La santé, la protection sociale et la Sécu au coeur de la campagne

Lors des primaires « de la Droite et du Centre », Francois Fillon, désormais candidat de la Droite, conformément à la « Blitzkrieg » antisociale qu’il a annoncée au patronat français, s’est lâché concernant la santé et surtout la branche Maladie de la Sécurité Sociale.

Au cœur de son projet : séparer le ‘’petit risque’’ et le ‘’gros risque’’. Le petit risque se trouverait sorti de l’Assurance-Maladie et pris en charge uniquement par les complémentaires « santé », la branche maladie de la Sécu gardant l’hospitalisation et les affections longues durée.

Derrière ce jargon, c’est toute la médecine dite « ambulatoire », de ville, les consultations, la pharmacie et les examens complémentaires qui passeraient ainsi sous le contrôle d’un système assurantiel qui n’a pas grand-chose à voir avec la solidarité universelle intergénérationnelle où chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins, principe même de la Sécurité Sociale.

Le périmètre serait d’ailleurs à préciser à l’heure où Marisol Touraine, la ministre socialiste de la santé, fait la promotion de la chirurgie ‘’ambulatoire’’ dans une logique uniquement comptable.

En effet, que ce soient des assurances privées ou des structures dites mutualistes, la plupart des complémentaires « santé » pratiquent des tarifs de cotisation calculés en fonction du type de contrat souscrit et non en fonction des revenus d’un usager devenu « client ». Bref, on est sur un marché reposant sur les règles du secteur marchand, ce qui par nature favorise et renforce les inégalités sociales face à la maladie.

L’affaire est d’importance quand on sait que les dépenses de santé (la consommation de soins et de biens médicaux) s’élèvent à 194 milliards d’euros en 2015 (dont 53,3 % en médecine ambulatoire) et que, sur les soins de ville, les complémentaires représentent une part de plus en plus importante puisqu’elles gèrent déjà environ 30 milliards d’euros et que ce chiffre devrait augmenter suite à la mise en place de l’ ANI (Accord National Interprofessionnel )qui rend ‘’obligatoire’’ l’appartenance à une complémentaire d’entreprise dans le cadre d’un contrat collectif.

Pour compléter le tableau, Fillon se prononce également pour la « convergence tarifaire » entre l’hôpital public et les cliniques privées, vieille revendication du patronat des groupes de cliniques privées et un forfait de « reste à charge » pour tous les malades. Il prône aussi la ‘’désétatisation de la sécurité sociale’’ mais derrière ce terme ambigu il ne s’agit pas, bien sûr, de restituer la Sécu aux salariés, comme nous le revendiquons, mais d’en faire une instance relevant du secteur privé, c’est-à-dire la donner en pâture au secteur marchand avec les activités les plus rentables et génératrices de profit.

Fillon n’est pas tombé du ciel. Le thème du petit et du gros risque se trouve dans de nombreux colloques, séminaires et études produites par les cercles libéraux qui travaillent sur la santé et la protection sociale. Le patronat des assurances, à l’avant-garde de la déconstruction du modèle issu du Conseil National de la Résistance, avance et porte ces propositions depuis longtemps.

Fillon se fait donc le porte parole des assureurs privés qui considèrent depuis l’origine comme anormal le fait que des milliards d’euros de cotisations soient collectés dans un cadre solidaire, soient socialisés, et ne passent pas par la case « marché financier » de l’assurance individuelle. C’est la même logique que celle de la retraite par capitalisaition contre la retraite par répartition de la Sécu. On ne peut pas dire plus clairement qu’on est le candidat du Capital et des marchés financiers.

Ces annonces ont provoqué de nombreuses réactions, y compris dans son propre camp politique. Apparemment tous ne sont pas convaincus que la Blitzkrieg pourrait éviter une explosion sociale. Ils la considèrent surtout comme risquée électoralement, sachant l’attachement de la population à la Sécu malgré ses trop nombreuses remises en cause.

Depuis, Fillon a feint de revenir en arrière et propose maintenant de mettre en place une « agence de régulation et de contrôle » ce qui revient à intégrer encore plus les assureurs privés dans le pilotage de la Sécu ! Il n’y a aucune raison de croire un mot d’un candidat qui aujourd’hui tente de dresser un rideau de fumée en réponse à l’émotion qu’ont provoquée ses propositions. Pas de coté, plutôt que reculade, résume son positionnement. Il vient d’ailleurs début janvier 2017 de réaffirmer sa volonté de ‘’réformer’’ la Sécurité Sociale.

Ce qui s’est passé dans la société en réaction aux projets de Fillon en matière de santé est très révélateur et de nombreux indices témoignent de l’attachement à la Sécu :

  • le succès d’un film comme ‘’La Sociale’’ et les débats qu’il fait renaitre témoigne que ce sujet ne laisse pas indifférent et c’est une très bonne chose. Une histoire de la Sécu qui rappelle que «  la Sécu, elle est à nous », que ce sont nos cotisations, part socialisée de notre salaire, qui l’alimente et qu’elle reste largement financée par du salaire socialisé ;

  • le succès de la pétition lancée le 22 décembre en défense de la Sécu témoigne également de cet attachement ;

Car, malgré un texte :

  • qui se contente modestement de demander aux seuls Manuel Valls et Francois Fillon de se prononcer pour le maintien du niveau actuel de remboursement, (alors que ce niveau actuel a déjà fortement amputé les possibilités d’accès aux soins) sans dire un mot sur les différentes franchises et forfaits à la charge des malades ;

  • qui, à juste titre, propose de faire des économies sur le coût exorbitant des frais de gestion des complémentaires, mais sans indiquer les moyens d’y parvenir, et de faire des économies sur les hospitalisations évitables, mais sans préciser qui en décide et en fonction de quels critères ;

  • qui oublie que le problème central est aussi celui du manque de financement lié au chômage de masse et aux exonérations patronales ;

Ce sont 200 000 personnes qui, en la signant, ont dit : « ne touchez pas à la sécu ! ».

  • le communiqué de la Coordination de défense des hôpitaux et maternités de proximité réaffirme l’attachement aux principes de la Sécu et aux droits aux soins pour tous et partout.

A l’opposé des perspectives rétrogrades des libéraux, avec le collectif ‘’Notre santé en danger’’, le Mouvement Ensemble! se prononce pour la Sécu à 100 %. Ce serait la meilleure des simplifications qui permettrait au lieu du maquis actuel des complémentaires, de leurs tarifs et de leurs prestations, d’assurer un accès aux soins et une prévention de qualité pour tous.

Cela diminuerait les frais de gestion qui sont de 5 % pour la Sécu et autour de 20 % pour les complémentaires.

Cela impliquera la fin des franchises, des dépassements d’honoraires et autres forfaits pour les malades.

Cela impliquera d’intégrer les recettes des complémentaires et leurs personnels dans la Sécurité Sociale. Les sommes consacrées aux complémentaires d’entreprise doivent aller vers les URSSAF.

Cela impliquera également de reconquérir la Sécu comme institution appartenant aux cotisants et bénéficiant à tous.

Cela impliquera de mettre fin aux exonérations et exemptions de cotisations dont profitent les grandes entreprises.

Et s’il faut chercher à faire des économies, commençons, par exemple, par mettre fin au pillage des fonds de la Sécurité Sociale par les entreprises pharmaceutiques en mettant en chantier la construction d’un véritable Service Public du Médicament.

Dans les élections politiques à venir, le Mouvement Ensemble! portera ces propositions et les mettra en débat au sein de la gauche qui n’a pas renoncé à la transformation sociale, avec les mouvements syndicaux et associatifs qui souhaitent une réappropriation collective et démocratique de la santé.

Commission santé proetection sociale d’ Ensemble !

Article