La droite en reconquête

Le 1er tour des élections départementales a marqué une incontestable victoire de la droite arrivé en tête avec 29 % des suffrages. Ce succès reste à confirmer au second tour et l’ampleur de la victoire de l’alliance UMP-UDI sera important pour la réorganisation de ces forces politiques. Mais il correspond de toute évidence  à une tendance de fond, qui avait déjà marqué les élections municipales de mars 2014.

Quels sont les moteurs de cette montée en puissance d’une droite qui a connu pourtant une crise de leadership majeure avec le conflit opposant Jean François Copé à François Fillon ? C’est d’abord la politique mise en œuvre par François Hollande et Manuel Valls qui est ouvertement pro patronale, libérale, s’inscrivant dans la continuité des politiques mises en œuvre depuis des années par les gouvernements Raffarin, Villepin, Fillon... Si cette politique peut parfois déstabiliser les dirigeants de droite qui sont poussés à la surenchère ultralibérale pour se démarquer des mesures proposées par Hollande, sur la durée cette situation renforce l’hégémonie des idées libérales. Elle suscite une confusion et un mécontentement massif parmi les électeurs de gauche. Et si elle affaiblit le clivage gauche/droite, ce sont surtout les idées de gauche qui sont brouillées au profit des idées de droite qui s’en trouvent renforcées.

Les partis de droite bénéficient également de la multitude de mobilisations éparses de catégories professionnelles (avocats, notaires, pharmaciens, petits entrepreneurs…) qui protestent contre la politique fiscale du gouvernement et des réformes qui impactent leur profession. Les manifestations contre le mariage pour tous en 2013 avaient également contribué à l’émergence d’une « nouvelle génération militante » de droite même si son insertion dans les partis traditionnels de droite ne se fait pas mécaniquement. Tout dernièrement, une semaine avant le 1er tour des élections départementales, la forte mobilisation des médecins contre la généralisation du Tiers Payant ont marqué le climat social et politique qui préfigurait les résultats électoraux.

Mais ce succès de la droite, dont Nicolas Sarkozy, laborieusement élu dans un retour précipité à la tête de l’UMP veut tirer tous les bénéfices, repose sur une contradiction. Car deux lectures sont possibles du score de la droite. D’un côté, les partisans de Nicolas Sarkozy estiment que la droite a réussi a devancé le Front National du fait des interventions politiques de leur leader s’inscrivant ouvertement sur le terrain de Marine Le Pen : propos islamophobes affirmant que « Nous ne voulons pas de femmes voilées dans République » ou refusant les menus de substitution dans les cantines scolaires… De l’autre côté, Alain Juppé peut se féliciter de façon incontestable que le succès de la droite repose sur une alliance entre l’UMP et l’UDI et que c’est la convergence des différentes familles de droite qu’il défend qui permet d’aboutir. En effet, sur les 110 conseillers départementaux élus dès dimanche soir, seuls 19 sont étiquetés UMP (5 UDI et 28 divers droite), quand 58 sont issus de binômes d’union.

Cette alliance entre l’UMP et l’UDI, déjà la clé du succès aux municipales en 2014, est facilitée par l’incapacité de la direction du Parti Socialiste à aller jusqu’au bout de la rupture avec l’union de la gauche et à s’ouvrir au centre droit comme le défend Manuel Valls. Mais elle suscite des débats récurrents, tels que ceux posés sur la consigne de vote pour le second tour des départementales où l’UMP nationalement défend le « ni FN – ni PS » alors que l’UDI appelle au vote républicain pour le PS pour faire barrage au FN. Le pari de Nicolas Sarkozy est d’être capable de faire la synthèse entre cette stratégie d’alliance « d’union des droites » et un discours politique qui vise à étouffer la montée en puissance de Marine le Pen. Il a de toute évidence marqué un point face à Alain Juppé. Mais les divisions à droite sont loin d’être achevées car elles reposent sur des questions « lourdes » pour les classes dirigeantes françaises comme le souligne la chercheuse Florence Haegel : « la concurrence interne porte sur les fractures idéologiques » (Le Monde du 10 février 2015). C’est évidemment la question de la place de l’Islam en France, mais aussi le rapport aux institutions européennes (réforme de Schengen), la « gouvernance » (usage du référendum) qui sont en débat dans le conflit entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Quelle que soit l’issue de la recomposition à droite, elle représente un danger majeur pour les droits démocratiques et sociaux existants dans le pays. Alors qu’elle s’appuie sur une dynamique profonde, prendre la mesure de ce qu’elle représente doit amener à refuser les raccourcis mortels pour y faire face. Moins que jamais, céder au chantage des dirigeants du Parti Socialiste, Manuel Valls et Jean Christophe Cambadélis en tête, de « l’unité-derrière-le-PS-face-au-FN-et-à-la-droite » ne constitue une solution. La seule issue réside dans la difficile construction d’une nouvelle gauche alternative, écologique, solidaire, rassemblant tous ceux qui s’opposent à la politique de Hollande, et qui soit capable de redonner un espoir aux millions d’abstentionnistes, aux électeurs de gauches déçus qu’une autre politique est possible. Ils sont la clé d’une contre-offensive d’une vraie gauche. De premiers jalons ont été posés dans ces élections départementales avec les candidats rassemblant le FDG, EELV, Nouvelle Donne, des forces citoyennes…. Le chantier est à poursuivre.

François Calaret

 

Article