La droite française entre mobilisation et recomposition...

L’année 2014 s’annonce comme un moment clé de la recomposition en cours au sein de la droite française. Les premiers scrutins nationaux des municipales et européennes depuis la victoire de la gauche en 2012 vont accentuer les contradictions à l’œuvre au sein de ce camp politique.

Depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, la droite française est marquée par une crise profonde aux multiples facettes mais dans laquelle il est possible de cerner trois questions majeures : la crise de leadership spectaculairement illustrée par le duel Copé/Fillon et qui est loin d‘être apaisée avec l’hypothèse entretenue chaque jour du retour de Sarkozy, le casse-tête stratégique de la question des rapports avec le Front national qui divise profondément l’UMP, un problème sérieux de positionnement et d’orientation face à la politique de François Hollande qui, dans les grandes lignes de la politique économique et sociale, ne se différencie pas vraiment de celle que la droite a mise en œuvre.

Mais, cette crise et recomposition de la droite ne se déroulent pas à froid. L’ingrédient supplémentaire qui s’ajoute aux rivalités, tensions et débats, c’est l’émergence de processus de mobilisations larges de la base sociale de la droite, y compris des couches populaires qu’elle arrive à polariser, n’hésitant pas à occuper la rue, visant à contester violemment la politique du gouvernement Ayrault. Cela a été le cas dans les manifestations contre le mariage pour tous qui, pendant plusieurs mois, ont entraîné une mobilisation intense des réseaux catholiques et traditionnalistes de droite, et qui ont réussi à massivement entraîner une large fraction de la jeunesse des milieux aisés, pour laquelle cela a constitué un moyen d‘entrer en politique. Cela s’est reproduit, dans un autre contexte, par l’instrumentalisation de la colère sociale qui a éclaté en Bretagne où les initiatives de réseaux d’extrême droite et de secteurs du patronat liés à la grande distribution et à l’agrobusiness ont cherché à dévoyer le mécontentement populaire.

Ces deux expériences de mobilisations de rue se sont à chaque fois développées hors des partis traditionnels, que ce soit l’UMP ou le Front national qui ont cherché à rattraper ces mouvements. Mais, elles ont aussi été, d’une certaine façon, encouragées par les déclarations des dirigeants de l’UMP qui considéraient que la victoire de la gauche en 2012 était « illégitime » et que François Hollande avait gagné l’élection présidentielle « par effraction », selon l’expression d’Henri Guaino.

Ce qui n’est pas sans créer une tension au sein des milieux patronaux. D’un côté, les dirigeants des grandes entreprises du CAC 40, qui bénéficient puissamment du soutien de l’Etat, comme Christophe de Margerie, patron de Total, ou Jean Louis Beffa, patron de Saint Gobain, sont globalement satisfaits de la politique de François Hollande. La tribune de Serge Dassault qui encourage le gouvernement à poursuivre sa politique ou le soutien de Vincent Bolloré à la candidate socialiste Anne Hidalgo sont d’autres exemples. De l’autre côté, des franges du petit patronat, frappées de plein fouet par la concurrence mondiale et aussi soumis aux diktats des grands groupes dont ils sont les sous-traitants, sont dans un état d’hystérie vis-à-vis de la politique de Jean-Marc Ayrault qui est perçue par elles comme leur ajoutant des entraves supplémentaires. Le positionnement de Pierre Gattaz, patron du MEDEF, est à l’image de cette situation contradictoire vis-à-vis de la politique du gouvernement, qui, globalement, convient aux intérêts des classes dirigeantes françaises et à laquelle il se dit prêt à dire « banco » mais sans que cela n’empêche une base patronale de se radicaliser.

L’UMP est également en difficulté face à au libéralisme assumé de Hollande qui se revendique comme le « Président des entreprises ». Les « vœux » présidentiels pour 2014 ont confirmé cela une fois de plus. Faute de pouvoir réellement critiquer sur le fond la politique du gouvernement Ayrault, la dernière initiative programmatique, qui s’est tenue le 18 décembre 2013, a tourné à la surenchère tous azimuts (fin des 35 heures, fusion des CCD et CDI, retraite à 65 ans, remise en cause du statut de la fonction publique…). Plusieurs dirigeants de la droite reconnaissant qu’il était plus facile d’annoncer de telles mesures que de les mettre en œuvre une fois au pouvoir.

La difficulté majeure à laquelle l’UMP est confrontée étant d’arriver à construire une majorité politique suffisamment solide pour appliquer son programme. Les échéances électorales qui auront lieu en 2014 résument bien les contradictions dans lesquelles la droite française est empêtrée. Les municipales s’annoncent comme un moment de rapprochement et d’alliances plus ou moins assumées dans de nombreuses villes et départements avec les candidats du Front national. Les Européennes exprimeront au contraire la divergence stratégique prégnante entre le FN et l’UMP sur la question de la construction européenne et de l’euro, ce qui obère, à moins d’une fracture profonde, toute perspective d'une alliance gouvernementale entre droite et extrême droite.

Ainsi, lorsque Nicolas Sarkozy laisse sous entendre qu’il pourrait revenir sur la scène politique en contournant les partis politiques, en créant un nouveau mouvement, dans une posture à prétention bonapartiste, il formule une tentative de réponse, radicale, à la situation de division de la droite française, qui cherche à s’appuyer sur le phénomène de mobilisations des secteurs de la droite qui ont émergé ces derniers mois.

Quelles que soient les étapes des évolutions à venir, c’est une logique de radicalisation des conflits politiques et des luttes de classes qui se renforce. Le développement de mobilisations sociales pour des objectifs de progrès sociaux et politiques qui permettent de nourrir une véritable alternative de gauche en opposition à la politique du gouvernement Ayrault en devient d’autant plus crucial. Une raison majeure pour surmonter les difficultés actuelles du Front de Gauche, préserver son unité et relancer une dynamique d’implication populaire et de rassemblement qui permette de montrer qu’une autre politique est possible. 

François Calaret

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