Le Conseil régional PACA débat de la question des réfugié-es

Ce lundi 14/09/15 s’est tenue une assemblée plénière extraordinaire du conseil régional PACA.

Extraordinaire dans son calendrier, extraordinaire aussi parce que c’est, à ma connaissance, la seule assemblée régionale à s’être tenue à ce jour sur la question des réfugiés.

L’assemblée régionale convoquée en urgence s’est déroulée dans un climat extrêmement lourd puisqu’il y a dans notre région un groupe front national important. 

En PACA comme nationalement, la droite semble divisée sur la question. Elle a fait deux interventions qui n’avaient pas du tout la même tonalité. L’une très proche des propos d’Estrosi l’autre plus mesurée.

Les groupes PS, EELV, Front de Gauche, ont soutenu cette initiative. La droite s’est abstenue, le FN n’était plus présent dans l’hémicycle au moment du vote.

Cette assemblée s’est tenue en présence dans les tribunes de la quasi totalité des associations non gouvernementales d’aide aux migrants, de nombreux maires, de structures de formation telle que l’AFPA.

C’est une vraie bonne initiative qui a été prise, où des mesures concrètes ont été votées :

- accueil et suivi en matière de santé,

- favoriser l’accompagnement social et la résolution des problèmes de ressources,

- soutien aux apprentissages linguistiques,

- développement d’un partenariat avec les universités et les organismes de formation pour favoriser la poursuite d’études et l’obtention de diplômes reconnus à l’échelle européenne,

- contribution à l’hébergement d’urgence en mobilisant le patrimoine de la région, sa logistique et ses moyens humains,

- soutien direct ou indirect des communes volontaires dans le cadre des compétences de la région, 

- fédérer les initiatives citoyennes et le bénévolat,

- mise en place un numéro téléphonique d’urgence (le 04 91 57 55 55) à la disposition des citoyens, des partenaires et des communes,

- création d’un fonds d’urgence abondé dès à présent par une enveloppe de trois millions d’euros.

Le Front de Gauche a fait deux interventions. L’une au nom du Groupe faite par Gérard Piel, Président du groupe. J’en ai fait une, compte tenu de l’importance de cette question primordiale, dont vous trouverez ci-dessous la trame.

Jacques Lerichomme

Monsieur le Président, chers collègues

L'initiative prise par notre Conseil Régional arrive dans un moment crucial. Je ne sais pas si nous vivons un moment historique, les historiens nous le diront dans quelques années, mais en tous cas c'est un tournant dans l’histoire : une partie du Moyen Orient vit au quotidien la barbarie, Bachar El Assad jette des bidons explosifs à basse altitude sur son peuple, Daech détruit Palmyre, et des centaines de milliers de réfugiés errent sur nos routes, fuyant l'apocalypse. Il y a donc urgence.

Nous sommes à la croisée des chemins sur nos choix de vie. Comment vivre en équilibre à côté de l’insoutenable, comment vivre en équilibre quand on voit autour de soi des hommes, des femmes, des enfants, se noyer tous les jours ? Lorsqu'un être humain se noie, il n'est ni chrétien ni musulman, il est tout simplement un être humain, n'en déplaise au front national.

Au delà, deux choix de vie se présentent à nous : vivre avec la peur de l'autre, la peur de l'étranger, ou accueillir, comprendre, échanger, mélanger nos cultures, s'enrichir mutuellement.

L'initiative que notre Conseil Régional va prendre arrive à point nommé. En effet depuis des mois, des années, on n'entendait que les propos distillés par le FN et la droite extrême, qui donnaient une image déformée de notre peuple.Celle de la haine et du rejet de l’ autre. Bien sûr il y avait, et je veux les saluer ici, les associations qui travaillaient dans l'ombre, à contre courant, pour aider au quotidien ces populations les plus déshéritées, à Calais et ailleurs. J'ai le souvenir de ces militants, de ces médecins, qui nous ont aidés avec Jean Marc Coppola lorsque nous étions aux côtés des Rroms, quand leurs campements étaient démontés.

Cette initiative d'une collectivité territoriale importante va modifier la situation, impulser des initiatives ; les salariés, les éducateurs, les formateurs de l'AFPA, les citoyens, vont enfin avoir les moyens de se mobiliser aux côtés des réfugiés, ent développant ce qu'il y a de meilleur, de plus riche, dans notre peuple. Comme au moment des attentats contre CHARLIE, la population va montrer son vrai visage, celui de l'accueil et de la solidarité du vivre ensemble.

Vous parliez de l'Europe, Monsieur le Président. L'Europe s'est construite sur les ruines de la barbarie de deux guerres mondiales, avec la volonté que les peuples se parlent et s'entraident plutôt que de se faire la guerre. L'Europe s'est construite sur l'amitié entre les peuples.

Notre conception de l’Europe tourne le dos à ce qu'elle a fait subir au peuple grec en l’étranglant. Et à nos yeux, l'Europe ne peut pas non plus être celle des murs, des barbelés, des matraques et des camps. Notre Europe c'est celle de l'accueil, de l'entraide, de l'amitié. Notre collectivité territoriale montre le chemin. J'espère qu'elle fera tâche d'huile. Je sais que de nombreux Maires, ceux qui sont présents dans cet hémicycle, mettront tout en oeuvre pour que l'accueil des réfugiés nécessaire et urgent se fasse dans la dignité. Je souhaite que d'autres collectivités territoriales s'y mettent aussi, que l'Etat fasse de même, à Calais, à Paris, à Vingtimille, pour que les migrants soient accueillis dans la dignité. Avec de telles initiatives, notre pays fait aujourd'hui un premier pas pour renouer avec son passé d'une France terre d’asile. 

 

 

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