La gauche au défi de l’accueil des migrants

La progression dans toute l’Europe des forces de droite nationalistes et xénophobes accentue  la pression sur les gouvernements amenant ceux-ci à mener  une politique d’expulsion de plus en plus systématique. L’errance cet été des navires de secours financés par les ONG, ayant sauvé la vie de centaines de migrants,, constitue une véritable honte. Le Président de la République française a non seulement refusé de les accueillir dans un port français, mais il est allé jusqu’à reprendre le discours de l’extrême droite et du ministre italien Salvini en accusant les ONG de faire le jeu des passeurs.

Alors qu’aujourd’hui le nombre de migrants qui arrivent est au plus bas, l’Europe ne connaît pas une « crise des migrants », mais bien plutôt une « crise  de l’accueil » et de l’hospitalité. Celle-ci est instrumentalisée par des forces politiques qui attisent les racismes et les logiques de rejet, faute de s’attaquer aux véritables problèmes économiques et sociaux, aux inégalités et aux injustices.

Dans cette situation, les forces de gauche ne peuvent transiger et doivent réaffirmer la nécessité d’accueillir les migrants en refusant de constituer le sujet de l’immigration comme un « problème ». Défendre la liberté de circulation (garantie par l’article 13 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme) ne veut pas dire abolir les frontières ni s’enfermer dans des utopies gauchistes. C’est simplement un humanisme élémentaire qui devrait être la base de toute perspective d’émancipation.

Il est d’autant plus inquiétant que certaines forces de gauche en Europe fassent des concessions aux discours dominants, comme semble se positionner Sarah Wagenknecht la dirigeante du mouvement allemand « Aufstehen » pour qui l’arrivée de migrants en Allemagne a été la cause d’une dégradation des conditions de vie des travailleurs allemands. Ce type de discours a été parfois repris par un dirigeant de La France Insoumise, Djordje Kuzmanovic, lorsqu'il  a salué la constitution du nouveau mouvement « Aufstehen ».

À travers l’histoire de la gauche et du mouvement ouvrier cette question est loin d’être nouvelle et a toujours fait l’objet de débats importants. Elle définit un axe politique de toute orientation de transformation sociale.  L’argument selon lequel le patronat utiliserait les migrants pour faire pression sur les salaires, ce qui nécessiterait de limiter l’immigration, est particulièrement dangereux. Comme si limiter l’immigration pouvait permettre de freiner la volonté du patronat d’exploiter au maximum les salariés... Tenir de tels discours revient à accentuer la division entre salariés (1).

Face à la crise majeure que connaît l’Union Européenne, les forces de gauche alternative ne doivent pas céder sur ce qui constitue leurs convictions profondes et leurs raisons d’être. C’est à la « crise de l’hospitalité » que connaissent les pays européens qu’il faut répondre pas en érigeant des murs qui multiplient les drames et les tragédies.

François Calaret

(1) À une époque pas si lointaine, certains au sein de la gauche pensaient aussi que l’entrée des femmes sur le marché du travail serait utilisée par le patronat pour dégrader les conditions de travail...

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