements sociaux sud-américains sollicitent un soutien de leurs homologues européens car tous subiraient les conséquences de la conclusion d’un tel accord. Alors que la mobilisation sociale contre le traité de libre échange entre l’UE et les USA (TAFTA) se développe, il y a urgence à se solidariser avec les mouvements sociaux du Mercosur en diffusant l’information et en internationalisant les campagnes de résistance.

Richard Neuville

Déclaration de la Coordination continentale des mouvements sociaux de l’ALBA – Section Argentine

Avant la nouvelle réunion des équipes de négociateurs

Les mouvements populaires s’opposent au traité de libéralisation commerciale

Face au projet de marché, nous réaffirmons l’ « intégration » à partir des peuples

En novembre 2005, la résistance et la mobilisation des mouvements populaires de « Notre Amérique » (Nuestra América) réussirent à enterrer l’ALCA. Les dirigeants et les peuples latino-américains repoussèrent le diktat de l’Empire consistant à nous soumettre à un espace de « libre-échange » dans les Amériques. Les conséquences ruineuses pour les secteurs populaires de ce « libre-échange » restent aujourd’hui évidentes avec la dégradation des conditions de vie des peuples dans les pays qui signèrent ces traités avec les Etats-Unis.

Huit ans après, nous voyons avec préoccupation les tentatives de recréer un nouvel ALCA avec les négociations d’un Traité de libre échange entre les pays du Mercosur et l’Union européenne qui auront lieu aujourd’hui (21 mars) lors d’une nouvelle réunion à Bruxelles. Face à cette situation, les mouvements populaires signataires ci-dessous :

Dénoncent que ces négociations se réalisent de manière secrète et confidentielle, sans information officielle sur les questions et propositions en débat, et exigent qu’elles soient publiques. L’ensemble de la population a le droit de connaître et de discuter les conséquences de cet accord commercial.

Exhortent également les gouvernements des pays du Mercosur et les autorités de ce bloc régional à garantir des processus de consultation avec les organisations populaires et l’ensemble de la population.

Alertent sur le fait que ce traité risque d’accroître la dépendance de l’Argentine et de la région vis-à-vis d’une intégration basée sur l’exportation de matières premières et l’importation de produits industriels européens.

En plus, le traité aura comme conséquence le démantèlement des systèmes de protection sociale et réduira les capacités d’intervention de l’Etat et publique en faveur des peuples et d’un projet de pays et de région alternatif.

Nous ne permettrons pas la promotion d’investissements européens qui cherchent à transférer dans nos pays les activités extractivistes et polluantes, dévastatrices pour les peuples et la « Terre Mère » (Madre Tierra), dans le but de contourner les régulations environnementales existantes dans leur continent.

Un tel accord renforcera surement la subordination de l’Argentine et de la région aux diktats du CIADI* et aux organismes financiers internationaux. Nous proposons que les gouvernements du Mercosur suivent l’exemple de la République bolivarienne du Venezuela qui s’est retiré de cet organisme international en 2012 en mettant en cause sa légitimité en tant qu’arbitre « impartial » global dans le domaine commercial.

Parce que l’intégration dont ont besoin nos peuples doit être basée sur la solidarité, la justice et la réciprocité et non dans le « libre-échange », nous invitons à renforcer ce débat et la mobilisation face à l’avancée de ce traité et des autres initiatives de libéralisation commerciale en cours.

  • Information immédiate et large sur les termes des négociations en cours. Convocation à un débat public et démocratique sur les conséquences économiques, sociales, environnementales et culturelles de ces négociations.
  • Solidarité avec les mouvements sociaux européens qui résistent à l’accord.
  • Non au traité de libre échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Non à la militarisation de notre continent promue par les puissances impériales.
  • Oui à l’intégration des peuples basée sur les principes d’égalité, de solidarité, de réciprocité, de complémentarité et défense de la « Terre-Mère ». Pour la défense de nos biens communs sociaux, naturels et de nos territoires. Pour la défense des souverainetés populaires et de la souveraineté alimentaire des peuples de Notre Amérique.

Coordination continentale des mouvements sociaux de l’ALBA –

Section Argentine – Le 21 mars 2014

* NdT : Les expressions de « Nuestra América », « integración », « Madre Tierra » correspondent à des notions bien spécifiques en Amérique latine.

MERCOSUR : Marché du Cône Sud, il regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay (actuellement suspendu), l’Uruguay et le Venezuela. La Bolivie a signé son adhésion en 2012 mais elle n’est pas encore ratifiée par certains pays.

ALCA (FTAA en anglais – ZLEA en français) : Zone de libre-échange des Amériques impulsée par les Etats-Unis et faisant suite à l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) a été mis en échec en 2005 suite à la mobilisation des mouvements sociaux et le refus de certains dirigeants : Hugo Chávez, Nestor Kirchner et Lula.

ALBA ‘Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) : Créé en avril 2005, elle regroupe le Venezuela (pays initiateur), Cuba, la Bolivie, la Dominique, le Nicaragua, l’Equateur, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua et Barbuda. Le Honduras s’en est retiré en 2010 suite au putsch qui a renversé le président Manuel Zelaya.

CIADI : Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements. Le centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements a été créé par la convention de Washington du 18 mars 1965.

(Traduction R N)

http://www.albamovimientos.org/2014/03/la-union-europea-y-el-mercosur-negocian-en-secreto-un-tratado-de-libre-comercio/

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Auteur: 
Richard Neuville