L’après élection… mais pas sans forces

Bizarre campagne ! Elle contredit tous les pronostics, y compris la défaite annoncée : la preuve est faite que, dans la foulée du rejet du gouvernement Hollande-Valls, une majorité d’une gauche debout était possible. Les derniers sondages en faveur de Jean-Luc Mélenchon le prouvent.

Quand nous avons pris une décision, en novembre, malgré des divergences avec une partie de ses options politiques, tous ou presque annonçaient un paysage qui opposerait Mélenchon à Hollande, ou à tout le moins à Valls, seuls possibles vainqueurs des primaires du PS. Ces « certitudes » ont été démenties.  Et nous avons vu la réalité des attentes politiques, avec les flottements, les craintes et tout le rejet du bilan des dix ans qui précèdent : loin d’un « glissement à droite  après une mobilisation trop faible contre la loi travail ». Hollande s’est lui-même éliminé par crainte d’une défaite politique. Puis Valls a été  battu, par plus de deux millions de votant.e.s : malgré le discrédit du PS, beaucoup d’électeurs se sont emparés du bâton qui se présentait (les primaires) pour taper sur la politique du PS. Et, ni les uns ni les autres n’avions imaginé que Macron, héritier de Hollande, hologramme de Giscard jeune et bulle médiatique, serait à cette place.

Ne pas prendre en compte les évolutions serait être incapable de mesurer les possibilités et des risques auxquels il faut donner des réponses.

Le FN peut gagner. Il faut le dire, pas pour donner un frisson de peur : au gré des errements électoraux entre sondages annoncés et votes ; au gré des abstentions face aux « choix » du second tour et aussi une radicalisation vers Le Pen d’électeurs et dirigeants de droite décidés à une alliance, pour les législatives et pour une majorité à l’Assemblée nationale.

Ne croyons pas  trop tôt à une simple défaite de la droite plombée par les affaires de Fillon. Ses dirigeants peuvent parfaitement jouer un maintien en vue de partager ensuite le pouvoir, après les législatives, avec une alliance à l’Assemblée entre leur groupe parlementaire, les élu.e.s de Le Pen, si besoin des ralliés de Macron..

L’héritier de Hollande n’aurait pas pu gagner en faisant une campagne « votez pour Hollande, Valls et Macron ! ». Mais il peut être au second tour, rallié par des membres du gouvernement  et par Valls lui-même, par des dirigeants des droites, après Bayrou, des proches de Sarko, de Juppé …
Cet équipage correspond bien aux projets de Hollande, depuis plus de dix ans. Cette redistribution des cartes est ancrée dans l’évolution d’une partie de la bourgeoisie française. Ce bloc hétéroclite veut changer les termes du débat public en proposant un sursaut démocratique libéral contre Le Pen et bénéficier ainsi d’un vote utile en masquant que ce serait un gouvernement dans la continuité  du quinquennat qui s’achève : contre les droits sociaux, la Protection sociale, les services publics …

Ces risques rendent ridicules les propos tenus par Raquel Garrido, porte parole de Jean-Luc Mélenchon,  le mercredi 29 mars : « il y a deux candidats du PS, l’un Macron,  pour les notables du Parti, l’autre Hamon, pour la vitrine ».  Faut-il  rire  du sectarisme et des petits calculs d’appareil entre ex-PS ?                
Nous voyons tous dans quelle impasse nous serions si rien ne remet en cause une logique de concurrence électoraliste qui divise .  Devant cette situation, avec beaucoup d’autres, j’ai souhaité qu’un débat, le plus public possible porte, pour  résumer,  sur « les dix points d’un accord pour gouverner ensemble ».
Si JLM et Hamon faisaient cette démonstration, il y aurait certainement une dynamique, et elle irait au-delà de l'addition des intentions des votes et cette alliance dans la clarté politique attirerait une partie des abstentionnistes et des indécis.e.s ; un grand nombre de celles/ceux qui ont fait, font ou feront le faux choix du « vote utile » pour Macron contre Fillon ou Le Pen, feraient le chemin inverse au lieu d’aller vers cet abandon des exigences populaires. 
Faisons une liste des convergences et des différences, soumise au débat.
Pour une VIème République, et une assemblée constituante : construire une véritable démocratie à l’échelle des territoires, des entreprises et du pays. La citoyenneté pour tou-te-s les résident.e.s. Des moyens et des droits pour l'égalité, pour lutter contre toutes les discriminations. La défense des droits des femmes (en particulier l’égalité salariale, le droit à l'IVG, à la contraception...). Rétablir les droits fondamentaux  contre le sécuritaire.                     

L’abrogation de la loi travail et la reprise de discussions sur les avancées des droits à faire au profit des salarié.e.s et de tou-te-s, chômeurs, précaires. Droit de préemption des salariés sur l’avenir de leur entreprise. Droit de regard des salariés sur ce qu’elle produit et comment.  Mise en œuvre  des 32h…                                                    L’augmentation du SMIC et des indemnisations d’au moins 1000€  pour celles et ceux qui sont dans l’impossibilité de travailler (y compris les minimas sociaux). Un revenu garanti à toutes les personnes de 18 à 25 ans, jusqu’à ce qu’elles trouvent un emploi stable.  Renforcement dans l’immédiat les droits des chômeur-euse-s.                      Une extension de la protection sociale, qui permette d’en finir avec le chômage et la précarité par  la continuité du revenu entre période travaillées, recherches de travail et période de formation. Les mesures pour un droit effectif à la santé (Sécurité sociale à 100%, reconstruction du service public…). Le tout permettant d’aller vers une ‘Sécurité Sociale Intégrale’.          

 Une réforme réelle de  la fiscalité et un budget permettant de remettre sur pieds des services publics accessibles à toutes et tous (postes d’enseignant.e.s pour  mettre en œuvre des pédagogies de la réussite pour tou-te-s, police de proximité).  

Un service public de l’énergie démocratiquement contrôlé, instrument de la transition en donnant la priorité aux énergies renouvelables, engageant une sortie du nucléaire.                                                            

Un plan national de développement d’activités socialement et écologiquement utiles   construit avec tous les territoires : logements sociaux de qualité, rénovation thermique des bâtiments, transports publics, agriculture paysanne, nouvel aménagement du territoire au service de la proximité, politique d’urbanisme... Par le débat démocratique il permettra d’en finir avec les grands travaux inutiles ou anti-écologiques. Dynamisé et consolidé par la place donnée aux comités et assemblées locales et régionales de citoyen-ne-s, il s’accompagne d’emplois nouveaux,  des nouvelles énergies, des emplois verts, de l’abandon des produits polluants et dangereux, diesel, perturbateurs endocriniens … L'urgence écologique aussi met en selle un nouveau type de société.
Un nouveau Traité pour une nouvelle Europe, contre  les « dettes publiques », pour faire prévaloir les intérêts des peuples à construire une union démocratique, sociale, écologique. Il suffit de lire le débat Généreux/Piketty dans Politis)
La priorité donnée à la paix et à la justice pour les peuples partout dans le monde, en refusant tout alignement sur la politique étrangère des États-Unis, comme de la Russie. Le soutien à l’Onu pour son renforcement, son émancipation du rôle des « grands », et pour la campagne de désarmement lancée par l’Assemblée générale et cent trente pays.                                                                                                                                 
Ce processus pour une victoire commune aura le soutien de millions de personnes si les candidats en présence et toutes les composantes s’impliquent. 

Quelle meilleure garantie, pour gagner en commun que ce débat public, possible, qui n’a pas lieu ?  Les convergences des programmes des deux candidats permettent de construire une plate-forme commune.
Des sondages à un objectif crédible nul ne sait : être le « troisième candidat », ou le deuxième et au second tour… ? Dans l’état du rapport des forces il ne faut pas rêver et finir un peu assommé par le résultat réel. Il s’est créé de tels marasmes d’idées depuis des mois !
Possible ou pas, nous souhaitons le meilleur score possible. Ce seul fait implique une dimension inévitable : la capacité à rassembler, sur des objectifs mobilisateurs, des millions de personnes pour le moment plutôt dispersées entre N candidats et le projet de s’abstenir.
Discutée et faite publiquement, sous les yeux des électeurs,  cette alliance pourrait rompre le cycle des votes  tactiques enfermés dans la logique du système. Ce débat public sur les convergences c’est préparer dès maintenant l’avenir.

Cette campagne rassemblerait les forces qui devront, si Le Pen est au second tour, être en mouvement pour rejeter la politique nationaliste, raciste et réactionnaire du FN.
Mais la même alliance sera indispensable, en cas de victoire de Fillon ou de Macron pour mettre en échec des politiques voulues par  les actionnaires et grands dirigeants d’un système qui détruit les droits sociaux comme l’avenir de la planète.

Pour les législatives comme pour les luttes, la voie du « soyons devant », de la compétition entre partis est et sera une impasse. Elle ne peut pas remplacer  le « soyons tous ensemble », qui concerne autant les animateurs d’associations de lutte (« Nos droits contre leurs privilèges ») que les militants et courants politiques.
Certes il nous faut une force politique, un mouvement soudé sur le projet d’une révolution démocratique. Des forces associatives, syndicales, citoyennes que cette campagne présidentielle n’a pas cherché à impliquer  en seront la base autant que les « politiques » au sens strict. Au lieu de viser un accord sur tout, mettons nous d’accord sur un Pacte, - Assemblées populaires et comités-  pour résister et proposer des objectifs alternatifs, un groupe parlementaire soudé et lié aux  mobilisations, ce sera décisif pour la confiance collective et des succès.
Cette demande d’unité dans la reconnaissance  des différences est portée par tant de citoyens, de collectifs, d’EELV, de la France Insoumise, du PCF, d’Ensemble, de Nouvelle Donne, de République et Socialisme, du PG, de socialistes en rupture ; tant de celles et ceux qui ont été trompés par Hollande, tous ceux/celles qui subissent les politiques répressives, le racisme, les inégalités, la précarisation et la pauvreté.
En réalité, celles/ceux qui veulent un changement radical voient bien que vont se recomposer des forces politiques nouvelles… Pour une révolution démocratique pour casser et remplacer ce système capitaliste.
Mais cette reconstruction prendra du temps durant les mois qui viennent, et nous ne sommes pas indifférents à ce qui se passe durant les prochaines élections. Que faut-il de plus pour que nous ayons tous comme priorité le rassemblement dans les rues comme dans les urnes d’une gauche debout ?

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Auteur: 
Pierre CS Montreuil