L’autorité, encore l’autorité, toujours l’autorité…

La coïncidence a valeur de symbole. Mardi 16 juin, l’Assemblée Nationale et le Sénat se sont mis d’accord sur le contenu du projet de loi sur le renseignement qui institue notamment une surveillance de masse des citoyens sur internet. Le même jour, le Premier Ministre, en faisant cette fois de nécessité vertu au nom de la nécessité d’agir vite, a eu à nouveau recours à l’article 49.3 de la Constitution pour imposer l’adoption de la loi Macron en supprimant le temps de discussion parlementaire. 

Ces deux évènements en apparence distincts l’un de l’autre ont un trait commun : ils constituent deux reculs démocratiques qui, à la suite de nombreux autres, tendent à se banaliser dangereusement. C’est d’une certaine façon la marque de fabrique du Premier Ministre depuis son arrivée à Matignon il y a un an : faire preuve de fermeté et d’autorité quitte à écraser tous ceux qui s’opposent à lui. François Hollande avait prévenu : « Valls est là pour faire du Valls ».

Sur tous les sujets, le Premier Ministre a tenu à démontrer qu’il n’avait pas la main qui tremble : interdiction des manifestations en soutien au peuple palestinien en juillet 2014, purge des ministres Hamon, Montebourg et Fillipeti jugés trop récalcitrants, répression violente de la ZAD de Sivens jusqu’à provoquer la mort d’un manifestant, Rémi Fraisse, en novembre dernier… Les violences policières commises ces derniers jours contre les migrants qui campaient au métro La Chapelle à Paris, ont démontré que le pouvoir en place ne dévie pas de sa route.

L’usage récurent du 49.3 au Parlement, y compris en instrumentalisant en février dernier les attentats terroristes contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher pour réclamer l’unité nationale, contribue à créer l’image d’un gouvernement déterminé à mener sa politique sans se laisser freiner. Mais cette mise en scène permanente de l’autorité, de la fermeté (forcément virile…) est d’autant plus forte et bruyante qu’elle repose sur une grande fragilité politique, une faible légitimité et l’absence d’adhésion populaire aux réformes qui sont adoptées (la polémique sur un voyage en avion à Berlin a semé une panique inédite). Elle est la mise en scène d’un gouvernement qui ne poursuit sa route qu’à condition de ne jamais s’arrêter. D’où la nécessité d’annoncer en permanence de nouveaux projets (aides au TPE, loi Macron 2…), en contournant tout de même les sujets majeurs qui pourraient susciter une contestation massives (retraite, contrat de travail, remise en cause des 35 heures…) et en provoquant par ailleurs un embouteillage législatif quasiment insurmontable pour le Parlement…

Manuel Valls, avec le plein soutien de François Hollande, fait dans la pratique ce que Sarkozy énonce tout haut : la « démocratie » s’oppose à l’établissement nécessaire de l’ordre social, de la République conservatrice et autoritaire qu’ils défendent (avec des conceptions différentes sur certains aspects comme le droit du sang que Sarkozy annonce vouloir réaffirmer). Le fait même que le dirigeant du principal parti de la droite française et ancien Président de la République, ait pu ouvertement remettre en cause la « démocratie », sans que cela ne suscite de réaction témoigne des dangers du climat politique actuel.

Jusqu’à maintenant, les réactions des organisations démocratiques, des forces du mouvement social et syndical peinent à susciter des dynamiques larges et potentiellement majoritaires qui seraient capables de faire reculer le gouvernement. L’urgence se situe également de la recherche d’une alternative politique qui rassemblerait tous ceux et celles, du Front de Gauche, à Europe Ecologie, en passant par Nouvelle Donne, les socialistes dissidents et tous ceux qui ne sont pas membres d’organisation politiques, et qui se donnerait comme boussole le renouveau d’une « démocratie réelle ».

François Calaret

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