La colère monte au CHRU de Brest

Le Finistère est un département très fortement attaché au Service Public de Santé, les luttes pour la défense de l'Hôpital de Carhaix, celles contre les fermetures de services à Douarnenez, Concarneau ... ou contre le plan de d'austérité à l'Hôpital Psy de Quimper sont toujours présentes dans les têtes.

La journée nationale de mobilisation « contre l'hostérité» du 23 mars a été l'occasion d'un appel à la grève au CHRU de Brest (6500 agents). Sud et la CGT puis la CFDT ont appelé contre le « contrat de retour à l'équilibre » qui prévoit 183 suppressions de poste sur deux ans.

Ce 23 septembre, au moins 400 manifestant-e-s ont rempli le hall du CHRU avant d'occuper la salle où devait se tenir le Comité Technique d'Établissement sur la musique de HK et les Saltimbanks, chantant à tue-tête « On lâche rien ! ».

Un comité au cours duquel devait être présenté le contrat de retour à l'équilibre (CRE) du CHRU, dont les comptes sont en soit-disant déficit de 8,7 M€ sur un budget annuel de 485 M€ [déficit en fait fabriqué, car les hôpitaux ne sont pas financés à hauteur de leur coût réel de fonctionnement, les dotations de l'Agence régionale de santé de 4,5 M€ n'ont pas été versées cette année.

Le CTE s'est transformé en véritable assemblée générale ou tour à tour SUD, CGT et CFDT se sont exprimés, et ensuite de très nombreux hospitalier-e-s très remontés contre un directeur qui ne parle que comptabilité et ne voit pas la souffrance grandissante depuis plusieurs mois dans cet hôpital où les personnels sont à bouts de nerf par manque de personnel. Un patient a témoigné de l'épuisement des personnels et apporté son soutien.

Parlant comme un patron d'entreprise fabricant des objets, le DG a expliqué : « Nous n'avons pas enregistré de progression d'activité depuis 2010, alors que l'emploi a progressé de 10 % au CHRU dans cette période. Et en dépit des progressions d'activité depuis le début de l'année, nous n'avons toujours pas retrouvé le niveau d'activité de 2011. La deuxième chose qui me préoccupe est que, depuis 2008, on sait que le nombre de passages dans les services d'urgences a progressé de 9.100 sur l'agglomération brestoise, mais pas aux urgences de La Cavale. La privatisation du service public que vous dénoncez à juste titre est en marche ».

Ces directeurs ont tous la même feuille de route, opération de délestage de missions de services publics vers le privé, réduire la masse salariale en supprimant des emplois et de fait dégrader la qualité des soins, s'attaquer au primes (insalubres par exemple "dite prime 1ére catégorie"), aux accords RTT etc.... Comme avant toute privatisation, les agents de France Telecom peuvent en témoigner, ils cassent la qualité du Service public.

La tarification à l'acte, c'est une gestion comptable, qui ne prend pas en compte le temps avant et après le soin. La mise en concurrence avec le privé est injuste et inégale, le privé prend le plus rentable. On rend donc les personnels responsables d'une situation dont ils ne sont pas responsables, en plus les pressions sont énormes pour les empêcher de faire grève.

Après l'annulation du CTE, les hospitaliers sont allés faire un barrage filtrant au rond point près de l'hôpital et ont diffusé les tracts du Collectif « Hôpitaux en lutte ».

La presse locale s'est fait l'écho de la montée de colère au CHRU de Brest. Les réseaux sociaux multiplient les informations sur des luttes similaires dans beaucoup d'hôpitaux, mais la grande presse nationale écrite et TV continuent d'ignorer cette mobilisation qui monte. Jusqu'à quand la ministre Touraine pourra feindre de l'ignorer ?

Gageons que ce n'est pas son camarade du PS, maire de Brest qui va lui en parler. Il vient de se faire huer par plusieurs centaines d'hospitalier-e-s à nouveau mobilisés à Brest ce 9 octobre.

"Débrayage au CHRU : le maire hué par les manifestants". C'est le titre du Télégramme.

Après la mobilisation du 23 septembre une nouvelle mobilisation aussi forte avait lieu ce 9 octobre au CHRU de Brest contre les presque 183 emplois que le directeur veut supprimer. Là encore, au moins 400 hospitaliers et quelques usagers de l'hôpital étaient là et ont occupé la salle où devait se tenir le Comité de Surveillance qui a été annulé.

Devant le DG du CHRU, le représentant de l'ARS, celui des usagers et les maires de Brest et de Carhaix, les syndicats CGT, CFDT et SUD ont dénoncé le plan de suppressions d'emplois, avec de nombreux arguments relayés par des interventions très déterminées du personnel en colère.

Le directeur de l'hosto a refait son discours de gestionnaire libéral de ce qui pour lui est une entreprise en concurrence qui doit faire des efforts... bla, bla, bla.

F. Cuillandre, le maire PS de Brest qui préside le Comité de Surveillance quant à lui n'a pas pris de gants, sans aucune précaution et avec mépris, il a dit qu'il refusait de "discuter sous la pression", en fait dans le cadre de la mobilisation mais uniquement dans son bureau, ouverts à des délégations.

Sud santé est ré-intervenu plusieurs fois pour qu'il s'explique, qu'il dise ce qu'il pense de ces 200 suppressions de postes qui pèsent sur le bassin d'emploi Brestois déjà en difficulté.

C Troadec, le maire de Carhaix, a profité du boulevard que lui offrait Cuillandre pour se faire facilement applaudir en disant qu'il était, lui, contre les suppressions d'emplois.

F. Cuillandre, comme un vulgaire patron de choc, a de nouveau délibérément choisi le refus de répondre devant des salarié-e-s, dont pas mal n'en revenaient pas! Il s'est finalement éclipsé la tête basse sous les huées de tous les salarié-e-s présents.

M. Bourdon représentant de l'ARS a semble-t-il pris la mesure de la colère, il a fait une intervention plus maline laissant entendre sans désavouer le directeur de l'hôpital qu'il comprenait qu'il y avait des problèmes, pointant l'absence d'un "projet d'établissement", comme s'il souhaitait lancer une perche à un syndicat "modéré" (on devine lequel) pour négocier un "adoucissement" du plan de suppressions de postes. Cela montre aussi que la mobilisation paye et que le retrait du plan est gagnable.

Les militant-e-s sont ensuite allés distribuer des tracts au rond-point, l'information des usagers est aussi un enjeu dans cette bataille. Il reste à poursuivre le rapport de force pour empêcher une nouvelle réunion de ce Comité de Surveillance qui en l'état ne ferait qu'entériner les suppressions.

Il est temps que la lutte des personnels de l’hôpital à Brest, mais aussi celle du secteur social (avec de nombreuses actions depuis plusieurs mois), celle des personnels de la mairie de Brest, celle du centre de tri de la Poste se rencontrent et qu’autour d’elles se mobilisent toutes celles et tous ceux qui se posent la question de construire un front large contre l’austérité. La date du 16 octobre appelée unitairement à Brest par la CGT, FO, la FSU, Solidaires peut permettre cette nécessaire convergence.

André Garçon

 

 

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