La dislocation européenne est probable

La dislocation européenne est probable. Elle est assez terrifiante.

  1. Pour voter Brexit, on peut bien sûr avoir peur de l’Europe. Ou bien penser à tort qu’elle est par elle-même responsable de l’incrustation néo-libérale qui s’est imposée partout, avec son cortège de misères. Mais son délitement qui a largement commencé nous promet des scènes largement plus terribles encore, et au moins autant, sinon bien plus de libéralisme, ou plutôt de national-populisme-libéralisme (le programme caché du FN ou des droites extrêmes qui pullulent).  Traduction : un racisme débridé, justifié par le social-patriotisme. En somme, le proto-Etat européen aura réussi au moins une chose : disculper la responsabilité propre des Etats, ou plutôt : faire croire que l’Etat national/populiste peut nous sauver.
  2. Il est fort peu probable que le système à la fois ubuesque et autoritaire du proto-Etat européen produise autre chose qu’une aggravation de la situation.  Les coups de menton (le samedi 25 juin) hollandais sur une Europe plus « flexible » (donc moins technocratique, faut-il comprendre) et en même temps sur des actes d’autorité renforcés pour se débarrasser au plus vite du cas britannique, sont parfaitement contradictoires. Ou bien on admet que le peuple britannique est souverain, quoique hyper divisé (et cette division risque même d’être violente, comme elle en donne déjà des signes), et dans ce cas on négocie (il semble que l’Allemagne soit un peu sur cette position) ; soit on insinue qu’il a « mal voté » (comme la France en 2005), on fait alors preuve d’arrogance, et donc on se prépare des retours de boomerang dans chaque pays.  Mais dans tous les cas, la dislocation est en route, plus ou moins vite.
  3. Il semble bien que la sociologie des électorats du « in » ou de l’ « out » (mais il est sans doute encore tôt pour conclure) en Grande Bretagne indique une confusion à son comble entre les racines sociales qui déterminent les votes et les aspirations culturelles ou éthiques. Pour le brexit : le peuple écrasé, méprisé, qui désigne l’étranger, ainsi que les campagnes éloignées des centres de pouvoirs mondialisés. Pour rester dans l’UE : la city certes (donc les riches ou les gagnants), mais aussi les jeunes, les diplômés, et …les nations ou régions du royaume indignées de rester éloignées des centres de richesse anglais, sans compter l’Irlande du Nord dont l’histoire n’est pas finie.  Au total : une distorsion,  entre « classe » et attitude politique, peut-être encore plus aigüe qu’en France.  Et une désintégration de tous les repères progressistes.
  4. Comment faire ? Il faut certes sortir des traités, comme le dit JL Mélenchon (même s’il laisse planer une ambiguïté sur l’équivalence entre traités et Europe : « On la change ou on la quitte »). Mais il faut tracer un chemin démocratique. Il me semble que ce chemin est double :
  • Un processus constituant à l’échelle de l’Europe, donc bien sûr pour de nouveaux traités. Cela peut bien sûr être discuté dans le PGE et être défendu dans chaque Etat et donc pour nous dans le débat politique actuel en France, comme enjeu pré-2017.
  • Mais un tel processus ne doit pas être ex-nihilo (où : on recommence tout à zéro). Il doit s’appuyer, au moins dans la propagande pédagogique,  sur la seule institution élue : le Parlement européen, qui débattrait du cadre constituant adéquat. Bien sûr, sa majorité actuelle n’est pas sur nos thèses, loin de là. Mais au moins nous y avons des points d’appui, et de plus, il est le lieu le moins soumis me semble-t-il aux diktats les plus ultra-libéraux et/ou les plus nationalistes. 
  • On pourrait aussi ressortir des chartes issues du Conseil de l’Europe (droits sociaux, démocraties, libertés).

Le 25 juin, Jean-Claude Mamet.

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mamet