« L'Avenir en commun » et les revendications LGBTI

De nombreux textes auront vocation à analyser, souvent de manière critique, le programme « L'avenir en commun ». D'autres prendront la défense de la France Insoumise de manière tout aussi véhémente. Mais prenons plutôt ce texte pour ce qu'il est : un reflet des idées majoritaires à la gauche de la gauche, qu'on le veuille ou non. Loin d'un simple « hold-up programmatique », et malgré toutes les critiques possibles à l'encontre de la France Insoumise, la production de ce programme, sur la base de celui de 2012, d'« entretiens » et de contributions, ne fait que refléter les conceptions et propositions répandues dans les courants de la gauche de la gauche soutenant Jean-Luc Mélenchon.

État civil et PMA : les 2 revendications centrales y sont

Si le quinquennat Hollande restera à jamais marqué par l'adoption du « mariage pour tou.te.s », les reculs et renoncements du gouvernement ont été nombreux : abandon de la PMA pour les couples lesbiens, maintien d'une judiciarisation du changement d'état civil, don du sang restreint aux homosexuel.le.s abstinent.e.s... En parallèle, les mobilisations réactionnaires contre le mariage pour tou.te.s, et plus largement contre le « désordre moral » que représentent les personnes LGBTI, ont été d'une violence inouïe.
Alors que la droite a choisi pour « champion » un tenant d'une ligne réactionnaire dure, opposé au mariage pour tou.te.s, la gauche de la gauche est restée peu visible, peu investie et peu audible au sein des luttes LGBTI, contribuant à leur faiblesse par manque de relais et de soutiens politiques.
Pourtant, même si la place consacrée aux questions LGBTI n'est pas énorme au sein de l'Avenir en commun, et si on peut critiquer leur insertion dans un chapitre sur « la République », les 2 grandes revendications des mouvements LGBTI récentes sont présentes : l'ouverture de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) à tous les couples et le changement libre et gratuit d'état civil devant un oficier d'état-civil, donc sur simple déclaration.
Si d'autres revendications sont abordées, elles le sont de manière plus floues. Ainsi les discriminations selon le genre et l'orientation sexuelle sont considérées comme devant être combattues au même titre que le racisme ou le sexisme. Une loi « contre le sexisme » est mentionnée : même sans développement, on peut imaginer un arsenal législatif qui permettrait de limiter les visuels et propos à caractère LGBTphobes, notamment dans les publicités, y compris pour des produits ou événements subventionnés par des institutions publiques. De même,, l'égalité des droits pour tous les couples est réaffirmée, en matière de fiscalité mais aussi d'adoption. On peut néanmoins regretter l'absence de référence à la question du don du sang : si son ouverture aux personnes LGBTI peut paraître anecdotique, elle symboliserait la fin d'une mise au ban de la société pour des pseudo-motivations « sanitaires ».
Ces positions sont très minimalistes et nécessiteront des clarifications et la mise en place de rapports de force importants. Pourtant elles sont relativement courageuses dans un contexte difficile de montées réactionnaires. Mais encore faut-il les affirmer haut et fort. Si Jean-Luc Mélenchon a pris pour cible François Fillon comme son principal adversaire politique, il l'a encore très peu attaqué sur l'« ordre moral » (et bourgeois) qu'il représente.

L'opposition à la GPA : une opinion majoritaire (mais contestée) à gauche

La Gestation Pour Autrui (GPA), souvent résumée par le recours aux mères porteuses, est agité par les réactionnaires comme le risque ultime : une marchandisation « immorale » du corps de la femme. A gauche, la GPA est aussi rejetée, dans la continuité de l'opposition à la prostitution, la « marchandisation » du corps de femmes étant ici la matérialisation d'oppressions sexistes. Il n'est pas surprenant que l'« Avenir en commun » penche très clairement du côté anti-GPA tout comme du côté abolitionniste en matière de prostitution : c'est d'ailleurs aussi la position d'Ensemble!.
Pourtant le texte précise que l'« intérêt supérieur » de l'enfant doit prévaloir. Cela signifie-t-il que les enfants nés de GPA à l'étranger ne pourront se voir refuser la nationalité française ? Une telle interprétation pourrait être rassurante : l'enfant ne serait pas une victime collatérale et le gouvernement n'inventerait pas des dispositions permettant de contourner le droit international en créant des apatrides.
Il faut néanmoins souligner que cette opposition à la GPA ne fait pas consensus à gauche, notamment dans les milieux LGBTI et particulièrement en lien avec le soutien aux « travailleurs/euses du sexe ». Mais des positions pro-GPA sont aussi portées par des militant.e.s qui rappellent que ce processus n'est pas nécessairement marchand et qu'il peut, à l'inverse, participer à la reconfiguration des rapports de filiation et à repenser le modèle familial traditionnel.

Tristan (Commission LGBTI d'Ensemble!)

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