L’urgence de refonder une pensée alternative

Le Medef l'a dit : le pacte de responsabilité s’effectuera sans aucune contrepartie. Alors, marché de dupe ou choix stratégique du Président de la République ? J’opte pour la deuxième réponse, la gauche de gouvernement est en train de réussir… la "révolution copernicienne" qu’appelait de ses vœux Moscovici, il y a un peu plus d’un an : effacer à jamais toute idée d’alternative aux lois impitoyables du capitalisme mondialisé. Le message est clair : on ne sort pas de ce système, il n’y en a pas d’autres de viable.

Les mauvais coups s’enchaînent sur le plan économique, social et sociétal, sans épreuve de force. Comme si le paysage social était mûr pour accepter docilement l’inacceptable. Le terrain du renoncement en France et dans le monde est labouré de longue date. Alors : résignation, ou adhésion de notre peuple ? L’impuissance conduit à une forme d’adhésion : « Si on ne peut plus financer les services publics, réduisons-les plutôt que d’augmenter l’impôt », dit pour la première fois une majorité de Français. Pendant que d’autres pensent que les emplois sous-payés, c’est mieux que le chômage, en se référant à l’exemple allemand. Cela signifie-t-il une absence de désir de vivre autrement ? Non, bien évidemment, de même que la colère de voir sa vie amputée, rabougrie sous les coups de boutoirs de l’austérité, est bien présente dans chacune des victimes de cette politique.

Mais cela ne suffit pas à endiguer l’offensive libérale. La colère est motrice de l’action lorsqu’elle s’enracine dans une conscience partagée des causes de l’injustice, et la claire perception qu’il est possible de construire un autre avenir. En l’absence de perspective, de projet donnant à chacun les moyens de faire dans la justice et la dignité, il est probable que les résistances actuelles s’installent dans l’isolement et que les prochains scrutins, notamment municipaux, prennent la tournure d’un vote sanction qui fasse date. Pas sûr dans ce contexte que les électeurs face le tri entre le PS et le Front de gauche.

D’où l’urgence de donner le ton du rassemblement, pas seulement celui de la rue : un rassemblement pour refonder une pensée alternative dessinant un autre devenir des sociétés humaines. Pas de résistance constructive sans projet. Et pas de nouvelles constructions sans une appréciation lucide de la situation. L'appel au rassemblement doit aussi s’adresser aux électeurs socialistes, jusqu’à celles et ceux qui, très timidement, tentent aujourd’hui de faire entendre leurs voix à l’intérieur du PS.

Bernard Calabuig, 14 février 2014. Publié sur le site de Cerises.

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