La liberté d'expression, oui, mais pas trop...

Sous prétexte d' « apologie du terrorisme », 69 personnes ont été arrêtées. Cela va de Dieudonné, qui dans son registre provocation déclare : « Je suis Charlie Coulibaly », à un jeune de 21 ans interpellé dans un tramway pour défaut de titre de transport, qui aurait dit : « Les frères Kouachi, c'est que le début, j'aurais dû être avec eux|» et qui se prend 10 mois de prison. Le parquet de Nantes met en examen un jeune de 16 ans qui publie un dessin sur Facebook, une jeune de 14 ans pour avoir dit dans le tramway : « On est les sœurs Kouachi, on va sortir les kalachnikovs », les deux pour apologie du terrorisme.

Bon, va falloir desserrer l'étau des économies budgétaires parce qu'à ce rythme là, il faudra ouvrir de nouvelles prisons, si on enferme tous les cons...

Et si tu as le malheur d'être jeune, lycéen, voire collégien et si tu n'as pas respecté la minute de silence ou, pire, si tu as dit que tu n'étais pas Charlie, te voilà fiché à la DGSI via les services du rectorat.

Christiane Taubira a émis une circulaire le 12 janvier demandant à la justice d' « agir avec la plus grande vigueur face aux propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants, proférés ou commis en raison de l'appartenance à une religion ». Najat Valaud-Belkacem, après avoir incité à laisser s'exprimer les élèves sur les événements du 7 janvier, demande aux enseignants de sanctionner les élèves qui ne sont pas dans les clous dans leurs expressions. Et l'on s'ingénie à renforcer les dispositifs législatifs pour plus de surveillance et plus de pouvoir pour les services de police, et donc moins de libertés pour tous.

Comment ne pas voir de contradictions entre ces décisions et ce qui est monté de la mobilisation pour la liberté d'expression et le vivre ensemble ?

Pensons-nous sincèrement qu'en mettant un étouffoir ou des interdits sur des propos de haine ou tout simplement des propos porteurs de colère, les problèmes vont être réglés ?

La liberté d'expression ne vaut pour certains que lorsqu'elle reste dans les marges de la société bien pensante. Quand elle révèle les fractures qui traversent la société, on la réprime. Or, on ne s'en sortira qu'en prenant les problèmes à la racine, qu'en analysant ce qui nourrit les propos haineux et racistes de certains. « Réfléchir sur les causes n'est en rien excuser ou légitimer, c'est tout le contraire. Si on veut combattre un phénomène, il faut en comprendre le processus », c'est ce que nous invite à faire Pascal Boniface, directeur de l'IRIS.

Ensemble soyons suffisamment forts pour convaincre que la haine ne peut être le moteur de transformation de la société. Cessons de nous en remettre continuellement à l’État pour régler les problèmes, cessons de brandir la laïcité comme une arme suprême.

Notre projet de transformation de la société est en panne et c'est pour cette raison que certains se réfugient dans la religion. Reprenons le chemin de la politique, ensemble, musulmans, juifs, chrétiens, athées, agnostiques, dans le respect et la reconnaissance de l'apport de toutes les cultures.

Sylvie Larue, le 23 janvier 2015. Publié sur le site de Cerises.

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