La fable du recul du chômage…

Cette fable était déjà démontée en 2006 par Michel Husson. Mais cette fois-ci, c’est la BCE qui s’en mêle. Selon le site « chômage et monnaie » :
« Le résultat de l’étude : Le chômage réel est plus élevé que ne l’indiquent les statistiques officielles. Plus exactement, il existe un chômage « caché », celui induit par les personnes « découragées » qui ne recherchent plus, et les précaires à temps partiels subis et à temps de plus en plus partiels. Ce chômage caché aurait augmenté fortement alors que le chômage officiel baissait. L’institution évalue le chômage total à 18% dans la zone euro, soit presque le double du chiffre officiel de 9,5%.
Cette augmentation proviendrait des réformes du marché du travail qui se sont répandues dans la zone euro depuis la crise, réformes d’ailleurs promues par la BCE ! »

Mais ces tours de passe-passe ne  concerne pas seulment l’Europe. Catherine Sauviat, dans un article de l’IRES, met en cause la signification réelle de la baisse du taux de chômage aux Etats-Unis :
« C’est donc la baisse du taux d’activité qui explique en partie la baisse du taux de chômage, c’est-à-dire un phénomène de retrait du marché du travail qui traduit un transfert du chômage vers l’inactivité d’une partie de la population. »
Et ce à un point tel qu’une autre statistique essaye d’extrapoler le nombre réel des sans-emploi :
« Celle-ci consiste à rajouter au nombre de chômeurs officiels ramené à la population active (U3) celui des travailleurs « découragés », des individus qui voudraient un emploi mais n’en recherchent pas parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas d’emploi disponible pour eux (U4), celui plus large des travailleurs « marginalement rattachés à la population active » (incluant les travailleurs découragés) qui, bien que classés comme inactifs, voudraient un emploi, sont disponibles pour travailler et ont recherché activement un emploi pendant les 12 mois précédant l’enquête (U5) et enfin, celui des travailleurs à temps partiel subi (U6). »

Tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par le chômage, savent intuitivement que tous les discours lénifiants relèvent de la tromperie. Mais les dominants font perdre leur sens aux mots et aux arguments ; ils réussissent à empêcher la constitution d’un discours des dominés sur la réalité de leur situation et de ses causes.
La « baisse du chômage », c’est les chômeurs que l’on cache sous le tapis, à coup de stages-bidons, de radiations abusives et autres recettes semblables. Mais c’est essentiellement les chômeurs « découragés » qui n’ont plus de droit à l’indemnisation, et qui ne voit pas l’intérêt de se soumettre aux contrôle de Pôle Emploi, auquel les gouvernements successifs ont tout fait pour qu’il n’accompagne plus réellement les chômeurs dans leur recherche d’emploi.

Moralité : plus on coupe l’accès à l’indemnisation du chômage et plus les chiffres se dégonflent, au mépris de toute réalité.
Plus on précarise l’emploi, en segmentant sa durée, et plus les chiffres du chômage continuent à baisser, au mépris de la souffrance engendrée et des vies volées.

L’important, ce ne sont pas les statistiques du chômage mais le taux d’activité. Celui-ci dépend de la réorientation des flux financiers de la spéculation vers l’économie réelle, via l’investissement socialement utile, les salaires et le rétablissement de services publics dignes de ce nom.

Qu’on se le dise !

@Waouh76

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Auteur: 
Eve76