La gauche radicale à la relance

Une formule facile dit que gouverner c’est prévoir. Et il n’est pas si difficile de juger de la météo actuelle du Front de Gauche : « ciel couvert, averses éparses, risques d’orages renouvelés ». Mais bonne surprise, désormais, c’est « tendance à une nette amélioration », même si la prévision à un mois reste un exercice risqué.

Les choix parisien et toulousain du PCF de rallier le PS dès le premier tour ont incontestablement brouillé le message du Front de Gauche alors même que se confirmait le virage à droite de Hollande. Difficile du coup de donner une impulsion nationale aux très nombreuses campagnes menées dans l’unité par la totalité du Front de Gauche. Comme dans les deuxième et troisième villes du pays, Marseille et Lyon.

Les tensions qui en ont découlé, parfois exagérées et difficiles à saisir de l’extérieur, ont pu laisser planer le doute sur la pérennité de l’alliance. Or sans elle aucune alternative réelle ne peut s’imaginer pour une opposition de gauche, indispensable face à l’évolution droitière répétée du Hollandisme. Dont on peut mesurer que, contrairement à ce qu’avançaient tant d’analystes de plateaux télé, elle ne se limitera pas aux questions économiques et sociales, mais s’étendra toujours plus aux questions sociétales elles-mêmes.

La droite extrémisée occupe le terrain en concurrence accentuée avec le FN. La droite fasciste a, pour la première fois depuis la guerre, fait retentir dans la rue slogans antisémites et islamophobes. Pendant qu’au nom d’un intégrisme religieux de tous horizons un délire s’emparait de certains secteurs, manipulés par des rumeurs plus folles les unes que les autres, sur la soi-disant « théorie du genre ». La lâcheté du gouvernement face à ces dérives gravissimes n’est plus à démontrer avec l’abandon en une journée du projet même d’une « Loi Famille ».

Tout ceci a fini par jouer comme un signal évident. Si la gauche radicale ne trouvait pas le moyen de rebondir, elle aussi démissionnait de ses responsabilités les plus pressantes. Un premier signal est venu de Marseille, où, à l’initiative syndicale, un front politique, associatif, syndical a vu le jour avec une manifestation tenue sous des trombes d’eau contre les politiques austéritaires, front qui se maintient depuis. Et qui aura son pendant avec une initiative comparable à Toulouse le 1er mars. Mais force est de constater qu’à l’échelle nationale il n’en est pas de même, loin de là, après les déclarations du dirigeant de la CGT, Thierry Lepaon. C’est donc du niveau politique que la flammèche s’est rallumée avec un premier appel de Clémentine Autain à reprendre la rue. Puis par cet évènement qui marque (enfin !) la sortie de l’isolement volontaire du NPA, avec une déclaration et un appel communs de Jean-Luc Mélenchon et d’Olivier Besancenot proposant une analyse partagée de la gravité de la situation et mettant en discussion les dates des 12 et 13 avril pour une riposte de rue. La seule efficace, à la fois contre les politiques austéritaires renforcées et pour montrer que non, décidément, la rue n’appartient pas à la droite extrémisée. Initiative immédiatement renforcée par Pierre Laurent pour le PCF, qui avait lui aussi déjà proposé une grande initiative européenne contre l’austérité aux mêmes dates.

Il faut l’unité de la vraie gauche aux élections européennes

Il était temps. Temps de réagir en fixant une échéance qui peut regrouper largement les secteurs politiques (gauche de EELV ou du PS, si les actes suivent les paroles), syndicaux, associatifs, ceci en respectant les rythmes et spécificités de chacun. Temps aussi que le Front de Gauche retrouve ses racines. Temps même que l’élargissement bienvenu au NPA repose la question qui coule de source, celle d’une alliance électorale grand angle pour les élections européennes. Comment en effet comprendre que ce qui est possible dans la rue avec une telle ampleur espérée  et une telle clarté politique ne soit pas possible fin mai dans les urnes lors d’une campagne placée sous le signe de l’internationalisme avec le choix d’un militant grec comme chef de file, Alexis Tsipras ?

Par delà ses difficultés actuelles (incontestables) la gauche radicale, et le Front de Gauche en particulier, a donc les moyens de rebondir. Certes cela ne suffira pas à régler les questions d’ampleur stratégiques qui se sont faites jour à l’occasion des élections municipales. Peuvent-elles d’ailleurs l’être dans un seul tête à tête au sommet sans un élargissement massif du Front de Gauche à la base ? Et pourtant oui, la météo à gauche de la gauche s’est brusquement améliorée pour les mois à venir. Espérons qu’elle annonce un printemps rayonnant pour l’opposition de gauche ! Maintenant réussir la mobilisation des 12 et 13 avril devient l’enjeu majeur. Pour elle-même, mais bien au-delà, pour que revive l’espoir qu’une réelle alternative à gauche se manifeste et se développe face au désastre de l’évolution socialiste et face à la montée des dangers de droite et d’extrême-droite.

Fred Borras, Samy Johsua, militants à Ensemble, Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire, respectivement à Toulouse et à Marseille. Ce texte n’engage que leurs auteurs. Publié sur Médiapart.

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